Dans le cadre de sa rubrique interview des personnalités politique, associative, économique, culturelle et sportive, la rédaction de ‘Regards d’Africains de France’ vous propose un entretien exclusif avec Célestin Topona Mocnga Winga, homme politique, vice-président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau(UNDR) et par ailleurs journaliste de formation.

RAF : A l’entame de cet entretien, voudriez-vous vous présenter pour nos lectrices et lecteurs ?Quels sont respectivement votre parcours professionnel et votre engagement politique ?

Celestin Topona : Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez pour donner mon point de vue sur la situation politique et socio-économique du Tchad. En me présentant je dirai que je suis un journaliste de formation de la 7ème Promotion de l’Ecole Supérieure Internationale de Journalisme de Yaoundé (ESIJY) de 1976 à 1980 année où j’ai commencé à travailler au Ministère en charge de l’information. J’ai connu une partie de la guerre Civile, surtout celle qui a ensanglanté le pays en 1980. J’ai vécu comme réfugié au Cameroun, puis c’est en 1982 que j’ai entamé ma vraie carrière de journaliste – fonctionnaire de l’Etat, d’abord à la Radiodiffusion Nationale où j’ai occupé plusieurs fonctions techniques jusqu’au poste de Directeur Général-Adjoint, puis de Directeur Général du Ministère suite au décès du titulaire Idriss Mahamat Aman Ingénieur de Radiodiffusion que tout le monde connaissait à l’époque à N’Djamena. De la fin 1981 à 1992, j’ai été correspondant local de RFI (Radio France Internationale), j’ai fait le syndicalisme, appartenu à plusieurs associations etc. J’ai participé avec une poignée de journalistes, techniciens et animateurs d’antenne à la création de la télévision Tchadienne en 1987 sous le règne d’Hissein Habré dans des conditions spéciales… c’est-à-dire que nous étions convoqués un jour pour nous faire dire par les responsables à la Présidence de la République qu’il faut lancer une Télévision au Tchad. Hissein Habré voulait que le sommet de l’Union Douanière et Economique de l’Afrique Centrale (UDEAC) aujourd’hui Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) qui devrait se tenir à N’Djamena cette année-là soit couvert absolument par une Télévision Tchadienne qui n’existait pas. Dans un branle-bas incroyable qui est resté encore vivace dans mes souvenirs de journaliste, journalistes, techniciens, ingénieurs devaient faire marcher cette Télévision… et c’est ce qui fut fait. J’ai donc connu la période du parti Unique jusqu’à l’avènement de la Démocratie au Tchad en 1990 et dès 1991, un groupe de jeunes cadres a commencé à réfléchir sur la création d’un Parti politique et en 1992 l’Union Nationale pour le Développement et le Renouveau (UNDR) a vu le jour … j’en étais un des membres fondateurs, nous étions au total 57, et… depuis, je milite activement dans ce Parti de combat pour la justice Sociale où j’ai sans discontinuer, occupé le poste de Secrétaire Général jusqu’au 5èmeCongrès de Moundou en 2014 où j’ai été désigné 1er Vice-président National. Je suis donc un militant de la 1ère heure comme on dit. Il faut dire que c’est depuis le collège et le lycée que j’étais déjà très actif, notamment dans les mouvements catholiques comme la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) dans ma ville natale de Fianga au Mayo-Kebbi-Est et au fameux Lycée Félix Eboué de N’Djamena qui avait à l’époque, un rayonnement qualitatif indéniable, non seulement au Tchad mais aussi dans la sous-région de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), aujourd’hui Afrique Centrale. J’ai été député, 2ème Vice-président de l’Assemblée Nationale, la toute première législature de l’ère démocratique au Tchad aux côtés de feux Kamougué Wadal Abdel kader, Maldom Bada Abbas et de Loum hinansou Laïna (actuellement conseiller à la Présidence de la République) de 1996 à 2001. Mon engagement à l’UNDR relève de ma passion pour la politique mais pas pour la politique politicienne que certaines personnes embrassent pour les biens matériels et autres jouissances sociales. Ce qui ne donne pas une bonne image du personnel politique aujourd’hui.

