Retrouver la croissance, sortir de la dépendance au pétrole et réduire la dette publique : ce sont les objectifs du gouvernement du Tchad, pays sahélien confronté à de lourds défis économiques, sécuritaires, climatiques et politiques. Entretien avec Tahir Hamid Nguilin, ministre des Finances et du Budget.

 

 

RFI : Le Tchad est l’un des pays les plus pauvres au monde, selon l’indice de développement humain. Vous êtes à la recherche d’investisseurs. Comment comptez-vous les attirer ?

 

Tahir Hamid Nguilin : Notre pays a déjà pris un certain nombre de mesures de facilitation, d’attraction et d’incitation en faveur des investisseurs et des entreprises. Nous avons eu un processus de réformes économiques, administratives et réglementaires assez poussées qui ont permis de raccourcir les délais, de diminuer la paperasserie et la bureaucratie pour que les investisseurs n’aient pas à se perdre en démarches administratives et commencent rapidement le business. Dans son rapport 2023, le CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique), montre qu’il y a eu une progression en matière d’amélioration du climat des affaires, de rentabilité des entreprises, d’augmentation du chiffre d’affaires. Tous les voyants sont au vert. Ce sont des éléments plus réels que les classements internationaux qui sont parfois presque de la loterie plutôt que de l’analyse rigoureuse, intellectuelle et factuelle.

 

Au-delà du climat des affaires, que faites-vous d’un point de vue fiscal et douanier pour attirer les entreprises étrangères ?

 

Les zones économiques et spéciales bénéficient d’un certain nombre de dispositions relatives à leur classement en extraterritorialité. Ce sont pratiquement des zones sans taxe, sans droits de douane, sans fiscalité. Ce sont des zones où tout est là : l’eau, l’électricité, les matières premières, les fournisseurs, tout ce qu’il faut. Il y a un ensemble de facilités qui sont accordées dans ces zones et au-delà, pour un certain nombre de secteurs prioritaires dont les NTIC, l’énergie, les énergies vertes, l’agro-industrie, l’agroalimentaire, l’agriculture et l’élevage. Par la loi de finances, des facilités et des exonérations sont accordées aux industries et des entreprises qui sont sur place, mais aussi et beaucoup plus aux primo-investisseurs

 

Si vous agissez ainsi, c’est bien parce qu’il est nécessaire de diversifier l’économie tchadienne, très dépendante du pétrole et du coton ?

 

Nous avons une grosse partie de notre PIB qui est constituée de l’élevage et de l’agriculture, mais ça ne représente pas un potentiel assez important dans nos exportations. Ces produits sont exportés de manière brute. Donc maintenant, notre engagement, notre volonté et celle du chef de l’État est de développer la transformation avec davantage d’industrie sur place pour avoir de la valeur ajoutée et pour montrer également que maintenant, nous avons des avantages comparatifs. Nous sommes un pays continental, sans accès à la mer. Avec la hausse des coûts de transport et la volonté d’avoir des circuits courts, nous devenons de facto un pays compétitif pour les productions locales, mais aussi pour les productions à destination de notre pourtour immédiat qui est déjà un marché très important.

 

Sortir de la dépendance au pétrole, c’est vraiment l’un des objectifs de votre gouvernement ?

 

Oui. L’objectif à terme, c’est d’aller davantage vers l’industrie, vers la transformation agro-pastorale, sylvo-pastorale, vers les mines pour contrebalancer le poids qu’a le pétrole dans notre économie, au gré des évolutions des cours. Nous voulons aussi améliorer nos recettes locales qui ont augmenté sur trois ans de 40 %.

 

Les cours du pétrole étaient plutôt favorables ces dernières années, ce qui vous a aidé dans la gestion de la dette. Vous restez quand même en difficulté. Que faites-vous concrètement aujourd’hui pour lutter contre la dette publique du Tchad ?

 

Disons que nous étions en difficulté il y a quelques années. Aujourd’hui, nous avons remboursé une bonne partie de notre dette intérieure avec l’augmentation de nos recettes propres, y compris pétrolières. Et nous avons aussi restructuré l’ensemble de notre dette dans le cadre du G20 et du Club de Paris. Avec le soutien du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, nous avons une dette acceptable rapportée au niveau du PIB. Nous n’avons pas de problème de la dette en tant que telle aujourd’hui, cela est derrière nous, et cela nous ouvre des perspectives vers des formes d’endettement plus vertueuses et qui s’auto-remboursent.

 

Vous restez endetté tout de même vis-à-vis du négociant suisse en matières premières Glencore, une dette qui date maintenant depuis des années et des années. Vous avez négocié un rééchelonnement.

 

Cette dette a beaucoup décru au fil des années. Le plus difficile est derrière nous.

 

L’un de vos dossiers aussi, c’est de trouver des accords avec le FMI pour relancer l’économie tchadienne. Où en êtes-vous ?

 

Nous avons conclu un programme qui était conditionné à la réussite de la restructuration de notre dette. Dans le cas de juin, cela a été fait. Les deux premières revues ont été fructueuses. Nous attendons dans les jours et mois à venir d’entrer en discussion dans le cadre de la troisième revue. Le travail se fait normalement. Nous n’avons pas d’inquiétude particulière.

 

Du point de vue de l’intégration régionale, avez-vous davantage à gagner ou à perdre dans le projet de Zlecaf, la Zone de libre-échange continentale ?

 

C’est un projet africain et nous soutenons tout ce qui est africain, donc nous pensons que globalement, collectivement, l’Afrique aura à gagner dans le cadre de la Zlecaf.

 

Lors du sommet de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) au mois de mars dernier à Yaoundé, il a été question du franc CFA. Appelez-vous en tant que représentant du Tchad à une réforme rapide, à une avancée encore plus rapide vers la création d’une autre monnaie régionale ?

 

Je pense qu’il y a beaucoup de politisation dans ce dossier. Je pense que beaucoup préfèrent aujourd’hui avoir le franc CFA que d’autres monnaies. Avec la hausse des taux d’intérêt et le poids du dollar, certaines monnaies se sont effondrées. Le CFA est assez stable et permet de la prévisibilité, de la prédictibilité. C’est une réserve de change, corrélée à l’euro. Cette monnaie, nous n’en rougissons pas. Nous ne sommes pas dans l’activisme à outrance.

 

Donc, vous restez un défenseur du franc CFA même si certains, peut-être pour d’autres raisons qu’économiques, souhaitent une réforme ?

 

Nous soutenons une monnaie commune, une monnaie stable, une monnaie fixe. Il y en a qui pensent qu’il faut changer le nom et qu’il faut faire un peu de la cosmétique. Pour le moment, c’est notre position, elle n’a pas varié.

Le Tchadanthropus-tribune avec Rfi

 

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