Le Tchad s’apprête à organiser un dialogue national. Un énième dialogue dans l’histoire du pays. Qu’est-ce qui peut donc expliquer les échecs des différents dialogues et conférences que le pays a organisés depuis l’indépendance ?

Plus d’une trentaine. C’est le nombre de dialogues, conférences ou encore fora organisés par le Tchad depuis l’indépendance. Ce qui fait dire à certains que les Tchadiens sont champions en dialogue. « Notre pays a connu beaucoup de conflits. En même temps, il a connu beaucoup de dialogues. Mais à chaque fois, le problème devient récurrent. On a connu des dialogues globaux comme la Conférence nationale souveraine et des dialogues pour, en quelque sorte, dialoguer avec les opposants politico-militaires », rappelle l’historien, Dr Mahamat Saleh Yacoub.

En remontant dans l’histoire, il souligne que les dialogues les plus importants sont ceux qui ont abouti aux accords de Khartoum en septembre 1977 entre Félix Malloum, président du Conseil supérieur militaire (CSM) au pouvoir et Hissène Habré du Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN). Des accords qui ont permis la formation d’un gouvernement d’union en août 1978 mais peu de mois plus tard, les événements de 1979 éclatent, avec les onze (11) tendances. Vont s’en suivre les accords de Lagos 1 et 2 et Kano 1 et 2 qui conduiront à la formation du gouvernement d’union nationale de transition.

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Pour Dr Mahamat Saleh Yacoub, ces accords ont plus ou moins échoué pour plusieurs raisons. Il y a le fait que souvent, les initiatives viennent des pays amis pour régler des problèmes qui ont des répercussions sur leurs propres pays ou pour des intérêts en imposant les leurs en cette période de guerre froide.

Mais la principale raison, selon l’historien, est « au lieu de poser le problème de l’origine des mécontentements, on le règle par une solution palliative, c’est-à-dire on trouve une solution pour le chef de telle ou telle opposition et on rallie leurs troupes au sein de l’armée. Donc le problème de fonds n’est pas souvent réglé ».

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Dr Mahamat Saleh Haroun croit que le dialogue le plus important qui a eu lieu après les douloureux événements des années 70-80 et le système de parti unique d’Hissène Habré est la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1993, même si « elle a aussi raté un peu le coche parce que c’est une impulsion de l’extérieure (du président Mitterrand de la France qui conditionnait l’aide par l’ouverture démocratique) ». Pourtant, signale-t-il, la CNS a produit de beaux textes qui « peuvent régler les problèmes ». Mais, relève Dr Mahamat Saleh Yacoub, c’est sans compter avec les ambitions des uns et des autres, soit de contrôler le pouvoir pour longtemps, soit d’essayer de renverser le pouvoir qui est en place.

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En définitive, l’historien pense que « Le problème de la non-réussite des conférences et des dialogues, c’est qu’il y a toujours des agendas cachés ». Pourtant, assène-t-il, « on ne peut pas faire de la démocratie sans des démocrates ».

C’est pourquoi, au vu du dialogue à venir, Dr Mahamat Saleh Yacoub pense qu’en termes de préparation, il est mieux que la Conférence nationale souveraine. Mais il dit attendre de voir si les rapports des pré-dialogues seront pris en compte, si ceux qui gèrent la transition vont réellement jouer leur rôle d’arbitre ou voudront également être partie. « Parce quand on veut par la suite rester au pouvoir, cela fausse les choses comme au niveau de la Conférence nationale souveraine », met-il en garde.

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Madjissembaye Ngarndinon

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