Comment expliquez-vous le choix de militer au sein de l’UNDR dont l’actuel président est natif comme vous de la même région, le Mayo Kebbi ?

C’est par un hasard de circonstance que nous nous sommes rencontrés avec Saleh Kebzabo, qu’il faut le dire nous avait marqué en tant que journaliste travaillant à « Jeune Afrique » quand nous étions encore au lycée… je me rappelle bien de ses démêlés avec le tout premier Président du Tchad, François Tombalbaye quand il travaillait à l’époque à l’agence Tchadienne de presse dont il était devenu par la suite Directeur… Au lycée nous entendions à Radio-Tchad de violentes attaques contre les jeunes cadres dont feu Ngangbet Kosnaye Michel, Saleh Kebzabo, Ousman Gam et autres… Je crois que la soif des Tchadiens pour la démocratie était déjà réelle… Bref il s’est trouvé que la chute du régime de Hissein Habré à libéré l’esprit des Tchadiens et la fameuse déclaration du Président français François Mitterrand sur la démocratie en Afrique, nous a donné le sentiment que la France va enfin arrêter de soutenir à bout de bras nos dirigeants africains francophones qui ne brillent pas par leur esprit démocratique. J’étais à la conférence de la Baule comme reporter de Radio Tchad, donc de la délégation officielle tchadienne. Comme ailleurs sur le continent, surtout dans le pré-carré français, la « Françafrique » a fait beaucoup de tort au Tchad. Nous jeunes cadres, nous croyions donc que le contexte pour l’avènement de la démocratie est arrivé. Il se trouve que les intellectuels qui ont initié cette aventure de la création d’un Parti politique émanent majoritairement de ce qu’on appelle le Mayo-Kebbi géographique, région du Sud-Ouest du Tchad actuellement scindée en deux Régions Est et Ouest. M. Saleh Kebzabo étant de Léré (Ouest) et moi de Fianga (Est) comme plusieurs autres. Il faut aussi faire remarquer que c’est une région qui a produit plusieurs Hommes politiques au Tchad depuis la Colonisation et les populations de cette région comprennent et acceptent la chose politique si elle est bien énoncée. L’UNDR a effectivement trouvé dans cette région un terrain fertile surtout que les habitants, cultivateurs reconnus de coton notamment ont été grugés par les régimes politiques successifs. Un fort ressentiment existe contre l’injustice dont ils sont l’objet… et l’UNDR n’a fait qu’y dérouler son programme politique qui a pris aussitôt… voilà pourquoi depuis les premières élections libres, le Parti a toujours des députés dans cette région. Mais hormis ce constat, aujourd’hui notre ambition dépasse largement cet ancrage régional du début, en témoigne la physionomie de notre Groupe Parlementaire à l’hémicycle et le score honorable obtenus aux différentes consultations Présidentielles.

En tant que vice-président chargé des relations extérieures et de la communication du bureau exécutif de l’UNDR, en quoi consistent vos activités et quel bilan faites-vous de ces longues années de combat politique dans l’opposition ?

