Ces dernières années, le football de certains pays africains vit au rythme des crises institutionnelles et scandales financiers (détournements corruptions), à l’exemple de ceux qui ont secoué la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). C’est le cas du Cameroun, de la Guinée Conakry, du Mali, du Kenya et du Ghana ces jours ci, pour ne citer que ceux-là. Celui du Tchad qui rumine son amertume au ventre, risque lui aussi, de défrayer la chronique les jours à venir. Tout cela est encouragé par le laxisme et la complaisance des instances internationales du football (FIFA et CAF) et par les Etats qui laissent faire.

 

Le cas du Tchad est unique dans le domaine associatif. En effet, La Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA), a exclu toute possibilité d’alternance. Il est stipulé dans son statut en son art. 37, point 37.3 b, que pour toute candidature, « le président tête de liste doit déposer une caution de 10.000.000 de FCFA, non remboursable ». Cette disposition scélérate, ne découle d’aucun texte réglementaire, notamment : l’ordonnance n° 62-027 du 28/07/1962, portant réglementation des associations, l’arrêté n° 098, portant administration des associations sportives civiles du 13/05/1976,  et l’ordonnance n° 026 du 18/12/2007, portant charte nationale du sport au Tchad. Elle ne vient même pas des statuts de la CAF et de la FIFA.

 

Le bureau de la FTFA, dirigé par un exécutif aux apparences respectables, est aujourd’hui décrié pour l’amateurisme de sa gestion confiée aux mains des copains et des coquins. Le conflit qui vient d’éclater en son sein, éclaire sur la face cachée de ce qui semble être la véritable motivation des membres. Il était temps que le ministère des sports décide, enfin, de diligenter une inspection pour s’enquérir de la situation et démêler le vrai de l’ivraie de l’utilisation des financements publics reçus. L’empoignade subite qui s’étend sur les terrains médiatique et judiciaire, ne doit pas faire diversion.

 

L’histoire reteindra toutefois, que la victoire des SAO au tournoi de la CEMAC 2014, est acquise sous la présidence de Mokhtar MAHMOUD et de ses vices présidents, Ibrahim FOULLAH et Saleh KADRE KANA. Mais cela donne t-il à tout le bureau de la FTFA, le droit à un blanc seing qui justifierait du maintien ad vitam aeternam à la tête de la FTFA ? Difficile d’y croire.

 

Depuis la 1ère république jusqu’à la 4ème, les dirigeants actuels sont les plus pourvus en aides financières de l’Etat tchadien, voire de la CAF et de la FIFA. Ce que d’autres avant eux n’ont pas eu. Certains anciens comme Béchir ALI HAGGAR, Moussa AGREY ou Adoum DJIBRINE, devenu depuis membre du comité exécutif de la CAF, pourraient l’attester. Les chiffres astronomiques des aides de la FIFA, étalés dans les médias et réseaux sociaux, et ceux versés par le FNDS (objet de conflit actuel), leur donneraient le tournis.

Pourtant, comparativement, ces anciens ont fait mieux, malgré le peu de moyens, même s’ils n’ont pas remporté ce trophée tant convoité de l’UDEAC et de la CEMAC. C’est le lieu de leur reconnaître le mérite d’avoir marqué le football tchadien en obtenant des résultats honorables, en le hissant très haut dans le firmament des compétitions internationales, et en lui laissant en héritage :

  • des clubs plus structurés, un spectacle de qualité drainant un public nombreux,
  • un championnat national et une coupe du Tchad, régulièrement organisés, sans tambour ni trompète, suscitant un véritable engouement et une ferveur populaire,
  • une participation régulière des clubs aux compétitions de la CAF,
  • une équipe nationale respectée dans les compétitions continentales et internationales.

