Depuis que le Qatar conditionne sa participation au DDR, le gouvernement tchadien multiplie les contacts auprès de l’Union européenne afin de faire avancer son programme de Désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) prévu par l’accord de Doha. Jusqu’à là le Tchad a porté tout seul ce processus avec la volonté de le finir avant la fin de la transition.

Il est dommage que le Qatar qui était au four et au moulin pour régler la crise tchadienne puisse s’y soustraire à la participation du DDR, biaisant dans l’intervalle les facteurs d’organisation du processus en cours.

De source indiquée, à Bruxelles, le sujet DDR a été évoqué la semaine dernière lors d’un tête-à-tête entre le ministre de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, Abderaman Koulamallah, et l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Tchad, le Néerlandais Koenraad Cornelis. Depuis quelques mois, le gouvernement tchadien plaide auprès des diplomates européens pour que Bruxelles apporte son concours financier à l’une des mesures phares de l’accord de Doha d’août 2022 qui concerne plusieurs milliers d’ex-combattants rebelles sur le programme de Désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR).

L’accord a été signé en août 2022 entre les groupes politico-militaires, à l’exception du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad et du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République dont une bonne partie s’est rallié récemment.

Du retard dans l’aile par la faute du Qatar

Depuis son lancement officiel, le 16 octobre, le programme de DDR évolue lentement. Le nouveau ministre des armées l’expérimenté Dago Yacouba se démène ardemment pour enclencher ce DDR qui tarde à prendre forme.

Les autorités tchadiennes comptaient au départ sur le Qatar pour financer le DDR, mais les négociations entre le gouvernement du Tchad et l’émirat sont aujourd’hui au point mort. Des efforts lancés parallèlement auprès de plusieurs bailleurs internationaux avec l’appui de la diplomatie suisse n’ont pas abouti non plus. Le Tchad ne s’est pas encore prononcé sur le montant qu’il a l’intention de demander à l’UE dit-on. Cela pourrait représenter plusieurs millions d’euros. Cet automne, une équipe de technocrates tchadiens, appuyée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), avait évalué le projet à 35 millions d’euros.

Si Bruxelles reste ouvert au dialogue avec son partenaire tchadien sur ce dossier, il montre peu d’empressement au regard d’un contexte sahélien particulièrement tendu. L’UE a récemment été prise de court par la dissolution soudaine du G5 Sahel, précipitée par l’annonce brutale du retrait burkinabè et nigérien de l’organisation, le 2 décembre 2023. L’UE figurait parmi les plus importants bailleurs de cette force conjointe mobilisant initialement le Mali, le Tchad, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger.

Intérêt hongrois

La proposition tchadienne a toutefois suscité l’intérêt de la Hongrie. Les deux pays opèrent actuellement un important rapprochement militaire et diplomatique. Budapest, qui prévoit de déployer 200 soldats au Tchad au printemps, enchaîne depuis quelques semaines les gestes de bonne volonté à l’égard de N’Djamena. Dernier en date, la venue le 8 décembre 2023 dans la capitale tchadienne, d’une importante délégation comprenant le chef de la diplomatie magyare, Péter Szijjártó. Outre une série de rencontres officielles, ce dernier y a procédé à l’inauguration de la toute nouvelle ambassade de Hongrie au Tchad.

Bien qu’il permette de maintenir une présence militaire européenne au Sahel, ce rapprochement hongro-tchadien suscite l’inquiétude de certains États de l’UE, qui s’interrogent sur la proximité apparente du gouvernement de Viktor Orbán avec la Russie de Vladimir Poutine.

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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