Mon rôle consiste à entretenir de bonnes relations avec les Partis amis de l’Etranger, de suivre l’évolution politique Internationale pour en faire bénéficier l’UNDR par une communication dynamique et maîtrisée. En tant que professionnel de médias, je crois apporter ma modeste contribution à la communication du Parti de manière globale, mettre en place une stratégie communicationnelle, informative sur les actions du Parti sur le terrain, en assurer leur visibilité, porter à l’attention de l’opinion le Programme politique de l’UNDR etc. l’une des réussites de l’UNDR est son admission solennelle à l’internationale Socialiste à Carthagène en Colombie lors du 25ème Congrès de cette organisation politique. La communication du Parti a joué un rôle important pour cette reconnaissance politique. Ces longues années de combat me donnent l’occasion de dire que le remplacement de la classe dirigeante est tout à fait possible car les Tchadiens sont maintenant mûrs et rejettent la dictature. Dans l’opposition il ya du travail à faire parce que le régime du MPS veut s’éterniser au pouvoir par la force et la fraude. Il faut maintenant la pression par une lutte assidue pour que les éternelles élections truquées cessent et qu’un nouveau Régime fasse ses preuves devant le peuple Tchadien. Puisqu’il a manifestement échoué dans la direction du pays le MPS doit en tirer les leçons et laisser libre cours au processus démocratique et accepter la sanction des citoyens.

Arrivé 3éme au premier tour du scrutin présidentiel de 1996, l’histoire retiendra que le candidat de l’UNDR, Saleh Kebzabo se rallie à Idriss Deby avec qui, un accord de gouvernement fut signé. Avec le recul, le parti ne s’est-il pas rendu coupable du baiser de Judas ?

Le candidat de l’UNDR en 1996 ne s’est jamais rallié à qui que ce soit. Il s’est trouvé qu’en cette période le Tchad était menacé d’éclatement. L’UNDR en toute connaissance de cause, après de longs débats en son sein, a pris souverainement la décision de signer un accord politique avec le MPS pour sauver la situation de division certaine en Nord-Sud, ce qui va à l’encontre de nos idéaux politiques. Notre vision est que le Tchad doit progresser, se développer dans sa diversité culturelle. Malheureusement mal nous en a pris, parce que le calcul du MPS étant de profiter de cet accord pour nous détruire alors que notre sincérité était réelle en apposant notre signature à « la déclaration commune » qui était le texte de base de cet accord. Je sais ce que j’affirme là… puisque je suis Corédacteur du texte. C’est suite à cette entente que l’UNDR a obtenu 2 postes à la direction de l’Assemblée Nationale et a participé au Gouvernement dont le Président Saleh Kebzabo a occupé le poste de Ministre d’Etat dans un certain nombre de Ministères. Je ne me sens aucunement coupable de quelque pêché que ce soit tout comme mes amis du Parti : l’UNDR n’est pas le seul Parti qui a contracté un accord politique avec un autre qu’il soit du Pouvoir ou pas. Et du reste, l’histoire politique est jalonnée d’accords, d’ententes, de désaccords, d’alliances de part la planète. Pourquoi plus de vingt (20) ans après, on continue de faire des analyses désuètes selon moi, sur un pan de l’évolution politique d’un Parti qui s’est imposé sur l’échiquier politique national, par son sens du combat ? Aujourd’hui encore dans l’opposition, l’UNDR cultive l’Unité, la Solidarité. Et si demain, par miracle, la classe politique estime qu’il faut trouver une solution définitive pour sauver le pays, l’UNDR sera de la partie. Voilà pourquoi, le Président National a toujours assorti les critiques qu’il fait de la mauvaise gestion du pays par une proposition de dialogue véritable et Inclusif entre acteurs de la vie politique. Il ne fait là, que respecter la voie choisie par le Parti : l’UNDR n’est pas un va-t’en guerre et ne le sera pas. Le Parti soutient la prise du pouvoir par les Urnes mais n’acceptera jamais que l’on prenne le pouvoir et que l’on le conserve par la force. D’où le grave contentieux qui nous oppose au MPS depuis 1990. Nous n’avons pas la prétention de donner des leçons à d’autres Partis, mais sommes libres de voir comment nous organisons nos relations. Ceux qui ressassent ces contrevérités perdent leur temps, parce qu’entre 1996 et 2017 beaucoup d’eau a coulé sous le pont… et on continue de dire des contrevérités sur un accord rompu, à l’initiative de l’UNDR, depuis belle-lurette. Je souhaite que nos détracteurs se ravisent en s’associant plutôt à l’opposition plurielle pour faire cesser le calvaire des Tchadiens qui n’en peuvent plus maintenant. C’est pourquoi je pense que les responsables des Partis Politiques, les autres leaders d’opinion doivent plutôt focaliser leur énergie sur la manière d’arracher la démocratie confisquée par le pouvoir MPS au lieu de faire une fixation sur un état d’esprit dépassé et jeté à la poubelle de l’histoire.

