Le sport tchadien est-il « le laisser pour compte » de la 4ème république ?

Difficile de ne pas se poser la question, surtout quand on observe l’évolution actuelle du sport au Tchad. Celle-ci doit d’ailleurs interpeller les plus hautes autorités du pays qui surfent souvent sur les médailles et coupes remportées, qu’ils ne s’embarrassent pas de mettre autour du cou ou d’exhiber, alors qu’ils assistent, indifférents, à l’agonie du sport tchadien. Les résultats des disciplines phares comme l’athlétisme (J.O 2016 à Rio et 8ème jeux de la francophonie 2017 à Abidjan) et le football (élimination des SAO des phases qualificatives du mondial 2018 et de la CAN 2017, suivie d’une suspension jusqu’en 2019), en témoignent.

Pourtant, à l’avènement du mouvement patriotique du salut (MPS), les nouvelles autorités ont affiché leur grand intérêt pour le sport. Le président DEBY en personne et son ministre des sports de l’époque, M. Mahamat Seid FARAH, tous deux en survêtement et casquette, ont rehaussé de leur présence les compétitions de la semaine nationale des sports scolaires et universitaires, organisée à N’djamena, à la grande surprise des sportifs venus de toutes les préfectures du pays.

C’est aussi dans cette ferveur que le stade de la concorde fut rebaptisé du nom d’Idriss Mahamat OUYA et la journée du 29 mai retenue comme celle de la jeunesse. Plusieurs sportifs, cadres techniques, dirigeants de clubs, des fédérations sportives et enseignants d’EPS,  ont été décorés de médaille au titre des différents ordres de la république. Le sport tchadien vivait en ces temps, un véritable état de grâce sans précédent.

Les priorités du mandat actuel du président DEBY, énoncées dans son programme de campagne, sont : « ensemble, œuvrons pour un Tchad fort, un Tchad solidaire, un Tchad prospère ». Ce à quoi tous les tchadiens conviennent. Ce « Tchad fort », on a cru le voir se mettre en route avec la promesse de campagne du président (élu depuis), d’organiser les états généraux de sport.

L’objectif général de ce forum, indiqué dans le projet des termes de références, élaborés par le ministère des sports en 2016, est de « faire un état des lieux sans complaisance du sport au Tchad et proposer des axes stratégiques de développement pour l’élaboration de la nouvelle politique axée sur la performance ». Un projet de budget d’un montant de 119.000.000 FCFA a même été établi. Mais depuis, plus rien. La faute sans doute, aux fameuses 16 mesures du gouvernement.

Toutefois, ces derniers temps l’espoir semble revenu avec les actions entreprises pour le plan national de développement (PND) 2017-2021 et une « vision 2030, le Tchad que nous voulons », d’une part, et  le haut comité chargé des réformes institutionnelles et son comité interministériel d’appui, d’autre part. Mais, l’examen des documents publiés sur le net, laisse perplexe. Car Il n’indique aucun projet précis susceptible de solliciter un financement, ni une proposition d’actions visant la modernisation des institutions sportives. C’est à croire que le sport n’est pas concerné ou purement oublié.

Cela explique sans doute l’absence des cadres techniques du ministère des sports, tant dans les réunions de préparation et de l’élaboration des projets, que dans la nombreuse délégation envoyée  à la table ronde de Paris, pour solliciter le financement des partenaires et bailleurs. Cette absence est aussi ressentie dans les 65 propositions d’actions de modernisation du comité interministériel d’appui chargé des réformes institutionnelles.

D’ailleurs, les projets retenus ne prennent malheureusement pas tous les problèmes du sport, notamment : son organisation, son financement, son rôle de cohésion et d’ascenseur social, de porte drapeau et d’ambassadeur dans les compétitions internationales. Les quelques rares points évoqués, ne le sont que dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et des loisirs.

Phénomène social mondial, le sport est de nos jours, un espace de brassage et de cohésion nationale incontournable. C’est même un puissant moyen de communication qu’aucun pays au monde ne prend à la légère.  L’exemple ressent est  donné par ce fameux  sponsoring conclu par l’état tchadien avec le football club de Metz, piloté personnellement par l’ancien ministre des sports, M. Bétel MIAROM pour, dit-il, « gommer l’image négative du Tchad ».

