La Direction Générale des Grands Travaux et Projets Présidentiels [DGGTPP] n’est-elle gérée que par des ripoux? On serait tenté de le penser, en raison de l’embastillement systématique des personnalités associées directement ou indirectement à la gestion de cette structure à laquelle le chef de l’Etat tient comme à la prunelle de ses yeux.
 Car, comment expliquer que des figures d’envergure de l’establishment soient à intervalles quasi réguliers incarcérées à la Maison d’arrêt de N’Djaména pour des faits de malversations financières à la DGGTPP ? Le dernier cas en date, est celui de Mobélé Nodjialdom Djikoloum, ci-devant Directeur général adjoint des Grands Travaux et Projets Présidentiels, qui est aux arrêts depuis fin août 2012. Avant lui, Mahamat Zen Bada, ancien Directeur Général de la structure, et Haroun Kabadi, ancien secrétaire général de la Présidence, ont séjourné à la Maison d’arrêt pour des faits présumés de détournement de fonds publics.
Le constat est que la DGGTPP est une boîte prestigieuse compte tenu de ses ressources dont on dit qu’elles sont colossales. Mais le fait que ce soit un levier sur lequel le Président compte s’appuyer pour mener ses grands projets dans le continuum du Quinquennat social qu’il avait lancé dans son précédent mandat, est de nature à complexifier sa gestion. Etre aux commandes de la DGGTPP équivaut pratiquement à se faire hara-kiri, le risque étant grand d’être quelque temps après, conduit menottes aux poings, en prison.
Les gestionnaires écroués résistent-ils difficilement à la tentation de puiser dans les caisses pleines à craquer de la DGGTPP? Si la réponse est affirmative, l’entrée en scène du Procureur de la République, ne peut que se justifier.
Une autre hypothèse est envisageable. Les responsables nommés à la DGGTPP, pourraient être victimes de manœuvres opaques d’individus tapis dans l’ombre dans les cercles rapprochés du président, tant le budget pharaonique des Grands Travaux, suscite des convoitises. La gestion d’une manne aussi importante, est en effet susceptible d’attiser des appétits. Conséquence, on savonne la planche des dirigeants afin de les pousser vers la sortie, pour in fine prendre le contrôle de la poule aux œufs d’or.
En créant la Direction Générale des Grands Travaux et Projets Présidentiels, le chef de l’Etat entendait certainement en faire un instrument politique devant lui permettre de tenir ses promesses. A l’occasion de ses tournées à travers le pays, il promet régulièrement aux populations de donner suite à leurs condoléances. La construction de routes, d’écoles, de centres de santé, etc., semble s’inscrire au cœur des préoccupations du Président. On peut le comprendre: il est critiqué depuis longtemps pour le rachitisme de ses réalisations sociales. Il semble déterminé à se débarrasser de cette image qui s’agrippe à sa gouvernance telle une sangsue.
C’est donc à la DGGTPP qu’il échoit de mettre en musique les promesses présidentielles. Pour l’instant la musique de la DGGTPP reste inaudible parce qu’elle est brouillée par le charivari causé par les procès à répétition intentés à ses différents chefs d’orchestre. Peut-être les choses vont-elles être mises dans le bon ordre grâce à un projet que les proches du Président annoncent impactant : la construction de la Cité internationale des affaires à N’Djaména à partir de janvier 2013. Jeune Afrique a donné quelques détails croustillants concernant cette cité digne des Emirats pétroliers, dans sa livraison de la semaine écoulée: 235 milliards de FCFA pour construire sur 30 hectares, « un centre commercial, des immeubles de bureau, un Palais des Congrès, un parc des expositions, un hôtel de luxe et trois imposantes tours qui abriteront le ministère de l’Energie, la Société des Hydrocarbures du Tchad et le futur Centre africain des technologies de l’information».
La Direction Générale des Grands Travaux et Projets Présidentiels devrait, il faut l’espérer, à travers ce projet ambitieux, faire parler d’elle sur le terrain des réalisations concrètes, et non plus à la rubrique judiciaire ou des faits divers.
Devait-on interpeller les responsables de l’Union des syndicats du Tchad et le Directeur de publication de N’Djaména-Hebdo? J’ai la faiblesse de penser que c’était une erreur. Et voici pourquoi.
Pour ce qui est des syndicalistes, le gouvernement a acté sa difficulté à trouver une solution concertée à la grève des agents de l’Etat en optant pour la répression. Il espère ainsi obtenir la reprise du travail à la fonction publique en essayant de tenir les syndicats et les médias par le collet, de sorte à les faire adhérer de force à l’option de reprise du travail à la fonction publique. La dictature de l’urgence a poussé Nadingar and Cie, pressés qu’ils sont par le Palais Rose de régler au plus vite cette crise, à commettre une faute tactique. Traduire les syndicalistes devant les juridictions, met en évidence une panne d’inspiration criante. Une sortie de crise dans ces conditions, accumule inéluctablement de lourds nuages sur le ciel des négociations, en dépit de l’entrée en piste des forces religieuses qui se sont invitées en médiatrices.
L’interpellation du Directeur de publication de N’Djaména Hebdo, s’ajoute aux approximations qui ont alimenté la conduite de la crise par le Gouvernement. Certes le ton de la pétition rédigée par les syndicalistes, était va-t-en-guerre. Mais reprocher à un journal de le reproduire sous prétexte de complicité de déstabilisation des institutions, relève d’une excessivité qui cache mal la difficulté de vider la crise de sa substance.

Par INNOCENT EBODE

NDLR: le titre de cet article vient de la rédaction de Tchadpages. 
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