Encensé depuis quelques jours sur les plateaux télé par des ministres et anciens ministres devenus, à force d’outrance et de mauvaise foi, virtuoses dans l’art de falsifier la réalité, le président Idriss Déby, dont « l’an 1 de la renaissance » vient d’être célébré avec faste mais sans grandeur le 8 août dernier par une brochette de flagorneurs décomplexés, n’en finit plus de se gonfler d’orgueil puéril.

Hier 11 août, jour de la commémoration du 52e anniversaire de l’Indépendance, a été pour lui l’occasion de montrer à ses amis qu’il n’est pas insensible à leur flatterie qui le désigne comme « le père de la renaissance » dont le courage légendaire et les lumières, si souvent ressassés, ont été déterminants dans la neutralisation des velléités déstabilisatrices de son régime et la reconstruction du pays au travers de projets infrastructurels gigantesques.
Sitôt le défilé militaire achevé sous une averse d’applaudissements destinés à le divertir, Idriss Déby s’est précipité dans son palais pour se livrer au traditionnel exercice d’interview avec ses journalistes de l’Onrtv et de la presse écrite, non pas pour faire des propositions sérieuses en ces temps difficiles pour les Tchadiens, mais plutôt pour s’exciter de son ironie attristée là où il aurait été mieux inspiré de faire profil bas.

Alors qu’un de ces journalistes lui posait la question de savoir ce qu’il comptait faire pour convaincre les fonctionnaire de mettre fin à la grève qui dure depuis plusieurs semaines, le chef de l’Etat a entrepris de bricoler de pauvres excuses qui l’enferment dans ses certitudes : « 12 millions de Tchadiens : femmes, enfants affamés, écoles, santé, infrastructures […] des puits vont tarir […] avec quoi vous allez payer les salaires des fonctionnaires, 400 milliards alors que nos ressources, hors pétrole, c’est-à-dire douane, taxes, contribuables, ne font pas 400 milliards [mais] 360 à 380 milliards » ? Artifices de raisonnement d’une subtilité engourdissante.
Une affirmation sur la réalité des recettes traditionnelles dites « hors pétrole » difficile à vérifier sachant que les principales régies financières du pays sont confisquées et gérées quasi-exclusivement par les membres de la famille présidentielle. Aucun contrôle n’est exercé sur cette manne « hors pétrole » par une quelconque institution étatique.

Le même verbiage, totalement vide de sens, est psalmodié l’an dernier par son premier ministre Emmanuel Nadingar : « Si nous satisfaisons entièrement aux revendications des fonctionnaires, la masse salariale de l’Etat passera à 49 milliards de francs CFA par mois, soit 588 milliards par an. Or l’actuelle masse salariale engloutit déjà les recettes non pétrolières de l’Etat estimées à 390 milliards de francs CFA », répétait alors le chef du gouvernement.

L’on se rappelle pourtant que le 11 novembre 2011, devant un parterre de représentants des centrales syndicales, le chef de l’Etat s’est engagé à revaloriser de 60 points la grille salariale de la Fonction publique à partir de 2012, soit 20% des revendications, et les 240 points restants devraient être échelonnés sur 2 ans.
La grève actuellement en cours fait suite au refus du gouvernement, sous de fallacieux prétextes, d’appliquer le protocole d’accord signé en novembre dernier. Les syndicalistes auraient dû se méfier. Il n’est un secret pour personne que le maître du Palais de Djambal-Bahar a la fâcheuse habitude de ne jamais respecter ses engagements une fois les documents rédigés, paraphés et signés.

Parfaitement conscient que les fonctionnaires ne se laisseront plus abuser une nouvelle fois, Idriss Déby essaie un dernier coup de bluff pour ne pas augmenter les salaires : Il menace de consulter le peuple par voie de « référendum » afin de savoir s’il faut « arrêter l’ensemble des travaux sur le plan des investissements, y compris dans les secteurs prioritaires (santé, éducation, routes)… si c’est ça que les Tchadiens veulent » pour « consacrer l’ensemble des ressources aux salaires [pour] manger ». Et prévient que dans ce cas « on va rester comme certains pays ont fait et qu’ils regrettent aujourd’hui ».

Vociférations exagérément apocalyptiques ou une autre façon de se moquer des citoyens ? Qu’il ose donc organiser son référendum de consultation dans la plus grande transparence s’il en a le courage. Les Tchadiens consentiront sans aucun doute, par un « oui » massif, à un arrêt immédiat des « investissements dans les infrastructures » dont les fonds sont en réalité destinés en grande parties à enrichir les proches du pouvoir. L’opération Cobra, ça vous rappelle quelque-chose ?
Face aux inégalités scandaleuses qui font que certains vivent dans une insolente opulence pendant que d’autres triment pour servir à leur progéniture un seul repas de 400 Fcfa par jour, les Tchadiens ne veulent plus être dupes.

Une société juste doit garantir à chacun la satisfaction des besoins de base : nourriture, eau potable, logement, santé, éducation…
Un chef éclairé n’a pas besoin qu’on lui rappelle cette vérité première. 

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