Dans une lecture en diagonale, la proposition semble bien équilibrée :

– la partie préambule reprend les principes basiques déjà affirmés par les forces vives démocratiques sur le vivre ensemble et la sortie définitive de crise du Tchad ;

– la proposition prend en compte les inquiétudes des forces vives sur la logique de partage du gâteau de l’État butin de guerre ;

– elle n’empiète pas sur les prérogatives du DNIS et réaffirme son caractère souverain et exécutoire ;

– elle ne répond pas à la revendication principale des politico-militaires d’entrer déjà dans les institutions actuelles de la transition ;

– elle prohibe le recours aux armes et contraint les politico-militaires à tourner la page de la lutte armée, sans autres garanties que ce que décidera le DNIS ;

– elle invite les politico-militaires à rejoindre le DNIS sans armes mais avec leurs mémorandums ;

– elle renvoie à des mécanismes de contrôle de la mise en œuvre qui dépendront de la bonne foi des parties prenantes.

Bref, en dehors des nombreux points d’arrangement de sécurité que seuls les spécialistes comprennent mieux, la proposition du gouvernement de transition tient compte de l’étape majeure du DNIS.

Cependant, cette laborieuse proposition est un couteau à double tranchant, pour les raisons suivantes, hors textes et contexte de Doha :

– quelles seront les réactions des politico-militaires qui sont venus à Doha pour repartir avec une prise, c’est à dire la garantie des postes juteux, comme il était de coutume dans ce business ? Ont-ils eu des promesses en coulisses incognito ?

– deux dispositions critiques renvoient les politico-militaires à poser publiquement leurs doléances, y compris particulières, directement au DNIS, ce qu’on imagine difficilement applicables par certains en raison des agendas cachés ou des pratiques anciennes ;

– des dispositions strictes de cantonnement, désarmement et démobilisation sont édictées par la proposition mais difficiles à mettre en œuvre, notamment la biométrie qui rendra traçable les ex-combattants tentés par les va-et-vient monnayables ;

– le risque que le DNIS ne soit pas favorable à des revendications jugées contraires à l’objectif de la refondation nationale : il faut prévoir une commission des arbitrages, de niveau élevé au DNIS, qui poursuivra les négociations sur les points sensibles et préjudicielles non enrôlés par la proposition ;

– même si aucun politico-militaire n’a intérêt à reprendre les hostilités pour n’avoir pas signé la proposition d’accord, le gouvernement ne peut pas pousser plus loin, en raison de ses mandats limités en période de transition ;

– la proposition est aussi un piège pour les cercles politiques et familiaux du pouvoir CMT qui semblent avoir une autre définition de la transition : les politico-militaires, tout comme les radicaux de l’intérieur et de la diaspora, n’accepteront pas d’être dupés par les forces de résistance aux changements ;

– dans cette hypothèse, l’accord laborieux proposé, même signé, serait violemment dénoncé par les uns et les autres comme une mise en scène, préjudiciable à l’image du PCMT lui-même qui en est le principal garant, alors qu’il peut faire partie de la solution de sortie définitive de crise du Tchad ;

– c’est pourquoi cet accord a besoin d’être complété concomitamment par toute une série de gages à donner par le PCMT, en termes de réformes et de rééquilibrage ethnique au sein des directoires des institutions civiles, financiers et militaires, pour redonner confiance à l’opinion publique ;

– Le remplacement du CODNI par une équipe plus indépendante et crédible, relayant judicieusement sur le plan de la négociation politique, les points forts de la proposition d’accord de Doha, est un impératif pour le PCMT, quitte à ce que les dates soient revues, la plus importante et urgente étant celle du DNIS au bon format et mandat.

En conclusion, il y a du bon dans la proposition d’accord du gouvernement mais les inquiétudes subsistent sur les non-dits et huis clos éventuels (agendas cachés) qui pourraient rapidement transformer ce document signé en « katkat sahkit », et nous servir des événements contraires et douloureux à la place ?

Nous sommes tchadiens et nous voulons bien que la bonne foi des acteurs du problème soit prouvée pas-à-pas, cette fois-ci !

RAMADAN KERIM !

PS :  Félicitations à mes amis dans la délégation officielle !

Énoch djondang

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