 

Aujourd’hui on est loin de tout cela, malgré le soutien sans faille de la FIFA : formation technique et administrative, matériel et financier. En faisant de la question de moyens, notamment financiers leur seul intérêt, les dirigeants de la FTFA laissent planer le doute sur la sincérité de leur engagement bénévole. Cela les amène à oublier l’essentiel des buts qu’ils se sont fixés dans leur propre statut : article 4, point 4.1 qui stipule entre autres :

 

  • a)- d’améliorer constamment le football et de le promouvoir, le contrôler et le réglementer sur l’ensemble du territoire national en tenant compte du fair-play et de son impact universel, éducatif, culturel et humanitaire et ce, en mettant en œuvre des programmes de développement en faveur des jeunes,
  • b)- d’organiser les compétitions de football association sous toutes ses formes au niveau national, en définissant au besoin, de façon précise, les compétitions concédées aux différentes ligues qui la composent,
  • j)- de contribuer à la réalisation des objectifs fixés par la politique nationale de développement de sport,
  • l)- d’organiser ses propres compétitions zonales et nationales.

 

Ce conflit entre acolytes d’hier sur une question de sous, n’honore pas le football tchadien déjà très mis à mal. C’est l’occasion pour le nouveau ministre des sports, dont l’autorité est couverte par un serment prêté au nom d’Allah, Dieu tout puissant, de réunir toute la famille du football tchadien et de mettre tout à plat, comme souhaité par certains acteurs et anciens joueurs de l’équipe nationale, regroupés en association ou dans le collectif « sauvons le football tchadien »,.

 

L’Etat étant une continuité, il lui revient la charge de poursuivre ce que ses prédécesseurs ont commencé et qu’ils n’ont pas eu le temps de terminer. Le conflit actuel qui est en train de prendre une tournure qui risque de dépasser les protagonistes, fait suite à un autre relatif au retrait de la délégation de pouvoirs du ministère des sports, que la FTFA feint d’ignorer.

A ce propos, il n’est pas inutile de rappeler que la délégation de pouvoirs est une disposition de la loi n°026/PR/2007 du 18/12/ 2007, portant charte nationale du sport au Tchad (ci-haut citée), qui indique dans ses articles ci-dessous que :

 

  • 15 : la gestion, l’animation et l’organisation du sport sont confiées à des associations sportives ou groupements d’associations qui sont, entre autres, les fédérations sportives nationales,
  • 30 : les fédérations sont placées sous la tutelle du ministre chargé des sports et peuvent recevoir de l’Etat un appui financier, matériel et humain,
  • 31 : dans chaque discipline sportive et pour une période déterminée, une seule fédération reçoit délégation du ministre chargé des sports, pour organiser les compétitions à l’issue desquelles sont délivrés les titres internationaux, nationaux ou départementaux et procéder aux sélections correspondantes.

 

Cette délégation de pouvoirs dont les conditions d’attribution et de retrait sont déterminées par un décret pris en conseil des ministres (qui n’a toujours pas vu le jour), est octroyée et peut être retirée par le ministre des sports. Et c’est bien le cas actuellement pour la FTFA. Il est acté par un arrêté n°65/PR/PM/MJS/SG/DGS/DSHNEN/2016, non abrogé à ce jour, signé de l’ancien ministre BETEL.

 

L’application de cette décision, motivée sans doute, par un manquement au respect de cette délégation de pouvoirs ou aux difficultés de contrôler l’utilisation des aides financières perçues, enlève toute reconnaissance et tout bénéficie de subvention publique. Ce qui, contrairement aux idées reçues, n’interfère aucunement, dans la gestion de la FTFA, comme stipule l’article 19.1 des statuts de la FIFA : « chaque association membre doit diriger ses affaires en toute indépendance sans l’influence indue d’aucun tiers ». Un pays souverain comme le Tchad, ne peut pas avoir peur d’une menace quelconque de sanction.

 

Telle est l’équation que le ministre des sports doit résoudre, indépendamment de toute autre considération, pour sortir enfin le foot tchadien du bourbier dans lequel il est plongé. Que la nouvelle 4ème République y contribue.

                                                                                                                       

                                                                                                                                 BANGALI DAOUDA Boukar

Professeur de sport à la retraite à Limoges        

Bureau d’Etude et Conseils en Sport

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  • Si tu n’as pas de meilleurs souhait pour le bien etres souffrants, (famine, Maladie, hygiène et sécurité) garde toi d’invoquer le plus haut pour de la distraction. Salam

    Commentaire par Emeri le 1 juillet 2018 à 3 h 42 min