Avec 10 sièges gagnés aux élections législatives de 2012, l’UNDR fait figure du principal parti de l’opposition à la majorité présidentielle. Quel regard portez-vous sur l’Assemblée nationale et le rôle joué par les députés de l’opposition très minoritaires ?

Nous sommes en effet en position de principal Parti de l’opposition démocratique face à la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale. Mais cela ne suffit pas parce que les députés du MPS et leurs alliés sapent tout à l’hémicycle vu leur nombre. Ils bloquent tout processus de renforcement de la démocratie et votent mécaniquement des lois qui ne sont souvent pas bonnes. Dernièrement, ils ont tout bonnement empêché l’interpellation du Premier Ministre pour qu’il explique aux Tchadiens les tenants et aboutissants des mesures drastiques impopulaires prises unilatéralement pour soi-disant juguler la crise financière et économique que connait le pays. Comment peut-on parler de démocratie sans débats contradictoires de la part des élus du peuple ? Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale ne répond pas aux exigences constitutionnelles. Elle s’est autoprorogée son mandat alors que la Présidentielle a eu lieu. L’UNDR ne reconnait pas cela. Il faut qu’elle soit dissoute et que des élections législatives soient organisées au plus tard en 2018.

Que pensez-vous du report des élections législatives en 2019 décidé unilatéralement par le Chef de l’Etat Tchadien en invoquant la crise financière pour se justifier ?

Le Président Idriss Deby n’a pas le droit de décider tout seul du report inexpliqué des élections législatives. Il n’a consulté personne à l’opposition ; il ne s’est ouvert qu’à ses alliés et cela est contraire au consensus que l’UNDR a toujours soutenu concernant les grandes décisions politiques. Lors du dernier Conseil National tenu en Avril dernier à N’Djamena, le Parti a rejeté catégoriquement ce passage en force et continuera à mobiliser les forces politiques contre cette énième violation de la loi fondamentale Tchadienne. Le prétexte invoqué de la crise ne tient pas la route, sinon comment la Présidentielle s’est tenue ? Où a-t-on trouvé son financement ? les deux Pouvoirs se valent, il n’y a pas de démocratie sans Assemblée régulièrement renouvelée tout comme il est anti-démocratique de ne pas respecter le cycle Constitutionnel de la Présidentielle et l’opposition dans son ensemble condamne ce mépris du processus démocratique par le pouvoir.

Contestez-vous toujours l’élection du président Idriss Deby lors de la présidentielle d’avril 2016 où vous estimez que le vrai vainqueur était Saleh Kebzabo ? Comment entendez-vous poursuivre cette quête de justice comme au Gabon ?

Pour l’UNDR, c’est le candidat Saleh Kebzabo qui est arrivé en tête du 1er tour de la Présidentielle d’Avril 2016. Suit le candidat Laoukein Kourayo Médard. Un 2ème tour devait départager les deux (2) candidats de l’opposition. Personne n’a gagné dès le 1er tour. C’est qui s’est passé est un holdup électoral.

Malgré les appels réitérés à la décrispation politique, le gouvernement répond jusque-là par un silence assourdissant, l’arrogance voire le mépris et la fuite en avant. Pire, il a choisi les méthodes autoritaires pour réduire en silence toutes formes de contestations pacifiques et légales sur tout l’étendue du territoire national. Que préconisez-vous concrètement pour y remédier ?

