Face au conflit qui fait rage entre le président Abdel Fattah al-Burhan et son vice-président Mohamed Hamdan Dogolo, dit « Hemiti », le chef de l’État tchadien se tient informé heure après heure d’une situation qui menace sa frontière à l’est.

L’incertitude demeure au Soudan, où les combats ont repris le 15 avril entre les deux principales forces armées du pays : celles, loyalistes, du président du Conseil de souveraineté de transition Abdel Fattah al-Burhan, et celles de son numéro deux et rival, Mohamed Hamdan Dogolo, surnommé « Hemiti ». À N’Djamena, la situation est suivie de très près au palais présidentiel, inquiet d’une déstabilisation régionale et en particulier, de la délicate zone du Darfour.

Idriss Youssouf Boy, confident et émissaire

Le président de la transition Mahamat Idriss Déby Itno, qui a décrété la fermeture de la frontière avec le Soudan, mobilise ses réseaux pour se tenir informé de l’évolution des combats et de la situation à Khartoum et dans les principales villes du pays. Selon nos informations, il s’appuie notamment sur son directeur de cabinet Idriss Youssouf Boy, qui a la particularité d’avoir un temps travaillé au sein de l’Agence nationale de sécurité (ANS, renseignements tchadiens).

Youssouf Boy peut surtout mettre à contribution des contacts établis récemment à Khartoum, où il s’est rendu en mission officielle au nom de Mahamat Idriss Déby Itno, en janvier dernier. Il y avait rencontré à la fois Abdel Fattah al-Burhan et son rival Mohamed Hamdan Dogolo, N’Djamena s’efforçant depuis plusieurs mois d’entretenir une relation avec les deux hommes, lesquels s’étaient rendus tour à tour en visite à N’Djamena quelques jours plus tard.

Mahamat Saleh Annadif, peut également faire jouer ses relations. Originaire de l’est du Tchad, frontalier avec le Soudan, et membre de la communauté rizeigat également très présente au Darfour, le ministre des Affaires étrangères dispose de connexions familiales mais aussi diplomatiques, grâce à ses années passées au cœur du système des Nations unies.

Bichara Issa Djadallah, le cousin de Hemiti

Mahamat Idriss Déby Itno peut également compter sur un autre conseiller, dont les réseaux s’étendent jusqu’au Soudan voisin : Abakar Manany. L’homme d’affaires et ancien opposant œuvre discrètement sur le plan diplomatique, au nom du chef de l’État. Ce dernier l’avait d’ailleurs envoyé en émissaire à Khartoum en août 2022. Il y avait été reçu en audience par le président du conseil de souveraineté de transition, Abdel Fattah al-Burhan.

Autre source tchadienne de choix en ce qui concerne la situation au Soudan : l’influent général Bichara Issa Djadallah. Cousin de Mohamed Hamdan Dogolo par sa mère, ce haut gradé – qui a été deux fois ministre de la Défense – était déjà l’un des principaux pourvoyeurs d’informations de l’ancien président Idriss Déby Itno, et est resté un des éléments centraux du dispositif mis en place par le fils de ce dernier.

L’ANS, la CIA et les Égyptiens

Les contacts d’Ahmed Kogri, directeur général de l’ANS, jouent également à plein pour informer Mahamat Idriss Déby Itno. Le maître-espion peut compter sur ses bonnes relations avec les services de renseignements occidentaux, notamment américains. Ces derniers – relayés par l’ambassadeur à N’Djamena Alexander Mark Laskaris -, s’appuient en outre sur leurs homologues égyptiens, très bien implantés à Khartoum et dirigés par le général Abbas Kamel.

Un des prédécesseurs d’Ahmed Kogri à la tête de l’ANS, Mahamat Ismaïl Chaïbo, reste également une ressource précieuse. Mais le général a vu ces dernières années son influence décliner à N’Djamena. Il ne semble aujourd’hui plus aussi impliqué auprès de la présidence, alors qu’il en était un élément central – grâce à ses cousins, les frères Hassan et Abakar Borgo, très connectés au Soudan – du temps d’Idriss Déby Itno.

 Jeune Afrique

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