En effet, l’arrêté n°10 du ministre des sports, retirant définitivement la délégation de pouvoirs à la Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA), et le décret n°0490 du défunt Maréchal du Tchad, mettant en place un Comité National de Gestion Provisoire de Football au Tchad (CNGPFT), constituent de signaux forts d’espoir. Mais depuis, ces actes montrent leurs limites et s’éloignent de jour en jour, de l’espoir des solutions attendues.

Perçu comme un service de l’Etat, le CNGPFT est placé sous l’autorité du ministre des Sports. Et comme tel, il ne peut opérer les réformes nécessaires qui consacreront la rupture voulue, pour mettre le football tchadien sur les rails. Car pour ce faire, il n’a ni la légitimité, ni le pouvoir réglementaire. De plus, l’exécution de ces missions exige des moyens disponibles, un cadre permanent et une importante logistique. Tout au plus, il peut participer à la réflexion, partager ses observations et propositions, avec le ministère des sports et le futur bureau fédéral qui sera élu.

Pour l’heure, la situation n’avance guère. Elle est même bloquée, laissant place à la palabre et aux débats stériles sur les réseaux sociaux et ailleurs. C’est dans ce climat que l’on apprend que des recours en annulation ont été introduits auprès de la Cours Suprême du Tchad, et du Tribunal Administratif du Sport (TAS) de la FIFA. En se déclarant incompétentes, ces instances renvoient dos à dos les partis. Mais, ces empoignades continuent malheureusement, à exacerber les passions, exciter les égos et plonger le football tchadien dans l’impasse. Il est grand temps que les uns et les autres reviennent à de meilleurs sentiments, par amour pour le Tchad que nous affirmons haut et fort aimer, et pour sa jeunesse que nous voulons voir briller dans ce sport.

Salués par tous, comme une réponse aux nombreux problèmes qui minent le football tchadien, ces décisions ne produisent pas encore leurs effets. Le CNGPFT est à l’œuvre depuis plus de trois mois. Les échos de ses activités en cours sont relatés par le 3ème vice-président et par ailleurs, président du comité technique, sur une radio et dans un journal (progrès du 30/06/2021) de la place. Ils sont confirmés par le ministre ROUTOUANG à l’émission « l’invité du dimanche » de télé Tchad.

Les commissions techniques spécialisées mises en place, ont pris sur eux de travailler sans relâche et sans le sou. Les charges liées à la mise en place et au fonctionnement du CNGPFT sont supportées par l’Office National d’Appui à la Jeunesse et aux Sports (ONAJES). Le hic, c’est qu’il faut compter avec les tracasseries administratives du ministère des finances. L’organisme est initialement créé pour aider le développement du sport.  Mais de nos jours, ce secteur est relégué au dernier rang des priorités du ministère. Simple constat.

L’existence d’un véritable plan B, impliquant les ligues et clubs qui sont parmi les principaux électeurs à la FTFA, aurait certainement rassuré tout le monde. Elle aurait atténué ainsi les conséquences prévisibles des sanctions prises par la CAF et la FIFA. L’acte du ministre des Sports, retire certes à la FTFA, les moyens de l’Etat et le monopole du développement du football au Tchad : l’organisation des compétitions nationales et internationales, l’attribution des titres et la gestion des équipes nationales. Mais, il ne peut en aucun cas, la dissoudre, comme pensent certains. Cette prérogative relève de l’ordonnance n°023 du 27 juin 2018, relatif au régime des associations, et de l’AG extraordinaire convoquée à cet effet par les membres de la FTFA (article 87.1 des statuts). Il faut rappeler que la fédération est un groupement d’associations, tenue à autorisation selon les règles de l’ordonnance citée. Elle n’est pas la propriété d’une personne ou d’un groupe de personnes.

Aussi important qu’il soit, le décret du Maréchal confie la gestion de certaines missions au comité et conforte le ministre des sports dans son autorité de tutelle. Mais il ne touche pas explicitement la FTFA, bien qu’il indique abroger toutes dispositions antérieures contraires (article 9), sans spécifier clairement lesquelles. Ce qui ajoute à la confusion.

Face donc à cette situation qui risque de trainer en longueur et de perpétuer la crise, il reste au ministre des sports, de prendre la mesure de celle-ci et de plaider auprès du gouvernement et du Comité Militaire de Transition (CMT), la nécessité de revoir ce décret du Maréchal. Il serait plus réaliste, vu les difficultés financières de l’heure, de réduire sa composition et de ramener ses missions à l’essentiel, notamment :

  • Revoir les contradictions constatées et les articles 10 ; 37.3 ; 37.4 ; 37.5 ; des statuts de la FTFA adoptés en 2018 et proposer des amendements nécessaires,
  • Revoir le code électoral, notamment les articles 2.2 et 5.2,
  • Élaborer un cadre d’organisation de l’AG élective ouverte à tous, y compris au bureau sortant de la FTFA, sur la base de projet validé par une commission technique indépendante. Celle-ci pourrait être organisée à la rentrée sportive d’octobre ou au plus tard fin novembre 2021.

Pour le reste des missions, il serait difficile, voire impossible, pour le comité d’assurer la gestion des affaires courantes dont il ne connait, ni les tenants et les aboutissants. Quant à : l’organisation des compétitions dynamiques sur le plan national ; la détection des talents ; la gestion du centre de formation de MILEZ à laquelle il faut ajouter celle des équipes nationales les SAO, ce sont des missions classiques, contenues dans le cahier de charges de dossier de candidature à la tête de la fédération.

L’urgence aujourd’hui n’est pas aux atermoiements, mais de sortir de cette impasse. D’où l’impérieuse nécessité pour tous les acteurs, de s’accorder sur l’essentiel comme suggéré ci-dessus. La réalisation de cette étape importante donnera le coup d’envoi de la normalisation. Les résultats qui en sortiront, seront consignés dans un procès-verbal qui légitimera l’AG et le nouveau bureau élu. Lequel PV sera transmis aux instances du football international, CAF, UNIFAC et FIFA, ainsi qu’au ministère des sports, pour toutes fins utiles.

La professionnalisation de notre football est un sujet qui préoccupe beaucoup de jeunes sur la plateforme « la voix du sport tchadien ». Elle est reprise par le ministre des Sports à l’émission ci-haut citée, comme une des solutions à l’emploi des jeunes. Il serait plus judicieux de l’aborder dans un cadre plus élargi, comme les états généraux du football tchadien que pourront organiser en partenariat le nouvel exécutif de la FTFA et le ministère des sports avec le concours d’autres partenaires éventuels. Cette question pourrait faire l’objet d’une étude préalable, comme ce fut le cas ailleurs en Afrique, en tenant compte des réalités tchadiennes, marquées par plusieurs facteurs défavorables.                                                                                                                           

BANGALI DAOUDA Boukar

Bureau d’Étude et Conseils en Sport

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