Face aux dérives autoritaires inacceptables actuelles nous disons au gouvernement de faire cesser ce que nous constatons tous les jours sur l’ensemble du territoire. Il faut en particulier que l’Agence Nationale de sécurité cesse de se comporter comme le bras séculier du pouvoir – que l’ANS protège le citoyen contre le terrorisme, contre les trafiquants de stupéfiants, qu’elle ne s’acharne pas contre les femmes et hommes politiques, et de la Société Civile. L’UNDR demande aux responsables du pays de faire en sorte que l’insécurité ambiante soit jugulée pour que les populations Tchadiennes vivent en paix dans une coexistence pacifique réelle. Ce que l’ont constaté est que le mal vivre entre Tchadiens prend des tournures inquiétantes et que le pouvoir ne fait rien pour calmer et rassurer les différentes couches Sociales. Au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, les Tchadiens se regardent en chiens de faïence et les forces de l’ordre viennent aggraver cette antipathie nationale provoquée l’ANS qui s’attaque à tout le monde, aux journalistes sans raison ; ceci n’est pas tolérable – l’ANS doit être au service de la sécurité du peuple tchadien y compris du Pouvoir, mais pas de la manière où elle est décriée actuellement. Elle persécute les Tchadiens, pourquoi ? Le Pouvoir ne veut pas de manifestations publiques, ni de la part des Partis Politiques, ni de la Société civile, ni des Etudiants qui n’ont pas de bourse, ni des retraités qui réclament leurs pensions, ni des travailleurs de l’Etat qui veulent leurs dus… cette situation nous interpelle tous et nous devons faire de vraies pressions pour qu’elle prenne fin. Les Partis Politiques ne sont pas restés discrets, au contraire, ils sont à l’avant-garde de la lutte contre le retour de la dictature souhaité par certains nostalgiques qui ont pris le contrôle de la chose politique au sein du Pouvoir. Mais ils doivent savoir qu’ils sont en train de ramer à contre-courants de l’histoire de l’évolution irréversible du Tchad vers la démocratie. Pour la défense de la démocratie les partis Politiques ont besoin du soutien de la Société Civile.

L’instauration d’un Etat fédéral fait partie des engagements pris par le candidat Idriss Deby lors de la campagne présidentielle de 2016.Vous semble-t-il réaliste, réalisable et prioritaire à l’heure où d’autres défis pressent ?

On veut nous endormir sur les graves problèmes du Pays auxquels aucun remède n’est trouvé. De quel fédéralisme il s’agit dans un pays en banqueroute ? L’UNDR pense que, c’est qu’il faut, c’est d’assurer véritablement la décentralisation et la déconcentration des structures du Pays. Sinon, chaque village du Tchad va être fédéral et s’en sera fini pour l’unité nationale. Est-ce cela que l’on recherche ? Le Pouvoir a mis en place un haut comité pour réfléchir à cette fameuse fédération de notre Pays, sans y associer l’opposition, alors, le Tchad est-il une propriété exclusive du Pouvoir ? Comment on peut prétendre répondre aux aspirations légitimes du peuple à choisir son mode de gouvernement tout en excluant les Partis de l’Opposition ?

Le Tchad traverse l’une des pires crises financière, économique et sociale depuis l’avènement du pétrole. Il ne vous a pas échappé que le gouvernement ait signé récemment un accord de paix sociale avec les plateformes syndicales. Au-delà de nombreuses critiques légitimes relatives aux causes de cette crise, quelles auraient été vos solutions pour en sortir ?

