Un accord entre N’Djamena et une quarantaine de groupes dissidents a été signé au Qatar. Les discussions commenceront le 20 août dans la capitale tchadienne. 

Le Tchad va entrer dans un cycle de discussions historique visant à mettre fin aux troubles connus sur le territoire national depuis des décennies. Le chef de la junte militaire au pouvoir, Mahamat Idriss Déby Itno, a ainsi signé, lundi 8 août, depuis le Qatar, un accord avec une quarantaine de groupes rebelles destiné à lancer un dialogue national.

Les discussions commenceront le 20 août à N’Djamena en présence, selon les autorités, de plus de 1 300 représentants rebelles et personnalités issues de la société civile, des syndicats, de l’opposition et du pouvoir.

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Malgré les espoirs des médiateurs à Doha, qui ont cherché à le convaincre jusqu’à la dernière minute, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), l’un des principaux groupes rebelles, n’a toutefois pas signé l’accord, tout comme le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR). Ils sont au total quarante-deux, sur quarante-sept groupes représentés à Doha, à avoir apposé leur signature à l’accord passé avec le pouvoir tchadien.

« Moment-clé pour le peuple tchadien »

L’arrangement, censé ouvrir la voie du retour à un pouvoir civil, a été qualifié de « moment-clé pour le peuple tchadien » par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui s’est exprimé dans une vidéo diffusée au cours de la cérémonie officielle à Doha. Le chef de l’ONU a néanmoins insisté sur la nécessité d’un dialogue « inclusif » pour que celui-ci puisse réussir.

Après des négociations qu’il a qualifiées d’« ardues », le président de la Commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a salué des discussions destinées à « transcender des divisions devenues anachroniques ». Le ministre des affaires étrangères du Qatar, Mohammed Ben Abderrahmane Al Thani, a, de son côté, déclaré que l’accord vise à instaurer « une paix qui remplacera les troubles et les conflits que le pays a connus depuis de trop longues années ».

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Au lendemain de la mort du maréchal Idriss Déby Itno, tué au front contre des rebelles en avril 2021, son fils, le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno, avait été proclamé président à la tête d’un conseil militaire de transition formé par quinze généraux.

Il avait aussitôt promis des élections libres et démocratiques dans un délai de dix-huit mois, après la tenue de ce « dialogue national inclusif » avec l’opposition politique et les innombrables mouvements rebelles.

Depuis cinq mois, différents acteurs tchadiens négocient ainsi sous l’égide de l’émirat du Golfe pour mettre fin à des décennies de troubles et d’instabilité dans ce pays de 16 millions d’habitants qui a connu plusieurs coups d’Etat.

Le FACT dit rester « disponible au dialogue »

Aux chefs rebelles qui se rendront à N’Djamena le 20 août, le pouvoir a proposé un cessez-le-feu et des garanties de sécurité. Ils devront décider ensemble de l’organisation de l’élection présidentielle prévue en octobre. Mais le général Mahamat Idriss Déby Itno laisse planer le doute sur un report de ce scrutin de dix-huit mois. Paris, l’Union africaine et l’Union européenne poussent toutefois pour que ce délai soit respecté.

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Si le FACT, à l’origine de l’attaque ayant conduit à la mort le 19 avril 2021 du président Idriss Déby Itno, a décidé lundi de ne pas signer l’accord et affirmé dans un communiqué que ce « rejet est concomitant à la non-prise en compte de nos revendications », comme la libération de prisonniers, il a toutefois déclaré qu’il « reste disponible au dialogue partout et toujours ».

« Nous sommes toujours sur le terrain, mais il est encore trop tôt pour savoir si nous allons reprendre la voie des armes, nous allons regarder ce qu’il va se passer dans les prochains jours, notamment avec le dialogue à N’Djamena », a dit depuis Doha Brahim Hissein, chargé des relations extérieures du groupe rebelle.

Le CCMRS justifie de son côté la non-signature de l’accord en affirmant que les « principes pour lesquels nous nous battons ne nous permettent pas de faire partie d’un dialogue dont nous ne connaissons pas les objectifs ».

Le Monde avec AFP

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