N’Djamena, le 27 décembre 2015
SIEGE NATIONAL DE L’UNDR

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

 

Il me plait de vous rencontrer en cette fin d’année 2015 pour échanger sur les questions d’intérêt national et international. Cette année fut en effet très riche en événements nationaux sur tous les plans : sociaux, économiques et politiques. Nous les passerons en revue, en retenant ceux qui nous paraissent les plus importants, de notre point de vue, sans les hiérarchiser dans l’ordre choisi.


Au plan politique, la préparation de la prochaine élection présidentielle me semble être le sujet vedette qui préoccupe déjà les acteurs politiques depuis plusieurs semaines, et continuera de l’être de plus en plus les semaines prochaines pour atteindre son épilogue vers la mi-avril 2016.

 

Le recensement biométrique qui a pris fin à l’intérieur avec une rallonge de six jours, et qui s’achèvera demain dans trois villes de l’étranger, n’a pas répondu à toutes les attentes, à cause de la volonté manifestée par le MPS et le gouvernement de le dévoyer dès le premier jour. Au-delà des couacs techniques parfois compréhensibles, nous avons noté des pratiques très graves qui n’ont plus cours, même dans les républiques bananières. C’est ainsi que, fidèles à leur pratique ancienne de fraude, le MPS et le gouvernement ont fait massivement enrôler les mineurs. Mu par le souci illégitime de gagner la prochaine présidentielle, le MPS a gravement fauté par son déficit de patriotisme et de nationalisme, en faisant enregistrer massivement des étrangers qui bénéficient de l’asile politique dans notre pays. Nous sommes en train de rassembler les preuves pour, le moment venu, saisir le Secrétaire général des Nations unies sur ce manquement grave de son Institution, le HCR, qui s’est rendu coupable en omettant de prendre des mesures qui s’imposaient. Nos allégations portent surtout dans les régions de l’Ennedi est, du Wadi Fira et du Ouaddaï.

 

La présidentielle de 2016 devrait se dérouler dans une plus grande transparence, par rapport aux précédentes. Mais c’est sans compter avec le président Déby qui a utilisé toutes les ficelles pour tenter de contrôler le processus, de bout en bout : modifications de la loi électorale, création d’un cadre de dialogue, le CNDP, qui est une coquille vide sans objectifs et aux ordres, maîtrise de la CENI qui a perdu son indépendance, mise à l’écart des partenaires étrangers du processus électoral…


En la matière, l’opposition doit rester sereine et confiante, car Idriss Déby Itno et le MPS sont largement minoritaires dans notre pays. Ce ne sont pas les gesticulations qui font courir le secrétaire général du MPS de faux ralliements en faux ralliements qui y changeraient quoique ce soit. Je viens d’en faire le constat pendant la tournée que j’ai effectuée du 3 au 23 décembre dans le sud du pays. J’ai en effet, pendant trois semaines, visité les 7 régions du sud, tous les départements, plusieurs cantons et des villages. J’étais en contact direct avec les forces laborieuses rurales qui souffrent le plus des méfaits et de la faillite gouvernementale. J’ai rencontré des populations éclairées, informées sur toutes les questions et déterminées à sanctionner sévèrement Idriss Déby Itno qui, à bout de souffle après 25 ans au pouvoir, n’a plus rien à proposer aux Tchadiens. Le Tchad, sous Idriss Deby Itno, est devenu un pays fantôme, un Etat informel qui vogue en eaux troubles sans un capitaine compétent. N’en déplaise à M. Idriss Déby Itno, le Tchad est en faillite et peine à remplir ses obligations régaliennes. Le Tchad est devenu un repaire de mafieux sans foi ni loi qui ont mis le pays en coupe réglée et l’ont rendu exsangue, après des détournements massifs restés impunis. Idriss Déby Itno et sa famille directe sont les responsables de cette situation et devront rendre des comptes : les faits sont connus de tous, des dossiers existent et des témoins sont encore là.


L’école au Tchad est dans un état de délabrement avancé qui frise la provocation : les établissements primaires et secondaires sont en paille ou en tiges de mil, tandis que la plupart des institutions d’enseignement supérieur ne disposent pas d’infrastructures adéquates. Les structures sanitaires, quand elles existent, ne sont pas opérationnelles et sont des mouroirs. L’insécurité devenue endémique pénalise les activités, tandis que les conflits agriculteurs/éleveurs entretenus par le pouvoir frustrent de nombreux citoyens. Les infrastructures routières, quand il y en a, manquent d’entretien depuis plusieurs années et rendent la circulation pénible. Tous ces faits s’ajoutent aux souffrances telles que les exactions des forces de l’ordre contre les paisibles citoyens dont les droits sont ignorés par le pouvoir en place.


Partout où je suis passé, dans toutes les régions que j’ai visitées cette année –le sud auquel il faut ajouter le Lac, le Kanem, le Barh el Gazal, le Batha, le Guera et une partie du Baguirmi – j’ai vu des populations miséreuses. La pauvreté fait partie du décor naturel dans notre pays où les ruraux disposent de moins de un dollar par jour pour vivre. Les violations des libertés constituent leur lot quotidien, et la Justice brille par son injustice et la corruption qui la gangrène.


