La France fourgue au Tchad son blindé sagaie qu’elle semble retirer des théâtres des opérations, car il ne s’adapte pas au terrain sablonneux du Sahel un cadeau empoisonné pour vider leur stock. Sans attendre l’arrivée du Jaguar, l’armée de Terre retire le blindé ERC-90 Sagaie du service.

L’été dernier, au moins trois ERC-90 Sagaie étaient affectés à la base avancée française de Madama, dans le nord du Niger. Bien qu’habitués aux rudes conditions africaines, ces blindés légers à 6 roues dotés d’un canon de 90 mm ont particulièrement souffert de celles rencontrées dans la bande sahélo-saharienne, notamment à cause du sable, « poudreux et fin comme de la farine », comme l’avait décrit un militaire français dans un reportage de l’Express.

Depuis son entrée en service, en 1980, l’ERC-90 Sagaie a été pratiquement de toutes les opérations extérieures menées par l’armée de Terre, surtout en Afrique. Une grosse centaine d’exemplaires sont encore en service, ces derniers ayant été « diésélisés » à partir de 2003.

« La Sagaie présente de gros avantages qui expliquent sa durée de vie supérieure à ce qu’elle aurait dû être : c’est un véhicule très léger – douze tonnes –, qui entre facilement dans un Transall, et qui a une puissance de feu assez considérable, car un canon de 90 millimètres, ça fait pas mal d’effet. Nous l’avons même utilisé en début d’intervention au Mali », a rappelé le général Charles Beaudouin, le directeur la Section technique de l’armée de terre (STAT), lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

Mais il faudra bientôt en parler au passé. Devant être remplacé par un nouveau char léger, en l’occurrence le Jaguar, dans le cadre du programme Scorpion, officiellement lancé en décembre 2014, l’ERC-90 Sagaie est en train d’être progressivement retiré du service.

Le « soutien [de l’ERC-90 Sagaie] est en train de s’éteindre, et l’engin va progressivement disparaitre des comptes de l’armée de terre. Il sera durablement remplacé par l’AMX-10RCR sur les théâtres d’opération, notamment à Madama au Niger, dans l’attente de la mise en service opérationnelle du Jaguar escomptée en 2023 », a ainsi expliqué le général Beaudouin. « Certains restent très attachés à la Sagaie, ce qui n’est plus du tout le cas du commandement des forces terrestres.

Très pragmatiquement, je pense que l’AMX 10RCR est bien plus performant que le blindé Sagaie qui n’a pas de vision nocturne, par exemple, et qui ne peut donc pas tirer de nuit. Mais c’est vrai qu’en Afrique, il y a une certaine appétence pour la Sagaie », a encore ajouté le directeur de la STAT.

Dans le cadre du renforcement de capacité de la défense et de sécurité, la France à travers sa représentation au Tchad, a octroyé neuf engins blindés de reconnaissance canon 90, appelé aussi ERC 90 Sagaies et 9 centenaires de pièces détachées de ces véhicules.

La cérémonie de remise de ces 9 engins a lieu ce samedi 23 janvier 2021 à la place d’armes « Maréchal du Tchad » du Camp Kosseï à N’Djamena. C’était en présence du ministre délégué à la Présidence de la République, en charge des armées, des anciens combattants et victimes de guerre le General de Corps d’Armée Abali Salah et de l’Ambassadeur de France au Tchad M. Bertrand Cochery.

La cession de ces engins blindés à 6 roues s’inscrit dans le cadre du soutien de la France à l’engagement des Forces de défense et de sécurité tchadiennes pour la sécurité régionale au Sahel et dans la lutte contre le terrorisme a précisé l’Ambassadeur de France au Tchad.

Mr Bertrand Cochery à cela s’ajoute, un détachement d’instruction opérationnelle spécialisé s’est déroulé du 11 au 23 janvier. Ceci a permis de transmettre à vingt cadres de l’armée nationale tchadienne les connaissances techniques et tactiques nécessaires à l’utilisation de ces véhicules blindés ERC 90 Sagaie.

L’Ambassadeur de France a également annoncé que cette formation sera suivie d’autres séquences pour permettre aux futurs chefs d’engins sur ERC90 Sagaie d’être autonomes et de commander librement leur équipage en toutes circonstances.

Pour le ministre de la Défense, le Général de Corps d’Armée Abali Salah, cet appui militaire de la part de France permettra à l’armée tchadienne de renforcer ses capacités opérationnelles afin de relever les défis sécuritaires qui restent fortement marqués par la montée en puissance des ennemis de la stabilité, la recrudescence des activités et de la criminalité transfrontalière que mènent les terroristes dont le groupe Boko Haram dans le Lac-Tchad.

Tchadanthropus-tribune

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