TchadConvergence: Bonjour, M.Mahamat Nour Ahmed Ibedou, merci de nous accorder cet entretien. C’est la première fois que nous réalisons une interview pour notre site et notre choix se porte sur vous, farouche défenseur des Droits de l’Homme et des libertés au Tchad.


M. Ibedou, nos lecteurs vous connaissent surtout à travers vos communiqués publiés régulièrement sur notre site. Ils ont compris que vous n’êtes pas très copain avec le système qui est au pouvoir au Tchad depuis 25 ans et que la CTDDH n’est pas un outil d’ascension sociale. Pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Mahamat Nour Ahmed Ibedou : Merci une fois de plus pour l’intérêt que vous portez à notre Organisation. La Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) a obtenu son autorisation de fonctionner le 08 /12/2011 sous le folio n°3778. Elle n’est vielle donc que d’un peu plus de 3 ans. Cette Association est le fruit d’une réflexion menée par un petit groupe de cadres écœurés par la gouvernance calamiteuse pratiquée chez nous pendant plus d’une vingtaine d’année.  Nous nous sommes ainsi fixés pour objectif de faire de la vraie défense des droits de l’homme et nous comptons ne jamais transiger sur cette question et nous voulons également trancher avec cette pratique courante et malhonnête qui consiste à ne créer une association ou un parti politique que pour en faire « un outil d’ascension sociale » comme vous dites. Nous estimons qu’un intellectuel digne de ce nom se doit de cultiver des valeurs à la hauteur de son statut et ne pas se taire quand l’injustice et la mauvaise gouvernance atteignent des proportions à l’échelle que nous connaissons actuellement. Ce n’est pas facile, il est vrai de faire une croix sur nos carrières respectives avec ce système actuel qui use des postes de responsabilité comme appâts pour dompter les cadres de ce pays. Nous avons accepté tous depuis longtemps que l’enjeu de lutter contre l’injustice dans ce pays est supérieur aux avantages concédés par un système mafieux qui n’a d’autre politique que celle de chercher à pervertir tous les cadres de ce pays. Je me rappelle les propos d’une vieille connaissance, Directeur de cabinet d’un Ministère qui s’était exclamé à la vue de l’autorisation de fonctionner de la C.T.D.D.H, juste après sa signature et qui me disait «mais écoute ! Toi aussi, tu veux bouffer !». Cela nous avait amusés à l’époque, mais il traduisait certainement l’état d’esprit ambiant qui prévaut dans notre société tchadienne actuelle.

Nous avons fait une petite recherche sur votre ONG, la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits Humains (C.T.D.D.H). Surprise ! Nous n’avons pas trouvé grand-chose à part vos communiqués publiés sur les sites et blogs tchadiens. C’est l’occasion de la présenter (nombre de militants, ressources financières, aides de l’état, représentations en régions, …) à nos lecteurs.

MNAI : C’est normal que vous n’ayez pas trouvé grand-chose car, aussi surprenant que cela puisse paraitre, la CTDDH n’a pas de site internet. C’est une anomalie qu’il conviendrait de réparer le plus rapidement possible compte tenu de l’ampleur de nos activités et ceci est d’autant plus incongru que nous comptons dans nos rangs des informaticiens. Il est vrai que notre association est très jeune par rapport à ses consœurs dont certaines ont plus de vingt ans d’existence. Les débuts sont toujours difficiles, nous n’avons pas encore parachevé son organisation et compte tenu de l’évolution très rapide de la situation socio politique de notre pays, nous avions mis l’accent sur ce qui est le plus immédiat c’est à dire les dénonciations. Ceci étant dit, nous menons également d’autres activités importantes comme visiter les prisons (notre rapport sur la visite de la prison d’Amsinéné en 2012 avait été tres apprécié par l’Union Européenne qui le cite toujours en exemple) nous organisons des conférences débat, nous travaillons avec les procureurs de la république à Ndjamena et dans les régions ce qui nous permet d’obtenir les libérations des personnes victimes d’arrestation arbitraires et celles maintenues au-delà du délai légal de garde à vue. Nous comptons dans nos plans d’action mettre l’accent sur les ateliers de formation des chefs traditionnel, des commandants de brigade de gendarmerie et des responsables de la police et de la garde nationale en province où des véritables drames humains sont constatés en matière de violation des Droits de l’Homme. Nous rédigeons des rapports annuels d’activités que nous envoyons à nos partenaires, nous organisons des activités sportives et ludiques etc… Toutes ces activités sont prévues par nos texte de base.
Pour ce qui concerne la présentation de notre organisation, elle est la suivante :