Nos solutions sont claires comme l’eau de roche. Il faut mettre fin aux détournements massifs des biens de l’Etat, il faut mettre au travail les fonctionnaires compétents, il faut être juste dans les nominations aux différents postes de responsabilité de l’Etat, il faut faire ramener au pays l’argent volé et qui alimente les paradis fiscaux étrangers. Tant que les régies financières de toutes natures sont contrôlées par des mains inexpertes, la prédation des ressources du Pays ira en s’aggravant. Ce n’est pas seulement la baisse du prix du baril de pétrole sur le marché international qui est responsable de cette situation dangereuse que le Tchad vit. La signature d’un accord de paix avec les syndicats si elle ne peut pas être condamnée, doit s’accompagner d’une réelle volonté de prise en main de la fonction publique en l’épurant d’agents incompétents ou intégrés avec des faux diplômes et surtout, en payant régulièrement le salaire des travailleurs. Il n’y a pas un autre jeu magique à produire. Il faut que le pouvoir abandonne le népotisme et le clientélisme ainsi que la patrimonialisation des biens du Pays.

La France entretient des relations incestueuses avec le Tchad, considéré comme un allié privilégié dans la lutte contre le terrorisme. Pourtant, la sécurité intérieure du pays inquiète la population comme en témoignent les récentes attaques de Boko-Haram dans le Lac-Tchad, les conflits récurrents agriculteurs/éleveurs, les conflits intercommunautaires, les assassinats crapuleux ou commandités etc. Que pensez-vous de tout cela ?

Le soutien du Tchad à la lutte contre le terrorisme ne devra en aucun être un alibi pour que la France ferme les yeux sur les menaces qui pèsent sur la démocratie dans le Pays. Quand il fallait l’aval de l’Assemblée Nationale Tchadienne pour l’envoi des troupes combattre les terroristes, l’UNDR a voté Pour. C’est l’occasion ici de rendre hommages aux braves soldats tombés sur le théâtre de combat au Mali, au Cameroun et au Nigéria contre la secte islamique Boko Haram. Mais cela ne devra pas être un prétexte pour le pouvoir MPS de tirer la couverture de son côté. C’est l’armée Tchadienne, payée par le contribuable Tchadien qui défend à titre préventif le pays des terroristes, à ce titre, elle ne peut qu’être soutenue. Ce que nous dénonçons, c’est la tentative malsaine de récupération à des fins Politiciennes des faits d’armes qui concernent des soldats Tchadiens pour couvrir les malversations, les fraudes dans le processus électoral comme le vol de la victoire du candidat de l’UNDR en Avril 2016 suite à la Présidentielle. La France ne doit pas fermer les yeux sur les entraves à la démocratie au Tchad sous prétexte que l’armée Tchadienne la soutient efficacement dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Quand les droits de l’homme sont aussi menacés en ce moment au Tchad, les pays occidentaux en particulier la France, doivent venir plutôt au secours de l’opposition qui lutte courageusement contre un retour redouté de la dictature. La France vient de réussir une élection présidentielle, claire et objective, pourquoi ce pays fermerait-il les yeux sur la mascarade qui s’est déroulé en Avril 2016 au Tchad ? y-a-t-il une démocratie a plusieurs variantes ? si oui qu’on nous le démontre !

Que savez-vous de la politique africaine en général, et tchadienne en particulier du nouveau président français investi le 14 mai 2017 ? Que suggérez-vous aux nouvelles autorités en faveur d’une coopération Franco-tchadienne saine, débarrassée des réseaux occultes et mafieux ?

Le Président Emmanuel Macron mérite d’être jugé au pied du mur comme un maçon concernant le Tchad. J’ai eu l’occasion lors d’un passage à Paris en Mars dernier d’acheter son livre intitulé « Révolution » ou il a décliné sa profession de foi en termes de son combat pour la France. Nous espérons qu’il va effectivement se démarquer de ses prédécesseurs et contribuer à la réussite de la démocratie au Tchad et dans les pays considérés proche de la France. Notre grave problème est le refus obstiné de l’alternance politique dans notre pays et toujours invariablement soutenu par Paris.

Le Fcfa est la cible de nombreuses critiques virulentes visant directement la France. En quoi le changement de la monnaie aurait un impact positif pour les 14 pays concernés ?

