Nommée il y a quelques semaines représentante du Tchad auprès de la France, cette ancienne ministre est l’une des personnes de confiance du président Mahamat Idriss Déby Itno, qui veut s’appuyer sur elle pour apaiser les relations entre N’Djamena et Paris.

Ce 29 janvier, le président français, Emmanuel Macron, reçoit au palais de l’Élysée, à Paris, son homologue tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno. Un événement d’importance tant les relations entre le Tchad et la France se sont dégradées ces dernières années, N’Djamena allant jusqu’à dénoncer avec fracas fin 2024 l’accord de coopération militaire qui liait historiquement les deux pays.

Si le président Déby Itno a mis en application sa politique de multiplication des alliances internationales depuis, se rapprochant notamment de la Turquie et des Émirats arabes unis, il n’en souhaite pas moins désormais œuvrer à un rapprochement avec l’ancienne puissance coloniale, dont l’influence reste non négligeable à N’Djamena et dans les instances internationales.

Pour cela, il s’appuie entre autres sur Amina Priscille Longoh, une fidèle qu’il a nommée ambassadrice à Paris le 6 janvier dernier.

1. Elle vient du Sud

Amina Priscille Longoh est née le 6 juin 1991 dans la grande ville de Sarh, dans la région du Moyen-Chari, une province du sud du Tchad réputée frondeuse face au pouvoir de la famille Déby Itno, originaire du nord-est du pays. Elle y fait ses études, au lycée adventiste, où elle obtient en 2009 le baccalauréat série A4, axé sur les langues, la philosophie, l’histoire-géographie, et préparant aux études en lettres, droit, sciences humaines, communication et gestion.

2. Elle est multidiplômée

Sitôt son bac en poche, l’élève de Sarh prend la direction de l’étranger, et notamment du Ghana, où elle étudie durant deux ans au Wintech Professional Institute, à Accra, le management des entreprises. Elle s’inscrit ensuite à une formation française dans le même domaine, puis à l’Institut supérieur polytechnique et à Sup’Management School of Business en 2015 et en 2016 à N’Djamena. Elle complète son parcours en 2023 avec des cursus en diplomatie et en relations internationales.

3. Elle a commencé sa carrière dans le pétrole

En parallèle de ses études, elle intègre Glencore, géant anglo-suisse de négoce, de courtage et d’extraction de matières premières. Elle y restera durant six ans, en tant que « superviseure des services généraux ». Glencore est alors l’un des partenaires majeurs de N’Djamena, l’entreprise ayant accordé des prêts colossaux à la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT). Des dettes que le Tchad continue de rembourser aujourd’hui, malgré des années de négociations et de tensions.

4. Elle a milité pour le droit des femmes

En 2016, elle fonde Tchad Helping Hands, une organisation caritative visant à soutenir les femmes et les filles tchadiennes vulnérables. En 2019, elle est nommée directrice générale de la Maison nationale de la femme. Un tremplin pour celle qui se définit en privé comme féministe, dans un pays où l’étiquette est loin d’être facile à assumer et où la vision des rapports entre hommes et femmes est très traditionnelle. Elle a pour modèle l’ancienne première dame du Gabon Édith Lucie Bongo Ondimba.

5. Elle a été la première femme ministre d’État

Alors qu’elle entretient de bons rapports avec Hinda Déby Itno, alors première dame du Tchad, le président Idriss Déby Itno la nomme en juillet 2020 ministre de la Femme et de la Protection de la petite enfance. Plus jeune membre du gouvernement, elle a alors 29 ans. Elle est reconduite à son poste après le décès du chef de l’État et l’arrivée au pouvoir de son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, qui lui accorde même le rang de ministre d’État en septembre 2023. Une première pour une femme au Tchad.

6. Elle a été l’un des visages du gouvernement

Présente sur les réseaux sociaux, mettant volontiers en scène son action politique, Amina Priscille Longoh s’impose dans l’espace médiatique tchadien, au point de s’offrir une place de porte-parole officieuse et de visage du gouvernement, éclipsant parfois des Premiers ministres plus discrets. Originaire du sud du pays, entretenant des liens familiaux avec la région sudiste du Logone oriental, elle contribue à contrebalancer l’influence de l’opposant et éphémère chef du gouvernement Succès Masra.

7. Elle a milité pour Mahamat Idriss Déby Itno

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle d’avril 2024, la ministre s’implique fortement au sein du Mouvement patriotique du salut (MPS au pouvoir), dont elle a intégré le bureau politique. Amina Priscille Longoh est alors l’une des chargées de communication de Mahamat Idriss Déby Itno, lequel sera élu devant Succès Masra, aujourd’hui en détention. Au sein de la formation présidentielle, elle occupe toujours le poste de secrétaire nationale chargée de la Santé et de la Solidarité.

8. Elle a été désavouée par son propre gouvernement

Forte de son activisme, la ministre fait partie, après la présidentielle, des personnalités citées pour prendre la tête du gouvernement. Mais le chef de l’État lui préfère Allamaye Halina, plus discret. Maintenue à son poste, elle propose en mars 2025 des mesures d’accompagnement des femmes divorcées, évoquant notamment le droit pour ces dernières de réclamer le domicile conjugal et la garde des enfants. Une idée qui passe mal. Rapidement, le gouvernement se désolidarise de l’initiative, qui est abandonnée.

9. Elle rebondit à Paris

Quatre mois plus tard, en juillet 2025, elle est désignée représentante du président auprès de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Un poste qui correspond à une francophilie assumée, mais où elle ne s’éternise pas : le 6 janvier 2026, Amina Priscille Longoh est nommée ambassadrice du Tchad en France. Elle est la première femme à occuper ce poste à Paris. Dans un contexte tendu, elle se voit aujourd’hui comme l’un des artisans de la réconciliation entre les deux pays.

10. Elle s’apprête à publier son premier livre

C’est depuis la capitale française, où elle a remplacé Ahmad Makaila, nommé ambassadeur à Genève, en Suisse, qu’Amina Priscille Longoh va ajouter une corde à son arc de femme politique. Selon des indiscrétions, l’ancienne ministre a écrit un essai, d’abord baptisé Servir, qui doit être prochainement publié aux éditions L’Harmattan sous le titre Confidences. Elle devrait y aborder son combat féministe, et sans doute son échec récent à faire réformer le code de la famille au Tchad.

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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