Dans la famille Mascarade je demande le Tchad Habile, cynique, le maréchal-président joue en virtuose de la rente de situation que lui vaut la priorité accordée côté français au combat engagé au Sahel contre le fléau djihadiste.

Assuré de rafler ce dimanche un sixième mandat, l’autocrate Idriss Déby Itno, allié favori de Paris dans la lutte contre le péril djihadiste, tire -encore- profit de son long compagnonnage avec la France.

Idriss Déby, président du Tchad depuis 1990, briguera un sixième mandat consécutif lors des élections de dimanche.

Dans la famille Mascarade, je demande le Tchad… Le 11 avril, au détour d’un nouveau simulacre électoral, Idriss Déby Itno, 68 ans dont 30 de pouvoir absolu, s’adjugera un sixième mandat consécutif. Enrichissant la panoplie des dévoiements démocratiques d’une figure inédite : le rival malgré lui. Si sept candidatures ont été invalidées, quatre ex-prétendants ayant signifié leur renoncement figureront à leur corps défendant sur les bulletins de vote. « Ubuesque », soupire l’un d’eux, Saleh Kebzabo. « En quête d’un vernis de légitimité, Déby veut à tout prix entretenir l’illusion du pluralisme ». Et d’avancer ce pronostic : le jour J, le « maréchal » -dignité qu’il s’est octroyé en août dernier- raflera à minima 70 % des suffrages.

Pour tuer dans l’œuf toute adversité, l’ancien stagiaire de l’École de Guerre puise sans vergogne dans l’arsenal de l’autocrate, de la répression la plus brutale au traquenard le plus éculé. Fin février, un commando assiège la résidence de Yaya Dillo Djerou, ancien rebelle rallié en 2007, qui sera tour à tour ministre, conseiller puis ambassadeur avant de revenir à la case dissidence. Laissant dans son sillage cinq cadavres, dont celui de la mère de Djerou, paria désormais en fuite. Aussitôt, Paris « invite solennellement » N’Djamena à « mener au plus vite une enquête impartiale ». Gageons que celui qui décrocha en 1976 son brevet d’aviateur dans une école de pilotage de Hazebrouck (Nord) en frémit d’effroi…

Habile, cynique, le maréchal-président joue en virtuose de la rente de situation que lui vaut la priorité accordée côté français au combat engagé au Sahel contre le fléau djihadiste. Sur les bords de Seine, il passe pour l’allié à la fiabilité d’airain, aux commandes de l’armée la plus performante de la région. Est-ce si simple ? Les exactions commises par ses soudards -hier en Centrafrique, aujourd’hui au Niger- ternissent son aura, quitte à entamer la vénération que lui vouent maints officiers bleu-blanc-rouge. Dans les hautes sphères du renseignement, le diagnostic est plus cinglant encore : « Déby a des guerriers, mais manque de soldats disciplinés, lâche un vieux routier des conflits subsahariens. Et la thèse d’un Tchad pivot inébranlable de l’opération Barkhane ne tient plus. Tout repose sur le chef. Sa disparition déclenchera une plongée dans l’inconnu ». Référence aux fractures apparues au sein même de l’ethnie Zaghawa, sa base clanique.

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À court terme, le timonier tchadien peut miser sur la bienveillance de la France officielle. Tradition tenace : depuis François Mitterrand, tous les chefs d’État de la Ve République ont d’une manière ou d’une autre « sauvé le soldat Déby ». C’est ainsi avec l’aval du tombeur de Giscard et le concours actif de la DGSE -le renseignement extérieur- que le fils de berger détrône en 1990 Hissène Habré, ce tyran dont il fut le chef d’état-major adjoint. Bien sûr, quelques orages troubleront cette longue idylle. Notamment à l’orée du troisième millénaire, quand l’ombrageux Déby, furieux de voir Elf se désengager d’un projet d’extraction pétrolière, exige et obtient le rapatriement de l’attaché de défense puis de l’ambassadeur, Alain du Boispéan. Qu’à cela ne tienne : au printemps 2006, sous Jacques Chirac, Paris l’aide à repousser les insurgés venus du Darfour soudanais. Et deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy vole à son tour au secours du protégé aux abois, reclus dans son palais. « Aucune illusion, confie alors un conseiller élyséen. Déby est un tueur. Mais sans lui, le pays sombrerait dans le chaos ». Le jeune Emmanuel Macron dérogerait-il à la règle ? Nullement : en Février 2019, des Mirage affectés en théorie au dispositif Barkhane matraquent une colonne de 4X4 armés venue du sud libyen. Et tant pis si au fil des ans s’épuise le crédit de Déby.

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