Le 23 juin 2021, le Procureur de la République près le tribunal de grande instance d’Oum Hadjer, chef-lieu du département du Batha Est, dans la province du Batha, a été froidement assassiné par un justiciable. Selon le Secrétaire général du syndicat des magistrats du Tchad, Djonga Arafi, c’est dans le bureau de la victime que le meurtrier s’est introduit et l’a mortellement poignardé. La victime morte sur place. Un nouveau questionnement sur la notion de l’État de droit.

C’est, tristement, avec émotion et consternation que les Tchadiens apprennent la mort de ce jeune magistrat. Ahmat Mahamat Amba, tué dans son propre bureau juste à l’aube de la journée. Et par un justiciable à l’aide d’un couteau bien préparé… Rien, à ce jour, ne filtre sur les motifs de ce meurtre. Mais comme pour ne rien savoir de plus sinon d’évident sur cet acte, le meurtrier a été abattu à son tour par les forces de sécurité. Dans la foulée, pour dénoncer cet acte ignoble et angoissant, les deux syndicats des magistrats sont entrés en grève de trois jours. C’est, voilà, le résumé de la funeste et sinistre journée du 23 juin 2021.

Que dire de plus devant cette réalité ? Réalité qui n’est ni isolée ni première du genre. Les Tchadiens sont habitués à assister impuissants à des cas de mort entre des citoyens, entre deux communautés… C’est quasi quotidien. On accuse les uns et les autres. On accuse les autorités administratives d’être pour quelque chose. Mais alors ! Aujourd’hui, qui faut-il accuser ? Mais, il n’y a rien sans rien. Faut-il interroger l’injustice ? faut-il interroger l’incivisme, la violence ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, il faut attendre les résultats de l’information judiciaire ouverte à cet effet. Mais une chose est certaine : le mal est profond. Et il faut en avoir horreur.

Mais, qui pour remédier à ces vagues de passion ? Dans un État dit de droit, assis sur les valeurs républicaines, il est inimaginable qu’un Procureur soit froidement abattu à son bureau et de manière facile. Peu importent les motifs qui seront invoqués. Aussi ce meurtre doit-il interroger les consciences de plus hautes du pays sur la sécurité des hommes en toge qui incarnent cet Etat de droit, d’une part. Il est pourtant reconnu que les magistrats en exercice bénéficient d’une sécurité. Pour les procureurs, ils doivent disposer des gendarmes qui se doivent d’être à leur porte. Et en plus, les procureurs eux-mêmes sont autorisés à porter des armes. Tout cela réuni n’a pas empêché le meurtre du jeune procureur…D’autre part, le système judiciaire corrompu au sens propre et au sens figuré du terme est devenue endémique. Ajouté à cela l’incivisme, la délinquance et l’impunité dont jouissent certains citoyens, pourtant une gangrène profonde dans la société.

Ne perdons pas le nord !

Face à la dénonciation, depuis plusieurs années, de certaines organisations de la société civile devant un mal qui semble finalement entretenu, certains hommes politiques et même certains prétendus leaders de la société civile se rangent pour taxer les premiers d’ennemis de la patrie qui peignent toujours le Tchad en noir. Aujourd’hui, de plus en plus, les choses parlent d’elles-mêmes. Hier, ce sont de pauvres femmes, clandomen et autres citoyens anonymes qu’on tuait, égorgeait, dépossédait…

Aujourd’hui, on tue un Président comme un vulgaire homme au milieu des militaires. Aujourd’hui encore, c’est un procureur qu’on tue dans son propre bureau, alors qu’il ne sondait certainement pas d’ennemis venir lui causer du mal. Sinon ça aurait été autrement. Et demain, à qui le tour ? quand on sait que même en pleine capitale, on peut arrêter un citoyen. Lui intimer l’ordre de descendre. Soit on le tue ! soit on le dépossède de son bien ! C’est cela l’angoisse. L’on dira que cela ne se passe pas qu’au Tchad. Soit !

Mais on tempête à qui veut l’entendre que ‘’le Tchad est un havre de paix’’. Et vous avez dit État de droit ? Ne perdons pas le nord. L’insécurité est profonde. L’injustice est aggravée. La corruption aussi bien morale que sociale est encadrée. L’impunité est criarde. Et la liste est longue. Ces maux, s’ils ne sont créés par les gouvernants, ils les ont entretenus. Tant qu’ils sont minimisés, le pire reste à venir. Et cette période de transition est délicate, qui doit commander des actions conséquentes. A juste titre, le ministre de la Justice en charge des droits de l’Homme, Mahamat Ahmad Alhabo, a du pain sur la planche.

Et il arrivera un jour où, le rapport de force sera renversé et les justiciables se feront justice partout comme c’est le cas mercredi 23 juin à Oum Hadjer. Et sur n’importe qui. Car la majorité des Tchadiens est justiciable, même hors des Tribunaux. A cause de l’injustice. Puisque la frustration gagne du terrain. Chacun devait le cerner. Le meurtre d’Ahmat Mahamat Amba est une symbolique de la mort de l’État. Et il faut craindre une violence dorénavant ad vitam æternam. Puisque tous les efforts faits dans ce sens, comme celui du PRAJUST depuis de lustre semblent ne rien apporter de probant.

AZOUDOUM24/06/202105510

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