C’est pour toutes ces raisons que nous sommes convaincus que la candidature à la prochaine présidentielle du président en exercice est inopportune, pas souhaitable et représente une source de conflits qui vont endeuiller, encore, des Tchadiens, par milliers. Le président Idriss Déby Itno le sait parfaitement et prépare cette crise postélectorale comme vous le savez, en créant des unités spéciales qui ont pris N’Djamena en étau, et en bâtissant une citadelle aux multiples galeries qu’est le palais présidentiel qui est le seul chantier qui ne s’est pas arrêté.


La faillite de l’Etat, Idriss Déby Itno l’explique par la chute du prix du pétrole. Je m’inscris en faux contre cette assertion, trop facile, pour dire que si le Tchad était géré de façon vertueuse dans le respect des standards internationaux en matière de bonne gouvernance, nous n’en serions certainement pas là, après une quinzaine d’années d’exploitation pétrolière. Une lecture attentive du budget 2016 démontre à suffisance l’insouciance du gouvernement qui se refuse délibérément à réduire le train de vie de l’Etat. La première mesure consistait en effet à cela, et la seconde à traquer toutes ces personnes indélicates qui ont transformé l’Etat en patrimoine personnel. Le gouvernement devait aussi revoir tous les investissements engagés pour favoriser l’évaporation des finances publiques qui nécessitent un redressement immédiat.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

 

Comme je l’ai dit au début de cette réunion, plusieurs évènements ont marqué notre pays en 2015, dont le plus important est le phénomène du terrorisme qui secoue par ailleurs toute notre planète. Nous avons en son temps applaudi l’envoi de nos troupes au Mali et au Nigéria pour combattre ces illuminés qui ont totalement dévoyé l’Islam. En envoyant notre vaillante armée se battre hors du territoire national, nous avons pris la bonne décision pour éviter à notre pays les mêmes déconvenues vécues par les pays amis. Mais, nous nous sommes très vite rétractés, car le président Idriss Déby Itno fait du mercenariat avec nos soldats, pour redorer son blason personnel auprès des partenaires du Tchad. Il n’y a jamais eu de véritable débat de fond sur ces affaires qui ont coûté excessivement cher à notre Trésor. Les députés se sont contentés d’avaliser, chaque fois, l’envoi des troupes, pour entériner la décision gouvernementale. Il est encore permis de s’interroger sur les coûts réels de ces opérations, le bilan des pertes humaines et les aspects financiers en ce qui concerne ce que nos soldats gagnent, ou leurs ayant-droits en cas de décès.

 

Nous nous sommes réjouis du retrait de nos troupes de RCA où notre comportement partisan a aggravé la crise centrafricaine qui en porte encore des stigmates. Les vieux démons nous animent encore, car nous notons des gestes inopportuns de notre gouvernement, tenté encore d’intervenir dans les affaires centrafricaines. Nous souhaitons à la RCA, après les élections générales du 30 décembre prochain, de retrouver la paix et l’unité pour occuper sa place à côté de ses voisins d’Afrique centrale.


Notre pays vit sous la menace constante de Boko Haram, en particulier dans la région du Lac Tchad où les solutions déployées par le gouvernement nous paraissent inappropriées. Il n’est pas permis d’indexer tous les ressortissants d’une région pour les assimiler aux terroristes. Ce qui se passe dans cette région pourrait se répéter dans plusieurs autres régions. Pour notre part, nous pensons modestement qu’il faut privilégier les solutions militaires et le renseignement, et engager réellement cette région, comme les autres, dans la voie du développement dans la justice et l’équité.

 

Le Tchad est un petit pays aux ambitions démesurées. C’est cela qui a aveuglé le président Idriss Déby Itno qui a rêvé de devenir une puissance régionale sans en avoir les moyens. Notre aventure d’abriter un sommet de l’Union africaine nous a coûté excessivement cher sans que l’on sache quel est le niveau de nos engagements après l’arrêt des chantiers liés à cette aventure. Au total, le Tchad a retrouvé sa place étriquée d’un petit pays d’Afrique centrale.

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

 

Notre pays est en crise et nous invitons le président Idriss Déby Itno à se départir de sa vantardise pour accepter de dialoguer avec l’opposition politique qui est prête à engager les discussions sans délai sur des questions précises :

 

Ø Les ratés du recensement biométrique : mise en place d’une commission paritaire pour valider la liste électorale par l’élimination des mineurs et des réfugiés, ainsi que des personnes recensées comme sans doigts ;

Ø
L’acquisition et l’installation de kits d’identification des électeurs dans les bureaux de vote ;

Ø
Le rappel à l’ordre de l’administration territoriale et militaire, ainsi que de la chefferie traditionnelle, de cesser de se mêler des affaires politiques ;

Ø
Le strict respect de l’indépendance de la CENI qui doit poursuivre sa mission d’organisation d’une élection démocratique et transparente ;

Ø
La réaffirmation de la mission du Bureau Permanent des Elections comme organe technique sous l’unique autorité de la CENI ;

Ø
La refondation immédiate du CNDP dont la mission doit être redéfinie et l’indépendance du pouvoir réaffirmée.


C’est à ce prix seulement, nous semble-t-il, que notre pays peut espérer organiser des élections propres, transparentes et démocratiques, pour assurer la paix, indispensable à son unité pour un développement souhaité par tous les Tchadiens.

 

Je vous remercie.

 

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