L’Union européenne s’appuiera sur un budget de 6 millions d’euros pour mettre sur pied un plan de démobilisation, désarmement, et réintégration à destination des anciens combattants djihadistes au Cameroun, au Tchad, au Nigeria et au Niger.

L’Union européenne (UE) planche sur la mise en place d’un nouveau programme régional de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) dans le bassin du lac Tchad à destination des ex-combattants des groupes armés issus de la scission de Boko Haram. Une expertise est actuellement menée par Stéphanie Vergniault, spécialiste des sujets de protection de la faune. Selon les termes de référence consultés par Africa Intelligence, ce futur DDR, doté d’un budget de 6 millions d’euros, devrait concerner le Cameroun, le Tchad, le Nigeria, mais également le Niger. Ce dernier pays a pourtant rompu ses relations diplomatiques avec l’UE depuis le coup d’État du 28 juillet 2023 du général Abdourahamane Tchiani.

Depuis 2018, tous les pays de la sous-région ont mis en place des programmes de DDR. Ces derniers interviennent dans le cadre de la stratégie de stabilisation de la sous-région, dessinée en 2018 par la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et l’Union africaine. Déclinés au niveau national, ces programmes souffrent cependant d’un manque de coordination. Ils achoppent notamment sur la question des poursuites judiciaires visant les ex-combattants et les ex-accompagnés – le nom donné aux civils ayant rejoint, volontairement ou non, les groupes affiliés à Boko Haram. Les DDR pâtissent aussi d’un sous-financement chronique empêchant leur pleine mise en œuvre.

Le PNUD maître d’œuvre de la stratégie

Le projet de DDR de l’UE devra s’appuyer sur ses délégations locales, mais également composer avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), principal partenaire technique et financier de la CBLT et maître d’œuvre de sa stratégie, via la facilité régionale de stabilisation mise en place dès 2019. Ce fonds est, pour plus de la moitié, abondé par l’Allemagne. Puis, dans l’ordre décroissant, des contributions versées entre 2019 et 2021, par le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas, l’Union européenne, le PNUD, la Banque africaine de développement (BAD), le Danemark, la France et le Nigeria. Sur cette période, la facilité a été abondée à hauteur de 120 millions de dollars. Le Japon a rejoint la liste des contributeurs en 2023, alors que la France n’a plus rien versé depuis 2021.

Le bassin du lac Tchad subit actuellement une recrudescence des incursions et attaques des groupes armés issus de Boko Haram. Les deux principaux, par ailleurs rivaux, sont l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), et, plus au sud, Jama’tu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS). La situation sécuritaire est d’autant plus difficile que la Force multinationale mixte, la coordination militaire chargée de lutter contre les groupes armés djihadistes, et dont le quartier général est situé à N’Djamena, peine à fonctionner depuis le coup d’État nigérien (AI du 23/01/24).

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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