Sur le plan financier, la junior britannique Savannah Energy ne pâtit en rien de la crise avec le gouvernement tchadien qui se joue depuis plusieurs semaines devant les tribunaux. Même sans ses salariés sur place, elle continue ses activités comme si la cession avec ExxonMobil n’était pas entravée.

Savannah Energy touche bien, selon nos sources, le produit du brut des 40 % rachetés à ExxonMobil dans le bassin de Doba. Les décisions de justice à N’Djamena n’ont pas eu d’impact sur les liftings de pétrole au profit de la junior britannique, le dernier ayant eu lieu mi-février à Kribi au Cameroun – extrémité de l’oléoduc partant de Doba au Tchad – sans le moindre problème.

Savannah Energy continue de mener ses activités normalement, en parallèle de la procédure d’arbitrage lancée en décembre 2022 devant la Chambre de commerce internationale (CCI) contre l’Etat tchadien, auquel elle reproche d’entraver son acquisition des participations d’ExxonMobil dans le bassin de Doba : la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) a fait bloquer ce rachat par deux fois au tribunal de N’Djamena, le 14 décembre et le 25 janvier (AI du 03/02/23), au motif, selon elle, que son droit de préemption n’avait pas été respecté.

Absence sur le terrain

La situation est d’autant plus singulière que plus aucun salarié de Savannah Energy n’est présent au Tchad. La dizaine d’expatriés qui s’y étaient installés en 2022 ont tous été priés de plier bagage mi-décembre, après l’annonce du deal entre les deux firmes le 9 décembre, puis la première décision de justice à N’Djamena. Sur place, tout se passe avec les anciens salariés d’ExxonMobil, désormais payés par Savannah, comme si aucun conflit n’était en cours. Dans l’intervalle, la CCI avait pourtant jugé illégal ce premier jugement dans un arbitrage d’urgence rendu le 7 janvier. L’État tchadien, via la SHT, avait alors demandé la suspension de la cession avec ExxonMobil.

L’arbitrage classique à la CCI entre Savannah et la SHT devrait courir sur plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’arriver à son terme. D’ici là, si aucun accord amiable n’est trouvé, la production, actuellement de l’ordre de 30 000 b/j, pourrait doucement décroître, faute des lourds investissements nécessaires pour maintenir ce niveau.

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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