La révélation, dans notre édition du 24 février, du projet de vente de 50 % des parts de la société tchadienne SHT dans l’oléoduc Tchad-Cameroun a suscité un démenti du directeur général de la SHT. Retour sur un dossier que le président Déby veut à tout prix garder secret avant le lancement de la campagne électorale.

À la suite de la publication, dans l’édition d’Africa Intelligence du 24/02/21, d’un article sur le projet de vente partielle des actions de N’Djamena dans l’oléoduc Tchad-Cameroun, la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) a largement diffusé le 3 mars un communiqué niant les faits. Un contre-feu qui intervient à quelques jours du lancement de la campagne électorale du président sortant et candidat à sa réélection Idriss Déby, prévu le 11 mars. L’élection présidentielle doit avoir lieu le 11 avril 2021 et le chef de l’État – 68 ans, dont trente au pouvoir – veut absolument éviter de donner l’image d’un pays en faillite contraint de céder ses actifs pétroliers.

Estimant que l’information de la cession était de nature à déstabiliser sa campagne, Déby a convoqué le mardi 2 mars une réunion de crise pour préparer sa riposte et ordonner la publication d’un démenti. Étaient présents à ce meeting le ministre du Pétrole Oumar Torbo Djarma et le directeur général de la SHT Ibrahim Mahamat Djamous. Le chef de l’État a par ailleurs ordonné un renforcement des contrôles sur les documents confidentiels. Une nouvelle réunion est prévue le 10 mars, soit la veille du lancement de la campagne, entre les trois hommes.

Échanges épistolaires avec le patron de la SNH Adolphe Moudiki

Dans son communiqué, la SHT affirme qu’il n’y a “jamais eu d’échanges sur le rachat partiel des actifs tchadiens sur le pipeline d’export Tchad-Cameroun avec la SNH”. Africa Intelligence publie la copie d’une lettre datée du 8 janvier 2021 et signée du directeur de la société de conseil tchadienne Galileo Négoce & Conseil, mandatée par la SHT pour cette transaction. Ce dernier affirme que la SNH est prête à payer 150 milliards de francs CFA (environ 230 millions d’euros) pour cette transaction (voir notre document).

Des échanges directement liés à cette cession ont par ailleurs eu lieu en avril 2018, puis en février 2019, entre le ministre de l’énergie tchadien d’alors Béchir Madet et le directeur général de la SNH, Adolphe Moudiki (voir la lettre d’avril 2018 et celle de février 2019).

La SHT se défend

En poste depuis moins d’un an, le patron de la SHT a vigoureusement affirmé à Africa Intelligence qu’il n’était pas au courant des échanges entre la SNH et la société de conseil Galileo, dont le mandat donné en 2018 à l’initiative de Béchir Madet n’est, selon lui, plus d’actualité. Djamous indique par ailleurs n’avoir pas reçu la lettre de Galileo datée du 8 janvier 2021. Très proche du pouvoir d’Idriss Déby, dont il était le notaire attitré, l’ancien ministre Madet est décédé en novembre 2018.

SHT détient 21 % dans la joint-venture Cameroon Oil Transportation Co (Cotco), qui opère l’oléoduc et rassemble Exxon Mobil (41 %), Petronas (30 %) et deux États : le Cameroun (5 %) et le Tchad (2,7 %). Opérationnel depuis 2003, le pipeline Tchad-Cameroun relie les champs pétroliers de Doba au port de Kribi et permet d’acheminer près de 40 millions de barils/an produits au Tchad par China National Petroleum Corp. (CNPC), Exxon Mobil ou encore Petronas.

Tchadanthropus-tribune avec la lettre du continent.

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