Après plusieurs semaines durant lesquelles un certain malaise s’est installé entre Paris et N’Djamena, le président français s’est entretenu par téléphone mi-novembre avec Mahamat Idriss Déby. Au cœur des échanges : le retour des groupes non signataires au sein du dialogue national.

C’est un appel discret, passé la veille de l’ouverture du Forum de Paris sur la paix. Le 10 novembre, le chef de l’Etat français Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec le président de la transition Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka ». Les deux hommes ne s’étaient plus parlé depuis plusieurs semaines et un certain malaise diplomatique s’était installé entre les deux capitales depuis le début de l’automne. La répression meurtrière des manifestations du 20 octobre par les autorités tchadiennes, qui a causé la mort de plus d’une cinquantaine de personnes, avait constitué un motif aggravant.

Retour des groupes et partis politiques non signataires

Lors de son échange avec « Kaka », Emmanuel Macron a formulé le souhait de voir revenir dans la transition les groupes et formations politiques non signataires du pré-dialogue de Doha et du dialogue national inclusif qui s’est clos début octobre.

Parmi les plus importants d’entre eux, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), dirigé par Mahamat Mahdi Ali. Groupe rebelle actif notamment dans le sud libyen, le FACT n’a pas apposé sa signature dans le cadre du pré-dialogue qui s’est tenu entre mai et août à Doha. Autre formation politique qui s’est tenue à l’écart des discussions avec N’Djamena, Les Transformateurs, emmenée par l’opposant Succès Masra, qui a fui le pays dans la foulée des répressions du 20 octobre. Le mouvement Wakit Tama, dirigé par l’avocat Max Loalngar, est également concerné. Malgré plusieurs tentatives de médiation, les échanges entre les autorités et ces trois acteurs sont aujourd’hui au point mort alors que s’ouvre une nouvelle transition de vingt-quatre mois.

Militaires à l’élection présidentielle

Le sujet de l’inclusion des groupes non signataires avait déjà été évoqué à la veille de la conclusion du dialogue national, dans un message conjoint transmis à la présidence tchadienne par Doha, Paris et Washington. Mais un autre sujet est apparu en filigrane lors de l’appel téléphonique entre Déby fils et Emmanuel Macron : l’impossibilité pour les membres de la transition de se présenter à la future élection présidentielle. Une position dont s’était déjà fait écho le chef de l’Etat français dans un précédent appel avec « Kaka » au mois de juillet dernier. Ce message avait fortement irrité au Palais rose, siège de la présidence tchadienne. Mohammed bin Ahmed al-Misnad, le Monsieur Sécurité de l’émir qatari Tamim ben Hamad al-Thani, avait également formulé la même doléance lors de son déplacement dans la capitale tchadienne le 20 août, suscitant l’agacement de N’Djamena (AI du 10/11/22). À ce jour, rien n’empêche les militaires, à commencer par « Kaka », de se présenter à la prochaine élection présidentielle.

Davantage inclusif

Malgré ces points de blocage, Paris juge le gouvernement présenté le 14 octobre, emmené par l’opposant Saleh Kebzabo, plus inclusif que le précédent. Au lendemain du décès d’Idriss Déby en avril 2021, le nouveau premier ministre avait été discrètement consulté par l’équipe diplomatique de l’Elysée venue assister, aux côtés de Macron, aux obsèques de l’ancien maître de N’Djamena (AI, 03/05/2021)

Soucieuse, comme à son habitude, de ne pas apparaître en première ligne, la diplomatie française entend appuyer les efforts de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) et du président de sa commission, l’Angolais Gilberto Da Piedade Verissimo. Ce dernier travaille à la mise en place d’une commission d’enquête sur les manifestations du 20 octobre, composée de trois experts nommés par l’Union africaine, la CEEAC et les Nations unies.

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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