Difficile de répondre à cette question. Pourtant, après presque 9 ans d’existence, les contributeurs « obligés » à ces dispositifs, notamment : l’Etat, les utilisateurs de la téléphonie cellulaire, les parieurs mutuels urbains et du loto sportif, les fumeurs de tabac, les consommateurs d’alcool, etc., peuvent et sont en droit de se la poser. On aura évoqué l’histoire glorieuse passée de nos champions et les résultats sportifs éphémères obtenus ces dernières décennies, pour justifier les efforts de l’Etat. Mais aujourd’hui, rien ne convainc ni ne rassure, quant à l’évolution de notre sport.

Initiées par les pouvoirs publics sur instructions du chef de l’Etat, ces mesures salutaires répondaient à la demande récurrente du mouvement sportif tchadien. Elles étaient destinées initialement, à soutenir financièrement la politique et le programme d’actions, du ministère de tutelle et des fédérations sportives. Mais, l’espoir suscité est vite retombé depuis. Car, les moyes financières récoltés, tant au nom du Fonds National pour le Développement du Sports (FNDS), que de l’Office National d’Appui à la Jeunesse et aux Sports (ONAJES), ne profitent pas qu’aux seuls bénéficiaires, mais semblent prendre d’autres directions, généralement éloignées de leurs attentes.

Créé au sein du ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, de l’époque, par ordonnance n°11/PR/2011 du 21 février 2011, le Fonds National pour le Développement du Sport (FNDS), est un  dispositif spécifique, constitué par un Groupement d’Intérêt Public. Il a pour mission : la recherche des partenaires, des ressources extra budgétaires, para fiscales et privées, destinées à la promotion du sport (article 3).

Mais, de part son statut de Groupement d’Intérêt Public (GIP) paritaire, doté de l’autonomie de gestion (article 2), la réalité de sa gestion a semblé échapper aux différents ministres des sports. Ainsi, il apparut très vite à chacun, les limites des pouvoirs, de tutelle et du président du conseil d’administration. De plus, ces derniers ne seraient apparemment, pas informés par le ministère des Finances et ses directions spécialisées de collectes, du montant des recettes perçues, ni de la situation du compte où sont logés les fonds au trésor public.

C’est également, par l’ordonnance n° 005/PR/2016 du 15 septembre 2016, que l’Office National d’Appui à la Jeunesse et aux Sports fut créé en place et lieu du FNDS. La rétrocession des ressources dont le montant exact n’est jamais rendu public depuis la création, sera fixée par décret pris en conseil des ministres, indique l’ordonnance en son article 8.

Établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité morale et de l’autonomie de gestion, l’ONAJES est placé sous la tutelle du ministère en charge de la jeunesse (article 2).  Dans cette nouvelle formule, il n’est plus question d’un fonds réservé uniquement pour le développement du sport, mais un dispositif public partagé entre 2 secteurs désignés : la Jeunesse et les Sports. Son objectif premier est, malgré les missions privilégiées du sport, de prendre en compte, d’abord et avant tout, l’importante question de la jeunesse et de son insertion socio économique, un objectif transversal qui touche également le ministère de la Fonction Publique, avec l’Office National Pour l’Emploi (ONAPE).

En effet, l’article 3 de l’ordonnance indique que l’ONAJES a pour mission de :

  • Soutenir les initiatives des jeunes pouvant contribuer à leur insertion socio économique,
  • Promouvoir le sport à la base et rechercher : des partenaires ; des ressources extrabudgétaires, parafiscales et privées, destinées à la promotion du sport,
  • Assurer le suivi technique, la gestion et l’entretien des stades et autres structures sportives sur le territoire national.

Fort de l’expérience précédente du FNDS, la gestion de cet office échappe une fois de plus, au ministre de tutelle qui assurait jusqu’alors, la présidence du conseil d’administration. Il s’en suit un conflit de pouvoirs, entre le coordonateur général de l’ONAJES et son ministre, limogé depuis. Cela confirme si besoin est, que l’ONAJES n’est pas qu’une simple structure technique d’aide à la Jeunesse et aux Sports, mais aussi un outil d’actions politiques, même si cela n’apparaît nulle part.

