La libération le 30 octobre de l’otage franco-australien enlevé deux jours plus tôt a été le fruit d’une opération de plus de 48 h de l’armée tchadienne appuyée par des éléments français de Barkhane. Une coopération étroite qui contraste avec la gêne qui prédomine entre N’Djamena et Paris depuis la très violente répression des manifestations du 21 octobre.

Il était à bord d’une Toyota immatriculée 18C4328T. Le 28 octobre, le Franco-australien Jérôme Hugonnot, qui travaille dans le parc Oryx géré par l’ONG Sahara Conservation Fund (SCF), avait été enlevé sur la piste de Biltine dans la province du Wadi Fira, au nord-est du Tchad.

Il a finalement été libéré deux jours plus tard par les Forces armées tchadiennes (FAT). Pour remonter la piste de l’otage, les services tchadiens ont notamment exploité les renseignements fournis par le chauffeur et le garde du corps présents aux côtés de Jérôme Hugonnot. Les deux hommes avaient été laissés sains saufs par les six ravisseurs qui avaient néanmoins pris soin de confisquer l’arme du garde du corps et le GPS Garmin Inreach du chauffeur.

La piste des « bandits »

A bord d’un pick-up Toyota, ils avaient pris avec eux l’otage français prenant la route en direction du Niger. Dès la première alerte, les forces françaises de Barkhane – dont l’état-major est à N’Djamena – ont fait décoller un drone et ont fourni de manière continue un appui logistique et en renseignements aux militaires tchadiens.

Après s’être brièvement égaré dans la nuit du 28 octobre, le pick-up des ravisseurs a été repéré à Mantadjana puis à Ngouri avant d’être intercepté par l’armée tchadienne à quelques kilomètres de la frontière avec le Niger. Davantage que la piste djihadiste, les services tchadiens privilégient celle de « bandits » : en 2017, un exploitant minier français avait déjà été enlevé non loin de la zone et retrouvé deux mois plus tard à proximité du Soudan.

Sur le tarmac de la base Kossei, l’ex-otage a été accueilli ce 30 octobre par une brochette de ministres tchadiens, dont Idriss Dokony Adiker, le ministre de la sécurité et de l’immigration, ou encore Daoud Yaya Brahim, le ministre de la défense. Côté français, comme le veut l’usage, c’est l’ambassadeur Bertrand Cochery qui a été dépêché en compagnie du chef de l’opération Barkhane, le général Bruno Baratz.

Contexte diplomatique tendu

La libération de Jérôme Hugonnot a mis en exergue la coopération militaire active entre Paris et N’Djamena au moment où la France tente de faire profil bas sur le sujet. Depuis la très violente répression des manifestations du 21 octobre dans plusieurs villes tchadiennes, ayant causé la mort de plus de soixante personnes, Paris joue en effet une partition d’équilibriste dont elle a néanmoins le secret depuis plusieurs années dans le pays.

Dans un communiqué, le Quai d’Orsay avait ainsi condamné « avec la plus grande fermeté, les violences inadmissibles survenues au Tchad« , appelant au « respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, en vue d’aboutir à des élections libres et crédibles et permettre le retour à l’ordre constitutionnel. » Une sortie qui avait irrité au Palais Rose, alors que N’Djamena voit la main de « puissances étrangères » dans les heurts du 21 octobre. Un narratif depuis activement relayé par la présidence tchadienne.

Autre preuve du léger froid qui s’était installé entre Paris et N’Djamena : au plus fort des manifestations du 21 octobre, Emmanuel Macron ne s’est pas entretenu par téléphone avec Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka ». Le dernier appel entre les deux hommes remonte au mois de juillet 2022 lors d’un échange durant lequel, Macron avait notamment appelé « Kaka » à quitter le pouvoir à l’issue de la transition (voir nos révélations).

De leurs côtés, les autorités tchadiennes tentent de capitaliser sur cette libération alors que l’image à l’internationale de N’Djamena a été particulièrement égratignée suite aux répressions du 21 octobre.

Africa intelligence

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