  • Nos prises de positions courageuses et surtout nos actions de proximité contre les arrestations arbitraires nous ont apporté une certaine notoriété au niveau national et international. Ce qui fait que les adhésions à la C.T.D.D.H sont très importantes et il ne se passe pas un jour où nous ne recevons pas de demande d’adhésion. Si ma mémoire est bonne, la dernière carte d’adhésion doit porter le numéro 303, je ne compte pas celles en instance de signature chez le trésorier.  Naturellement, les militants sont triés sur les volets pour éviter à l’Association des infiltrations indésirables : connaissant les agissements pervers de ce système, vous comprendrez que nous préférerons prendre nos précautions. Le postulant doit faire l’objet d’une enquête approfondie et être soumis à une période d’observation de 3 mois à l’issue de laquelle une commission du Comité National statuera sur la réponse à donner : accepter ou rejeter la demande. Nous sommes donc très sélectifs pour ce qui concerne le choix d’éventuel militants ou simple adhérents. Il est évident que pour les personnes très bien connues, un simple parrainage d’au moins deux membres fondateurs suffit à un candidat à l’adhésion pour être accepté.
  • Notre organisation fonctionne avec les produits des cotisations des membres et des dons de certains militants et certains sympathisants sincères et nantis qui financent certaines de nos activités et missions à l’intérieur du pays. Le loyer du local qui abrite notre siège est payé par les contributions prélevées sur les salaires des membres du bureau eux mêmes. Nous essayons tant bien que mal d’éviter une dépendance excessive de l’organisation vis-à-vis d’un individu ou d’un groupe d’individu, ceci pour continuer à garder notre indépendance. Il nous était ainsi arrivé dans le passé de repousser de très importantes propositions d’appui en argent et en matériel.
  • La CTDDH n’a reçu aucune subvention de l’État, qui préfère financer les activités des Associations qu’il a lui-même créées de toutes pièces contre nous à l’image de la coalition « touche pas à mes acquis ». Même le matériel, mobilier et matériel informatique que nous possédons est fourni par nos membres.
    Pour ce qui concerne nos partenaires extérieurs, nous n’avons encore rien reçu de leur part. En outre, nous avions postulé pour concourir en proposant des projets dans le cadre des appels à proposition annuels lancés par l’Union Européenne concernant certaine activités. Nous attendons le résultat, et nous espérons être retenus par ce que la concurrence est rude et que nous avions déjà échoué une fois par ce que nous n’avions pas à l’époque les trois ans d’existence requis. Nous comptons également sur le PNUD pour le financement de certaines de nous activités de grande envergure. Nous avions introduit des demandes d’appui en matériel auprès de certaines représentations et organismes, demandes qui n’ont pas encore reçu de réponses.
  • Nous avons des représentations dans presque toutes les régions du pays. Mais à la différence des autres associations, nos représentations se constituent elles mêmes spontanément, s’organisent à leur manière, financent elles mêmes leurs activités ; notre rôle au niveau central consiste à les installer officiellement, leur fournir les cartes d’adhésion aux membres de leurs bureaux ; des documents statutaires de l’Association et traiter les informations qu’ils nous remontent pour nous permettre d’agir ; vous savez que le principe directeur de la CTDDH est le volontariat : avant d’adhérer, le futur militant doit savoir qu’il n y a rien à gagner à la CTDDH. Au contraire il lui arrivera même de dépenser son propre argent. L’Organisation ne possède pas de véhicule et c’est la voiture du Secrétaire Général qui assure tous les services de la CTDDH ; même pour des déplacements à l’intérieur du pays. Les militants membres des représentations en province louent parfois un local mais travaillent le plus souvent au domicile d’un des leurs… Lire la suite sur Tchadpages.

 

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