Le Cameroun et le Tchad planchent sur une montée significative du capital de la Société nationale des hydrocarbures (SNH, l’entreprise publique camerounaise) au sein de la Cameroun Oil Transportation Co (Cotco, détenue majoritairement par N’Djamena). L’application du compromis signé entre la SNH et Savannah Energy, un junior britannique en conflit avec le Tchad, s’éloigne.

Une sortie de crise se dessine-t-elle entre le Tchad et le Cameroun ? La vente, conclue le 19 avril, de 10 % des parts que détient la junior britannique Savannah Energy dans Cameroon Oil Transportation Co (Cotco) à la Société nationale des hydrocarbures (SNH), avait déclenché un incident diplomatique entre les deux pays (AI du 26/04/23). Face à la grogne de N’Djamena, la partie camerounaise a finalement fait marche arrière en gelant dans un premier temps leur accord avec Savannah. Selon nos informations, Paul Biya et Mahamat Idriss Déby semblent avoir trouvé un compromis : le Tchad envisage de proposer à la SNH une prise de participation au sein de Cotco bien plus importante que ce que prévoyait l’accord signé avec Savannah Energy, avec qui le Tchad est en conflit depuis le début de l’année.

Si les détails de ce nouvel accord restent inconnus, une lettre du PDG de la SNH, Adolphe Moudiki, envoyée le 2 juin au ministre tchadien du pétrole Djerassem Le Bemadjiel, en donne un premier indice. Le patron de la SNH demandait alors la rétrocession de 20 % des 53 % détenus par le Tchad dans Cotco (AI du 06/06/23).

L’ambassade britannique à Genève en première ligne

La première conséquence d’un tel accord tchado-camerounais serait l’isolement de Savannah. Signe de l’urgence, celle-ci a actionné le levier diplomatique pour plaider sa cause au plus haut niveau. Selon les informations d’Africa Intelligence, une délégation britannique devrait rencontrer dans les prochains jours Paul Biya à Genève.

Savannah comptait sur la vente de ses 10 % pour se renforcer côté camerounais. Sous l’initiative de l’influent directeur de cabinet et ministre de Mahamat Idriss Déby, Idriss Youssouf Boy, le ministère des hydrocarbures tchadien avait nationalisé en mars les 40 % des gisements de Doba, précédemment vendus par ExxonMobil à Savannah. Les 40 % de la Tchad Oil Transportation Co (Totco) faisant l’objet de la même transaction (AI du 05/04/23) ont connu le même sort.

Avantage Ngoh Ngoh

Le 13 juin, le communiqué de presse du conseil d’administration de la SNH avait déjà mis un premier coup d’arrêt à l’accord signé avec Savannah. « Le Conseil a décidé du gel de la transaction conclue le 19 avril 2023 entre SNH et Savannah Energy », indiquait sa dernière phrase. Celle-ci n’existait pas dans la première version préparée par les équipes de la communication. Elle a été ajoutée à l’initiative personnelle du président du conseil d’administration, et secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh. Chose rare pour un communiqué de la SNH, celui-ci porte le sceau du secrétariat général.

Ferdinand Ngoh Ngoh avait abordé la question du gel de l’accord avec Savannah lors de ce conseil, mais, craignant d’être mis en minorité, avait refusé de passer au vote demandé par Adolphe Moudiki. Ces proches du président, qui revendiquent tous deux son soutien, sont à couteaux tirés depuis le début de l’affaire, et s’affrontent à coups de lettres et directives confidentielles (AI du 03/05/23).

L’incontournable SGPR, détenteur de la délégation de signature de Paul Biya, privilégie une solution tchadienne. L’irremplaçable patron de la SNH – 84 ans, en poste depuis 1993 – défend, lui, la transaction conclue avec Savannah, au motif que les Tchadiens n’ont jamais respecté leur parole de rétrocéder à l’État camerounais une partie des parts de Cotco vendus par Chevron à la SHT, en 2014 (AI du 06/06/23).

Africa Intelligence

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