En manque de fonds, la junte aux affaires à N’Djamena utilise tous les leviers possibles pour faire payer les pétroliers quittant le Tchad pour de bon.

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Lettre du ministre du pétrole tchadien concernant Savannah

Le conseil d’administration de Cameroon Oil Transportation Co (Cotco) et Tchad Oil Transportation Co (Totco) devait initialement se tenir le 24 juin en vue d’acter le transfert des parts d’ExxonMobil (40 %) à Savannah Energy dans ces deux firmes responsables du transport du brut entre Doba et Kribi (Cameroun). Mais par un courrier (voir notre document) adressé le 14 juin aux dirigeants de Cotco et Totco, le ministre du pétrole Djerassem Le Bemadjiel a fait savoir que ce transfert n’avait toujours pas été validé et qu’il fallait suspendre le processus jusqu’à nouvel ordre.

Désaccord entre les ministres de Kaka

Selon nos sources, le courrier de Le Bemadjiel, lequel est personnellement plutôt favorable à la cession, a été rédigé sous la pression de deux acteurs clés de la politique tchadienne : le désormais ancien secrétaire particulier du président, Idriss Youssouf Boy – remplacé le 23 juin par Ismaël Souleymane Lony -, et le ministre des finances Tahir Hamid Nguilin. Véritable maître du pays aux côtés du président Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka » – jusqu’à sa fracassante mise à l’écart -, Idriss Youssouf Boy avait demandé au ministre Tahir Hamid Nguilin, dont il est proche, de trouver tous les moyens possibles pour ralentir le processus de cession entre ExxonMobil et Savannah (un deal à 626 millions de dollars). Le départ de la major américaine du pays est pourtant officiellement fixé au 1er juillet.

Idriss Youssouf Boy voulait mettre la pression sur ExxonMobil afin de faire monter les enchères sur le bonus de séparation que la firme s’est engagée à payer. Comme nous l’avions révélé, ExxonMobil proposait 15 millions de dollars, mais l’Etat tchadien réclamait le double.

Depuis plusieurs semaines, le nouveau secrétaire général de la présidence (SGP), David Houdeingar Ngarimaden, tente lui aussi de négocier à la hausse le montant que réglera la firme américaine (AI du 16/06/22). Le bonus de bonne séparation n’est pas obligatoire au Tchad, mais ExxonMobil souhaite obtenir un quitus fiscal pour solder ses activités dans le pays, où il opère le brut de Doba depuis 2003.

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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