(Agence Ecofin) – De nouvelles discussions sont évoquées entre Glencore et le Tchad sur une dette d’un milliard $. Elles surviennent après des pressions internationales, suivies de la visite du président tchadien au Qatar, premier actionnaire du groupe de trading de matières premières. La CEMAC sera attentive

Dans une lettre envoyée au Fonds Monétaire International et dont une partie du contenu a été dévoilé par les agences d’information Bloomberg et Reuters, Glencore, le groupe spécialisé dans le trading des matières premières, indique que de nouveaux échanges sont en cours avec les autorités du Tchad et leurs conseils, au sujet de la somme d’un milliard $ que lui doit ce pays. « Le groupe de prêteurs a tenu des réunions initiales avec Rothschild & Cie, les conseillers financiers du Tchad, puis avec le comité officiel des créanciers du Tchad au cours de la semaine écoulée afin d’échanger des vues sur la demande du Tchad ».

Au début de l’année 2021, le Tchad a conclu un accord avec ses créanciers officiels pour restructurer sa dette extérieure. Mais cette décision ne peut être mise en œuvre que si le même accord est trouvé avec Glencore, dont la dette représente 80% de ce que devait le Tchad à ses créanciers privés internationaux à la fin 2020, selon de récentes données de la Banque Mondiale.

Cette évolution fait suite à une campagne internationale au cours de laquelle, aux côtés de la société civile internationale, des entités comme le FMI, le Club de Paris et la Banque Mondiale ont fait pression sur Glencore pour qu’il avance sur ce dossier. Le timing de cette démarche se dessine également dans le sillage de la récente visite au Qatar des nouveaux dirigeants tchadiens. L’émirat gazier, il faut le rappeler, est le premier actionnaire de Glencore, et l’ombre de Doha avait déjà plané sur la précédente restructuration obtenue en 2018.

La dette tchadienne reste modeste, comparée à la valeur du groupe qui est actuellement estimée à 1milliards $. Mais chez Glencore, on ne semble pas vouloir céder facilement.

Dans sa lettre, la compagnie a indiqué que toute négociation devrait prendre en compte la concession déjà accordée par le passé au pays d’Afrique centrale, dans le cadre d’une restructuration qui n’aura pas prospéré.

Par ailleurs, les choses ne vont pas pour le mieux chez Glencore. Même si son bénéfice avant impôts et sa trésorerie ont de nouveau connu une évolution positive au cours du premier semestre 2021, le groupe a connu l’année dernière sa deuxième année consécutive de perte, selon des données disponibles sur Capital IQ. Aussi, en plus du contentieux sur la dette, Glencore a dû déprécier la valeur de ses actifs au Tchad de 673 millions $ en 2020, du fait de la crise Covid.

L’évolution de ces nouvelles discussions sera suivie attentivement dans la CEMAC, la communauté de pays avec laquelle le Tchad partage la même monnaie et les réserves de change. Une solution qui autoriserait le Tchad à ne pas payer sa dette comme prévu en 2026, donnera plus de levier à la zone CEMAC qui travaille activement à reconstituer ses réserves de change, après avoir risqué un ajustement monétaire, programmé en 2016.

Toujours dans la CEMAC, Glencore a des défis avec deux autres pays, notamment le Congo Brazzaville et le Cameroun, mais pour des montants moins déterminants. 

Idriss Linge

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