Le procès de l’ex-ministre de l’intérieur de Hong Kong expose crûment les méthodes du China Energy Fund en Afrique.  

Reconnu coupable le 5 décembre de violation de la loi sur la corruption par le tribunal du Southern District de New York, l’ex-ministre de Hong-Kong et ancien VP de China Energy Fund Committee (CEFC), Patrick Ho Chi-ping, a vu ses méthodes exposées par les procureurs. Ho a été confronté au témoignage de l’ex-ministre sénégalais des affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio, qui l’avait mis en relation en 2014 avec Idriss Déby Itno (AEI n°806) en échange de 400 000 $. La somme ayant transité par des comptes américains, la justice des Etats-Unis avait arrêté les deux protagonistes en novembre 2017 et s’était saisie de l’affaire. Libéré en septembre en échange de ses révélations, Gadio a confirmé devant le tribunal l’intention de Ho d’offrir 2 millions $ à Déby et le refus de ce dernier.

 

Avec cette somme, l’ex-ministre espérait obtenir pour China Energy Co, qui finance le CEFC, le bloc H, autrefois détenu par China National Petroleum Corp (CNPC). Les documents du dossier qu’Africa Energy Intelligence a pu consulter mentionnent également des contreparties du CEFC, qui aurait proposé de compléter son offre de rachat de 200 millions $ avec des livraisons d’armes et des prêts à bas coût. Les deux parties n’avaient pu se mettre d’accord sur le rachat du bloc. Lors de son procès, dont la peine sera décidée en mars 2019, Ho a également été questionné sur ses relations avec le ministre ougandais des affaires étrangères Sam Kutesa, qui présidait l’AG de l’ONU en 2014 et dont il s’est rapproché à cette époque via l’ex-ministre serbe des affaires étrangères, Vuk Jeremic. Selon l’acte d’accusation, Ho a transféré à Kutesa 500 000 $ en mai 2016 et la même somme au chef de l’Etat, sous le motif de financer sa campagne électorale déjà terminée. Quelques jours plus tard, Ho conduisait une délégation de CEFC à la direction des mines et du pétrole d’Ouganda. Selon un email interne au CEFC, les Chinois étaient alors intéressés pour prendre des blocs dans le pays ou s’associer avec Total pour la construction du pipeline vers la Tanzanie.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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