Le gouvernement de transition s’est doté d’une ‘‘Feuille de Route’’ visant « à assurer la continuité de l’État, à préserver les acquis de paix et de stabilité, à poursuivre les projets et programmes de développement en vue de créer toutes les conditions propices à l’organisation des élections générales, libres, transparentes et crédibles aux termes de la transition ».

Ceci est écrit dans sa fameuse feuille de route qu’il refuse de rendre publique. Et pour cause !

  1. La facture de l’acquisition de la paix et de la stabilité est exagérément évaluée à 4 228,25 milliards de FCFA. Exorbitant ! Ce montant a été dévoilé et sévèrement critiqué par Yaya Dillo il y a quelques jours. Le gouvernement, comme à son habitude, est resté égal à lui-même : aucune réaction, quand bien même il reconnaît que la « période de transition est marquée par une crise économique, sanitaire et humanitaire exacerbée par un ralentissement des activités économiques et la suspension des appuis budgétaires ».
  2. Mais comme pour prévenir les railleries sur sa propension à la mendicité, le gouvernement annonce dans sa feuille de route qu’il dispose déjà de 2 486,20 milliards de FCFA, soit 58,8% du financement des actions. Et que sur ce montant, 2 320,96 milliards de FCFA, soit 93,35% du disponible, sont alloués à l’Axe 4 dit « Relance économique et amélioration des Conditions de Vie ». Autrement dit, une part belle réservée au financement des actions du PND 2017-2021 dont les axes seraient cohérents avec sa feuille de route comme il le prétend.
  3. Pour les trois autres axes concernant directement la Transition, c’est-à-dire celles ayant pour objectif « le renforcement de la sécurité et de la défense » (axe 1), « le dialogue national » (axe 2) et « le renforcement de la bonne gouvernance et de l’état de droit » (axe 3), il n’est alloué que 6,65% du disponible, ce qui représente en chiffres absolus la somme de 165,250 milliards de FCFA. Mais c’est dans les détails des 165,25 milliards de FCFA disponibles que se cache le diable.
  4. En effet, et très bizarrement, l’Axe 1 « Renforcement de la Sécurité et de la Défense » dont la mise en œuvre est dévolue presque entièrement au Ministère délégué à la Présidence du Conseil chargé de la défense se taille la part du lion : 134,5 milliards de FCFA (argent frais), soit 81,39% du total du financement disponible pour les trois axes (1,2,3). Dans la ventilation des dépenses par action 126 milliards de FCFA sont affectés au « paiement des dépenses du personnel de l’armée » (aucune distinction entre personnel civil et militaire), 3,83 milliards de FCFA à l’acquisition de fournitures de bureaux et 1,9 milliards au TIC (internet de l’armée). Mais ce n’est pas tout. Le ministère de l’Administration du territoire rafle, lui, 6,07 milliards de FCFA, soit 3,74% du total des financements. Enfin, une enveloppe très ridicule de 150 millions de FCFA est allouée au ministère de la Justice au titre du renforcement des capacités du corps de la police judiciaire.
  5. S’agissant de l’Axe 2 dit « Organisation du dialogue et consolidation de la paix sociale et unité nationale », le gouvernement annonce un financement disponible à hauteur de 9,8 milliards de FCFA. Ce pactole est réparti entre le ministère de la Femme (1,3 Md de FCFA), le ministère de la Culture (3,4 Md de FCFA) et le ministère de la Jeunesse et des sports (4,7 Md de FCFA).

Contrairement à ce qu’on a cru, le Ministère du Dialogue n’a aucun financement disponible. On comprend un peu mieux pourquoi il est dit ici et là que le Ministre du Dialogue n’a même pas un bureau à lui.

  1. Enfin, c’est au niveau de l’Axe 3 « Renforcement de la bonne gouvernance et de l’état de droit » que juristes et politiques espèrent, eux également, se tailler la part de la lionne en élaborant des postes de dépenses farfelues à hauteur de 138,23 milliards de FCFA où l’on retrouve un mille-feuille totalement déroutant du genre : Mise à jour du fichier électoral (6,2 Md), référendum (15,6 Md), Élections générales (81,2 Md), Appui aux processus électoraux (5,5 Md), Crédibilité des élections (6,5 Md), Assistance technique aux élections (20 Md), Mission pour la mobilisation des fonds (300 Millions),Élaboration des textes (70 Millions), Rédaction de la Constitution (75 Millions), etc. Cet axe dont les dépenses sont exagérées ôte aux objectifs poursuivis toute crédibilité. Très logiquement, les actions précitées relatives à la section ‘‘état de droit’’ sont actuellement sans financement disponible. Les 14,5 milliards annoncés disponibles dans la matrice sont entièrement affectés aux actions en faveur de la ‘‘bonne gouvernance’’ et portées par le Ministère des finances et celui de la justice.

En définitive, l’examen de la matrice de la feuille de route du gouvernement de Pahimi permet de relever une exagération dans les dépenses avec un double objectif affiché : enrichir le CMT et enrichir les politiques. Très franchement, pour reprendre la formule de l’ex-PM Youssouf Saleh Abbas, dans cette feuille de route, « il n’y a pas de Tchad là-dedans » !

Lyadish Ahmed

783 Vues

Vous devez vous connectez pour pouvoir ajouter un commentaire