A l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse annuelle, Idriss Déby a réaffirmé sa volonté de bâtir un État de droit, d’organiser les élections et de réévaluer les mesures d’austérité imposées aux travailleurs du secteur public. Un discours creux face aux journalistes partisans, le 09 août 2019.

« Depuis plus d’un an, la 4ème République a entamé son inexorable marche comme le prouve la mise en œuvre graduelle des réformes institutionnelles envisagées. Au nombre des institutions nouvelles qui font notre fierté, je peux citer le Haut Conseil des Collectivités Autonomes et des Chefferies Traditionnelles qui vient de tenir sa deuxième session ordinaire et la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Ces institutions renforcent notre jeune démocratie et l’Etat de droit que nous appelons tous de nos vœux », déclare Idriss Déby. Pourtant, les institutions citées ne sont que des coquilles vides, lorsqu’on sait qu’elles sont incapables de se prononcer sur les situations qui portent atteinte à la vie des citoyens. Les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs qui sévissent dans presque toutes les régions, la torture des citoyens dans les commissariats de police et les prisons, la séquestration dont sont victimes, chaque jour, nos compatriotes n’ont jamais fait l’objet des préoccupations de ces institutions.

Pour ce qui est de l’organisation des élections qui tire en longueur, Idriss Déby se fait plus que rassurant. « La vitalité de notre démocratie passe par la tenue régulière des consultations présidentielles, législatives et communales suivant la durée des mandats consacrés. C’est très logiquement que les citoyens et la classe politique attendent depuis quelques années le renouvellement de la législature. Je réitère, une fois de plus, notre engagement au plus haut sommet de l’État, à tenir le cap des élections législatives conformément au chronogramme qui sera rendu public par les institutions compétentes en la matière. D’ailleurs, le Cadre National de Dialogue Politique et la Commission Electorale Nationale Indépendante paritaires sont à pied d’oeuvre pour la préparation et la tenue des élections législatives transparentes et crédibles, à la satisfaction générale », avoue le chef de l’Etat. Mais selon nos sources, la Céni n’arrive pas à ajuster son chronogramme pour donner du crédit aux déclarations politiques du président de la République. Ces élections chères à Idriss Déby ne pourraient avoir lieu qu’à partir deuxième trimestre de l’année 2020, si la Céni et la Cndp s’engagent résolument à travailler d’arrache-pied.

La situation sociale délétère a aussi fait l’objet de la conférence de presse du Chef de l’Etat. Pour lui, le Tchad sortira un jour de la conjoncture, car les signes de la lente reprise sont perceptibles. Après une réévaluation des mesures d’austérité, Déby déclare qu’il est possible que « les effets financiers des avancements et de reclassement soient restaurés, si les conditions le permettent ». Cette volonté de vouloir réévaluer les 16 mesures n’est autre qu’un discours de pré campagne.

Pour qui suit de prêt les déclarations publiques du chef de l’Etat tchadien, cette conférence de presse n’avait pas sa raison d’être. Idriss Déby a rencontré les journalistes, mais il s’est trompé d’interlocuteurs. Son discours face aux micros des journalistes n’est autre la photocopie des propos qu’il tient souvent lors de ses rencontres avec les hommes politiques de la majorité et de l’opposition démocratique. Les journalistes triés pour cette traditionnelle conférence de presse ont évité les vraies questions devant susciter de vrais débats autour de l’environnement social et sécuritaire. Le peuple attend du Chef de l’Etat, des réponses claires sur la question de l’impunité, de la circulation des armes légères, des nominations fantaisistes et claniques à des postes de responsabilité, de la place de la première dame et sa fondation dans la république, de l’intervention de l’armée tchadienne à l’étranger, etc.

Déli Sainzoumi Nestor

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