La question du Fcfa n’a pour le moment, pas encore été débattue par mon parti. Nul doute que l’UNDR donnera son point de vue le moment venu sur cette question controversée depuis le renversement de Hissein Habré

Que vous inspire le rôle de gendarme de plus en plus grandissant joué par le Tchad via son armée sur les théâtres des opérations extérieures, notamment la lutte contre le terrorisme ?

Comme je l’ai dit, le Tchad sollicité pour lutter contre le terrorisme apporte sa pierre dans l’édification de la sécurité en Afrique, mais attention, c’est l’armée du peuple Tchadien, il ne faudra pas qu’on politise cette intervention pour en faire bénéficier un Parti au Pouvoir au point où on dit que le Tchad est devenu un réservoir de sécurité pour le continent. Ça je crois que, cela n’est pas acceptable. Le Tchad n’a pas à vocation à fournir des troupes pour combattre à travers mers, océans et déserts. Ce qu’il fait actuellement est ponctuel. Le pouvoir n’a pas le droit de récupérer cela de façon politicienne pour endormir le peuple tchadien en soif légitime de démocratie.

La percée diplomatique du Tchad se traduit par la nomination d’Abbas Mahamat Tolli au poste du gouverneur de la BEAC, Moussa Faki élu au poste du président de la Commission de l’Union africaine et le président Idriss Deby Itno a occupé la présidence tournante de l’Union africaine. Quelle appréciation faites-vous de cette fierté retrouvée d’un pays comme le Tchad ?

Comme Tchadien, je ne peux qu’être fier que des compatriotes percent sur le plan Africain et International. Je connais les deux personnalités évoquées ; Moussa Faki Mahamat, cependant la conférence Nationale Souveraine, et il travaillait en tant que Ministre des Affaires Etrangères avec un confrère formé comme moi à l’ESIJY avec qui j’ai gardé de bons rapports.C’est dire que par rapport aux compétences de ces Tchadiens promus l’un à la présidence de l’Union Africaine, l’autre comme gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale, je suis optimiste du travail qu’ils vont faire. Il ne reste qu’à leur souhaiter bonne chance.

Malgré la situation alarmante du pays, l’espoir reste permis, car le peuple tchadien ne baisse jamais les bras. Quel message voulez-vous adressé à l’ensemble de la classe politique et au peuple tchadien pour terminer ?

J’ai sacrifié ma carrière professionnelle pour poursuivre un objectif politique, un idéale, comme tout idéale, il y a une part de rêve. La justice sociale a été toujours mon rêve et mon exemple politique est Nelson Mandela et Thomas Sankara. N’était le peu de clairvoyance que j’ai pu avoir sur le plan professionnel, je n’allais pas avoir de responsabilités dans l’administration publique tchadienne car, l’injustice sociale existe hélas toujours au Tchad. C’est la principale cause des ténèbres qui nous ont envahi : guerres Civiles, rébellions à répétition et la liste est longue. Tant qu’il y’aura des Tchadiens qui se croiront au-dessus des autres, nous n’aurons pas la paix de cœur. En politique, je souhaite que les différents responsables se départissent du tribalisme vecteur d’injustice. Il faut permettre aux citoyens honnêtes et compétents de se défendre dans la vie et non leur boucher l’horizon parce qu’ils ne seraient pas de la bonne ethnie, tribu, région, religion. C’est ça mon cri de prise de conscience adressé à toute la nation Tchadienne.Je vous remercie.

Propos recueillis par Moussa T. Yowanga

Regards Africains de France

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  • M. TOPONA, je vois que vous êtes encore à une époque où pour vous et votre mentor KEBZABO, les décisions concernant la Tchad doivent être prises par la France. Je vois que vous et votre parti ne valez pas mieux que la néfaste bande de Deby. Commencez par vous libérer de cette mentalité d’esclave à la botte des français. La libération du peuple tchadien ne se fera que par les tchadiens.

    Commentaire par ALPHA le 3 juin 2017 à 12 h 54 min