Hors mis cette opération maladroite de communication à travers ce sponsoring hasardeux, il faut reconnaître au régime actuel d’avoir investi et effectuer des efforts, entre autres, pour :

  • la construction des infrastructures sportives, même si certaines restent encore en chantier,
  • l’érection de l’école nationale d’éducation physique et sportive (ENEPS) en institut national de la jeunesse et des sports (INJS) qui continue de former les cadres d’EPS et de jeunesse,  malgré leur intégration hypothétique à la fonction publique d’état,
  • la création d’un fonds national pour le développement des sports (FNDS), transformé en office national d’appui à la jeunesse et aux sports (ONAJES). A propos de ce fonds, Ii serait souhaitable d’ailleurs et ce, pour éviter toute suspicion, de rendre public le montant annuel engrangé, sa ventilation, les sports bénéficiaires et évaluer son impact réel.

De plus il continue d’assurer la présence du ministère de la jeunesse et des sports dans tous les gouvernements, représentée actuellement  par Mme Amina SAHOULBA GONTCHOME, 29ème ministre et 2ème femme à ce poste, après madame DABOULAYE Kolo MAYOUMBILA. Tout cela aurait pu hisser le sport tchadien à un haut niveau comparable à celui des pays de la sous région Afrique Centrale.

Le mouvement sportif tchadien s’est considérablement agrandi ces dernières décennies. Il totalise plus de 20 fédérations sportives, justifiant ainsi un intérêt certain pour le sport  de compétition, mais aussi pour les activités physiques et sportives de santé dont l’ampleur gagne de plus en plus toutes les couches de la population. D’où la nécessité de revoir aussi les institutions nationales sportives qui doivent s’adapter à cette nouvelle situation, marquée par une augmentation des pratiquants.

Le sport tchadien est en train, actuellement, de sombrer dangereusement si on ne prend garde. Ce n’est pas seulement par manque de moyens, comme on entend ça et là, mais à cause d’une indifférence qui se banalise par :

  • la valse incessante des ministres dont la durée de fonction éphémère ne permet aucune compréhension du rôle et des missions du ministère, ni une évaluation des actions réalisées,
  • la mauvaise connaissance du rôle véritable que doit jouer le ministère des sports, ce qui en fait aux yeux de certains, un poste pour récompenser ou caser un militant en attente de mieux, ou le représentant d’un parti allié, indépendamment du profil ou de la compétence à conduire la politique définie,
  • l’absence d’une politique clairement définie du gouvernement en matière de sport, avec des objectifs précis à atteindre, à court, moyen et long terme,
  • l’absence de projet sportif propre pour les fédérations sportives, y compris le COST, qui permettrait de mesurer l’impact réel du développement des actions dans les régions,
  • l’absence d’une véritable pratique démocratique dans les associations sportives, conforme aux textes régissant le sport au Tchad (l’introduction dans un statut d’une caution pour prétendre à une candidature à la présidence d’une fédération, est un exemple de dérive). L’exercice de pouvoir à la tête de certaines fédérations sportives, avec la complaisance regrettable des fédérations internationales, est devenu une éternité pour des raisons d’intérêts particuliers autres que ceux du sport et du bénévolat.

Malgré lui, le sport tchadien est devenu, un refuge privilégié et un tremplin pour bon nombres de pseudos sportifs ou pseudos amoureux du sport, en mal de notoriété et dont les motivations sont inavouées. Autrement comment comprendre, l’opiniâtreté de certains dirigeants des fédérations sportives et du comité olympique, à s’éterniser à la tête de l’institution, coute que coute, après  plus de 10 ans d’exercices. Surtout que les résultats sportifs enregistrés, tout le long de leurs mandats passés ou en cours, ne montrent une évolution encourageante de leur sport qui le justifie.

Cette indifférence met aujourd’hui le sport tchadien à la portée de n’importe quel prestidigitateur, comme on en voit ces derniers temps frapper à la porte du ministère des sports. Les actions d’éclat comme le sport pour tous, dont on entend plus parler d’ailleurs, ou le forum national pour relancer le sport par les femmes, pour rester dans l’air du temps, ne relèvent d’aucune politique définie et ne peuvent constituer un programme de développement et de promotion,  même si le ministère des sports et ses agents sont associés.

Pour briser cette indifférence qui tend à « laisser le sport tchadien pour compte » dans cette 4ème république, il est nécessaire de rendre effective et réalisable la promesse du chef de l’état, en trouvant les moyens d’organiser ces états généraux de sport qui permettront de voir clair dans la situation actuelle et de bâtir une stratégie  nouvelle afin de  repartir sur des bases saines. Celles-ci tiendront compte des réalités  du pays et des moyens de l’état.

  BANGALI DAOUDA Boukar

  Professeur de sport

  Bureau d’Etude et Conseils en Sport

  Email: b.daouda87@yahoo.com

  Tel:  +235 66 30 87 64

          +336 13 82 96 26                                 

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