Ravagée par un incendie il y a plus de quarante ans, Notre-Dame-de-la-Paix devrait enfin rouvrir ses portes en décembre 2022, avec une charpente métallique et un toit flambant neuf. Reportage.

Sur la place de la Nation, à N’Djamena, la cathédrale Notre-Dame-de-la-Paix retrouve peu à peu de sa superbe. La voute de la nef, en forme de coque de navire renversée, a repris l’allure qu’elle avait avant l’incendie qui ravagea sa toiture à la suite d’un bombardement, le 21 avril 1980, pendant la deuxième guerre civile. Dix ans plus tard, en 1990, le pape Jean-Paul II avait tenu à présider une messe devant l’édifice profondément marqué par le sinistre. Désormais, les tuiles du nouveau toit – dont la construction est achevée aux trois quarts – reposent sur une charpente métallique. De quoi faire oublier l’ancienne structure en bois, entièrement dévastée.

« À l’origine, la cathédrale avait été érigée selon la volonté du général Leclerc qui, au début de la Seconde Guerre mondiale en 1940, avait formulé le vœu de faire bâtir un édifice religieux à cet endroit si la France était un jour libérée », raconte Mgr Edmond Djitangar, l’archevêque de N’Djamena. Peu de temps avant, le 26 août 1940, Félix Éboué, gouverneur du Tchad, avait annoncé son ralliement à la France libre, le camp de la résistance et du général de Gaulle.

Volonté de garantir la laïcité

Conçue dans les années 1950 par l’architecte marseillais André Gallerand, Notre-Dame-de-la-Paix ne fut inaugurée et consacrée que cinq ans après l’indépendance du Tchad, en 1965. De la nef au chœur et à sa chapelle, elle s’étend sur 70 mètres de long et 35 de large, soit une superficie de 1 800 mqui lui permet d’accueillir 2 000 fidèles.

La cathédrale de N’Djamena, en juillet 2022. Sa réouverture est prévue pour décembre 2022. © François Xavier Freland pour JA

Après la destruction de sa toiture – laquelle culmine de nouveau à 29 mètres –, faute de moyens, la cathédrale fut recouverte d’une bâche. Jusqu’à ce que, en 2013, le président Idriss Déby Itno décide d’engager sa réhabilitation complète, sur fonds propres de l’État, à hauteur d’environ 5,9 milliards de F CFA (près de 9 millions d’euros). « Idriss Déby Itno a voulu marquer la volonté de l’État tchadien de garantir la laïcité de la République, mise à mal par la poussée jihadiste et les attentats terroristes de Boko Haram dans la sous-région », précise l’actuel Premier ministre, Albert Pahimi Padacké ; depuis la fin de 2012, le pays était aussi devenu producteur de pétrole. À l’époque, le président avait lancé simultanément le chantier de la future basilique de N’Djamena et celui de la restauration de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Paix.

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Malheureusement, les travaux de réhabilitation, qui ne devaient durer que quelques mois, furent brusquement interrompus après le détournement d’une partie de l’enveloppe budgétaire. Finalement, une grande collecte de fonds internationale a été organisée à l’initiative de l’archevêque, en partenariat avec Ecobank, pour finir de financer la restauration. Maintes fois retardée, la réouverture de la cathédrale est prévue pour les célébrations de Noël 2022.

Un pays uni en matière de religion

En attendant, comme ils le font depuis plus de quarante ans, les fidèles se retrouvent à chaque office sous une grande tente installée à l’autre bout de la place de la Nation. « Nous sommes impatients de retrouver notre église, confirme le père Achille Djimwoi, qui anime régulièrement la messe. Quand j’étais enfant, je me souviens de cette vision terrible de la fumée que l’on voyait, de très loin, planer au-dessus de la cathédrale… Les belligérants avaient bombardé l’église parce qu’ils pensaient que certains soldats ennemis s’y étaient réfugiés. J’ai toujours rêvé de revenir prier à la cathédrale. On raconte que c’est dans ses sous-sols que Goukouni Weddeye et Hissène Habré se sont réconciliés. »

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Autour de lui, de jeunes fidèles se réjouissent aussi de cette réouverture tant attendue. La communauté chrétienne, en grande majorité catholique, représenterait aujourd’hui plus de 40 % de la population tchadienne. « Nous n’avons aucun problème avec nos frères musulmans ! s’exclame l’un d’entre eux. On essaie de nous diviser, mais le Tchad est un pays uni en matière de religion. On est discrets, c’est tout. »

Si l’implantation chrétienne date du début du XXe siècle, le nombre de conversions continue d’augmenter, selon les autorités du diocèse de N’Djamena. « Nous vivons dans une certaine précarité depuis longtemps, explique le dynamique et prudent archevêque Djitangar. Mais les choses s’améliorent lentement. »Et, située au cœur de la capitale et de l’État-nation tchadien, presque en face du palais présidentiel, la cathédrale aura l’avantage de bénéficier d’une sécurité renforcée.

Jeune Afrique

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