Le financement par l’ONAJES des projets « suscités » des jeunes, pour confectionner des masques afin de lutter contre le COVID 19, le confirme. Une initiative louable qui aurait pu être élargie à l’ensemble du sport tchadien et ses pratiquants licenciés, regroupés dans : 24 fédérations, 158 ligues, 289 centres de formation et 9 associations diverses (N’Djaména hebdo n° 1841 – Roy Moussa). Surtout que, à part la FIFA et la CAF qui ont annoncé venir en aide financièrement à leurs membres, aucune autre institution internationale ou africaine, n’a manifesté sa solidarité au restant de nos fédérations sportives, victimes elles aussi, de cette pandémie mondiale de CORONOVIRUS.

Il apparaît clairement que l’intervention de l’ONAJES en faveur de sa composante sport, ne couvre que partiellement les besoins de la demande.  Ce qui laisserait supposer que le volet sport ne disposerait même pas de budget déterminé. Une attitude qui expliquerait peut-être, la lenteur de traitement des fiches de demandes des fédérations. Toutefois, peuvent être notées quelques interventions relatives : à l’organisation des semaines sportives scolaires ; aux prises en charge des préparations et déplacements des équipes nationales ; à la distribution de matériels sportifs légers et à la création des infrastructures dont certaines sont encore restées en chantiers, etc.

Le plus jeune ministre de l’histoire de ce département de la Jeunesse et des sports, nommé par le tout 1er Maréchal du Tchad, se doit de prendre toute la mesure de la situation. S’informer sur ses domaines de compétences et sur les champs d’intervention de l’Etat, ainsi que sur ceux soutenus et financés par les instances internationales sportives que sont, les fédérations et le comité olympique et sportif tchadien (COST), en se gardant de toute immixtion dans la gestion de leurs affaires.

Car, pour partir sur des nouvelles bases, il serait prudent avec l’ONAJES, de :

  • Repréciser les missions de cet office, en séparant ce qui relève de l’insertion sociale de la jeunesse et ce qui concerne la pratique sportive des jeunes,
  • Définir un cahier de charges clair dans lequel sont précisés les objectifs à atteindre découlant de la politique sportive du ministère,
  • Déterminer les objectifs priorités et les résultats attendus, concernant : la formation des jeunes à la base ; le soutien effectif apporté au sport de haut niveau et aux champions en activités ; accorder une attention particulière et solidaire aux champions ayant terminé leur carrière sportive.

Tels sont quelques défis à relever. Ils dépendront surtout, de l’audace qu’aura le ministre, d’oser rappeler respectueusement au Maréchal président, ses promesses de prendre le taureau par les cornes, en ordonnant l’assainissement de tout le mouvement sportif et l’organisation des états généraux de sport, seul cadre d’échanges et de concertation qui permettrait de dresser l’état des lieux, afin de jeter les bases d’une véritable politique nationale sportive.

Longtemps déjà, nous attirions l’attention sur la pertinence de l’assemblage entre Sport et Jeunesse. Le 1er visant une pratique de masse et la performance, tandis que le second contribuant au soutien des enjeux d’insertion socio économique, un objectif hautement politique. Ils ont des attentes très distinctes. Peut être que c’est un autre sujet, mais il mériterait réflexion, vu l’importance de la place que prend aujourd’hui la jeunesse dans la société tchadienne.

A l’heure où les moyens financiers s’amenuisent, la question de la répartition équitable des fonds de l’ONAJES nécessiterait d’être reprécisée. Autrement, le sport risquerait d’être le maillon faible et le premier sacrifié du gouvernement, dès lors que le pays se trouverait en récession. Alors que son développement et sa promotion ont besoin de beaucoup de moyens pour s’accrocher au wagon de l’émergence et hisser le Tchad, comme jadis, parmi les meilleures nations sportives en Afrique et dans le monde.

BANGALI DAOUDA Boukar

 Bureau d’Etude et Conseils en Sport

 Email: b.daouda87@yahoo.com

Tél : +336 13 82 96 26

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