J’aimerais porter sur la place publique un petit débat qu’on avait eu avec des frères il y à quelques jours. Nous tchadiens, dès qu’on se retrouve en petit groupe, dans toutes les circonstances possibles (heureuse ou pas), on ne résiste pas à débattre (à juste titre d’ailleurs) sur la situation de notre pays. C’est absolument normal. Sauf que, très souvent, toutes ces idées sont laissées sur place, sans aucune suite.

Sans heurter la sensibilité, ni manquer du respect à mes frères, j’aimerais bien apporter quelques précisions sur mon point de vue, apparemment pas du tout partagé par les autres.

En effet, j’avais soutenu que la population tchadienne est “responsable” de la situation dans laquelle elle vit actuellement, et non uniquement par la faute des politiques ou de la classe dirigeante. Evidemment, le paisible citoyen qui aspire à vaquer honnêtement et tranquillement à ses occupations ne pourrait être entièrement responsable de la dégradation de sa condition de vie. On ne peut occulter l’influence qu’a les agissements des responsables politiques.

Loin de moi, l’idée de penser que la classe dirigeante est exempte de tous reproches, bien au contraire.

Tout de même, on fait comme si la classe politique ou la classe dirigeante est une entité exceptionnelle, constituée que des personnes qui viennent d’une autre planète. Non, elle est constituée de personnes comme vous et moi. Elle est constituée de nos frères et de nos sœurs. Cette catégorie fait partie intégrante de la population.

A mon humble avis, je ne pense pas que le peuple est une entité homogène, bien à part et innocente de toutes les transformations de la société. Et que la classe politique ou la classe dirigeante, en est une autre et que les deux ne seraient pas interconnectés.

Bref, ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut pas dissocier la population de la classe politique ou de la classe dirigeante, l’une se nourri de l’autre.

Nous Tchadiens, nous avons l’habitude de mettre tout sur le dos des autres, excluant de prendre la part de nos propres responsabilités. Afin de dissimuler nos faiblesses et nos manquements, on se refugie assez souvent dernière notre petit doigt.


A longueur de journée, on déblatère sur tel groupe ethnique ou tel autre ; telle région ou telle autre, tout en occultant complètement la part de responsabilité de son propre groupe ethnique ou de sa région.

A longueur de journée on palabre sur la supposé supériorité ou infériorité d’une telle ethnie sur l’autre. Quand les autres réfléchissent sur la destiné du monde, nous on en


est encore là à ce débat stérile. La valeur d’un homme c’est son travail, c’est ce qu’il est capable d’apporter à la société et non l’appartenance à un tel ou tel autre groupe ethnique ou classe sociale.

Ce n’est pas étonnant qu’on soit toujours à la traine dans tous les domaines.


Le sectarisme, le régionalisme, l’ethnicisme, voila les principaux maux de la société tchadienne. Si on veut encore vivre ensemble, chacun de nous doit se débarrasser profondément de cette mentalité, et considérer ainsi, son concitoyen à sa juste valeur. C’est un vaste débat.

Un autre jour, nous avions débattu entre autres, sur le problème de la corruption qui sévit chez nous. Un fléau qui pourrit le quotidien de beaucoup de nos concitoyens et qui nuit gravement à l’économie de notre pays. A mon humble avis, cette situation prend sa source sur cette bien triste réalité, et bien connue de tout un chacun, qui est à savoir : si un cadre haut placé, intègre, refuse la corruption et ainsi de s’enrichir illégalement et rapidement à l’instar des autres, c’est premièrement sa propre famille qui le maudirait. Ensuite, c’est tout le monde qui le prendrait pour un fou et se moquerait de son intégrité. “Regardez-le, pour qui il se prend ! Tout le monde mange et lui il joue à l’homme propre. Il va le regretter dès qu’il aura perdu son poste”. Cette réflexion le poursuivra mais toujours derrière son dos. Cependant, comme le système est tellement perverti, il y aura des “téméraires”, qui la lui cracheront au visage.

Normalement, les auteurs des détournements des biens publics qui étaient jugés et punis devraient se cacher, raser les murs et leurs proches auraient du avoir honte d’eux. Malheureusement, aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire. Le monde tourne à l’envers. Les voleurs de la République se pavanent avec l’argent qu’ils ont soustrait au pays et en plus la société se courbent devant eux et leur déroule le tapis rouge de la grandeur.


C’est très facile de se cacher dernière les politiques ou la classe dirigeante pour expliquer cet état de fait. Vous ne trouvez pas ?


Cela n’exclu évidemment pas qu’une partie de cette classe sociale, qui encourage cette situation de corruption, soit être constituée des opportunistes et des corrompus, qui ne se soucieraient aucunement de la chose du bien public.


Donc, à mon humble avis, au regard de ce que le Tchad et particulièrement la société tchadienne vit aujourd’hui, on a tord de croire que la population est ignorante (donc innocente) et exempte de toute reproche. On a également tord de penser que c’est seulement à une certaine classe dirigeante bien pensante, dotée d’une mission d’éducation de masse, de montrer qu’un tel acte est mauvais et/ou qu’un tel autre est bon.


A ma connaissance, chaque bon père de famille n’as pas attendu cette classe de dirigeant pour éduquer ces enfants (futurs citoyens avisés) dans la droiture et montrer ainsi la différence entre le bien et le mal.

 

Rejeter entièrement et totalement tous les maux sur les hommes politiques, sur des groupes ethniques ou des régions me semble un peu facile et improductif.


Par exemple sur l’état de la dépravation actuel de nos mœurs, chacun, à son âme et conscience pourrait en refuser et se l’appliquer au niveau de sa propre famille et ainsi qu’à son cercle d’influence et non attendre à ce que la solution vienne de la classe dirigeante ou pourquoi pas tomber tout simplement du ciel.


On a tendance à attendre qu’un certain Zorro de temps moderne vienne régler tout nos problèmes. A mon humble avis, étant donné que les Tchadiens se complaisent à patauger au quotidien dans ces sales mœurs, on ne risque pas de si tôt de sortir un Zorro de la société tchadienne actuelle.


Cette société tchadienne qui applique à la lettre l’adage qui dit
“Al Akhada Ammak Bess Abouk”, c’est-à-dire “c’est celui qui a épousé ta mère qui devient ton père”, ne sortira pas de sitôt de la galère dans quelle elle se trouve plongée depuis plusieurs années.

Fraternellement votre.

Saleh GOUKOUNI

saleh.goukouni@sfr.fr 

 

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