DES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE ET DE LA DIASPORA AFRICAINES, DES AFRICANISTES ET AMIS D’AFRIQUE
 
SUR LE RAPPORT DE MISSION D’ENQUETE DE L’UNION AFRICAINE AU TCHAD
DU 29 AVRIL AU 5 MAI 2021
 
Les organisations de la société civile et de la diaspora africaines, des africanistes et amis d’Afrique,
 
– Expriment leur profonde préoccupation face à l’évolution de la crise sociopolitique provoquée par le coup d’État au Tchad après la mort du président Idriss Deby Itno ;
– Se réjouissent que l’Union Africaine prenne le dossier en main pour trouver une solution africaine à la crise, avec le soutien des autres partenaires internationaux ;
– Dénoncent, cependant, le laxisme avec lequel l’organisation africaine traite le dossier Tchadien, plus de trois semaines après la mise en place du Conseil militaire pour la transition (CMT) issu du coup d’Etat ;
– Sont préoccupés par ce qu’il est convenu d’appeler « l’exception tchadienne » que le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA semble vouloir valider, ce qui créerait un précédent sérieux pour la promotion des valeurs démocratiques et le respect des institutions constitutionnelles en Afrique ;
– Déplorent que les consultations qui ont été menées par la Mission d’enquête de l’Union Africaine n’aient pas pris en compte l’ensemble des acteurs, notamment les organisations regroupées sous la Coordination des Actions Citoyennes Wakit Tama (l’heure est arrivée en arabe) mise en place pour contester le 6ème mandat du Président défunt, ainsi que toute prise du pouvoir et sa conservation par les armes ;
– Exhortent les dirigeants français à reconsidérer leur soutien au coup d’État et à une dévolution monarchique du pouvoir au Tchad ;
– Tiennent à ce que la crise au Tchad fasse l’objet de la prochaine réunion du Conseil de sécurité des Nations-Unies.
 
Après avoir pris connaissance du rapport de la Mission d’enquête diligentée par le Conseil de Paix et sécurité du 29 avril au 5 mai 2021 au Tchad, ils observent que :
– Les conclusions du rapport ne reflètent ni le contexte marqué par la mauvaise gouvernance politique et le refus d’un dialogue national inclusif par le défunt président, occasionnant de fait la constitution de groupes rebelles armés, ni la réalité des préoccupations exprimées par l’entièreté des acteurs de la société civile et des partis politiques de l’opposition, lesquels sont soutenus par les Tchadiens de la diaspora ;
– Les recommandations du rapport sont loin de conduire aux résolutions pouvant permettre un dénouement heureux de cette crise et grandir l’Union africaine dans son rôle.
 
En conséquence, ils
 
– Appellent les États membres à prendre leur responsabilité en faisant appliquer les textes qu’ils ont eux-mêmes adoptés;
 
– Recommandent, en particulier, au CPS de :
o Condamner la confiscation du pouvoir par la junte et la dévolution monarchique du pouvoir au fils du président défunt ;
o D’opter sans réserve de faire pression pour un président civil avec un vice-président militaire et la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale pour conduire à la préparation d’une conférence nationale souveraine devant décider de l’architecture et des organes de la transition ;
o D’appliquer les sanctions prévues par les textes de l’UA et, le cas échéant, de soutenir les efforts des organisations de la société civile et de la diaspora Tchadiennes de traduire devant les juridictions internationales les membres de la junte pour les crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide durant le règne du président défunt et après le coup d’État du CMT ;
o Dessaisir le Président actuel de la Commission de l’UA du dossier tchadien pour conflit d’intérêts mis en évidence par un parti pris évident aux cotés de la junte ;
o Exiger l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances du décès du Président Idriss Deby Itno ;
o De désigner le Président en exercice de l’UA, et le Président Ghanéen et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo comme médiateurs dans la crise tchadienne ;
o Mettre en place un groupe de contact international sous la direction de l’Union Africaine, avec le soutien du Conseil de sécurité des Nations-Unies.
 
– Décident en outre de rendre publique leur analyse ci-jointe du rapport de la Mission d’enquête de l’UA conduite au Tchad du 29 avril au 5 mai 2021 pour élucider les observations faites ci-haut et prendre à témoin les populations africaines et la communauté internationale, rendant responsables les chefs d’État Africains de tout ce qui adviendrait au Tchad si l’institution africaine ne respecte pas ses propres textes.

Lien Document PDF : DECLARATION DE LA SOCIETE CIVILE SUR LE RAPPORT DE MISSION DE LUA VF1 (1)

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