Dans un monde où il est à la mode, désormais, d’aborder les questions à l’envers où on part de l’effet à la cause, j’aimerais commencer par condamner l’acte du tueur de l’enseignant, Samuel Patty, car ceci est aussi la position de l’Islam du point de vue juridique. Par exemple, si un individu tue par zèle, une personne même condamnée à mort par une cour de justice alors il sera condamné à mort à son tour (v : Khalil Bin Is’Haq). Par la même occasion j’exprime, en tant que Musulman, mon indignation sans appel devant cet acte indigne et obscène qui a déclenché la crise actuelle et qui n’a aucun autre but que de nuire à la sensibilisé des autres.

Ceci étant, la caricature ou la liberté de caricaturer comme disait le Président Macron, n’est aucunement pas la question centrale ici sauf si l’on veut, subjectivement, déplacer le débat. Derrière la caricature à l’origine de cette polémique en série qui a été publiée pour la première fois, le 30 septembre 2005, par le journal danois, Jylland–Posten,ou sa republication par Charlie Hebdo en 2015, ou le récent dessin instruit par Emmanuel Paty, l’enseignant assassiné, il y a un message, donc un contenu. Il s’agit bien donc du contenu du message mais non pas de la caricature en tant que telle.

Le message de la caricature originale était ceci : le Prophète Mohammad, décédé depuis 1388 ans, était un terroriste !  La question qui s’impose, alors, est de savoir si ce propos représente la réalité ? La réponse est mille fois non, donc c’est un pur mensonge, donc une diffamation qui est réprimée par la loi. Dans tous les Etats modernes du monde, y compris la France, il y a des lois qui disposent que la diffamation constitue un crime, sinon il n’y aura pas de vivre en société.

Partant, le Président Macron conviendrait avec mon humble personne que la diffamation ne constitue pas l’exercice du droit d’expression libre d’opinion. En France même, il y a une ligne, grandement rouge, sur certains sujets. Est-ce qu’en France, par exemple, au nom de l’expression libre d’opinion ou la liberté de dessiner, un journaliste quelconque ou toute autre personne peut s’amuser à douter de l’holocauste ? Ou du chiffre de 6 millions de juifs tués ? Ou nier l’existence de la chambre à gaz ? Ou faire l’apologie du terrorisme ? etc. La simple et unique réponse est non ! Par conséquent, l’expression d’opinion n’est pas toujours libre, même en France championne de la liberté d’expression !

Faut-il rappeler que la France a un passé colonial très compliqué, surtout avec les pays musulmans. Un passé que le Président Macron lui-même, en visite en Algérie, en décembre 2017, alors candidat à la présidentielle, avait qualifié de « crime contre l’humanité » ‘dont l’Hexagone devait s’excuser’ (le Parisien 6/12/2017). Si les Français ont oublié très facilement cette page sombre de leur histoire les victimes ne l’oublieront jamais. Elles peuvent le pardonner-peut être- si la France prend des démarches sincères pour expier ce crime de façon nette et claire. Par contre, si la France fait sienne une polémique qui n’a rien à faire avec elle, alors cela ne contribuera en rien au pansement de cette grande plaie qui reste ouverte. A mon sens, la France devrait être le dernier pays à sauter sur ce genre de polémique car elle est en position de réveiller les vieux démons. Je vois dans cette affaire une carence de sérieux. Une légèreté criante. Passez-moi le terme mais cela relève du Voltaire et compagnie !

Il va sans dire que le monde musulman est un grand partenaire de la France et dans un partenariat-égal à égal- la règle d’or est le respect mutuel, surtout le respect des valeurs sacrées des uns et des autres. Un pays qui veut avoir l’Inde comme partenaire, par exemple, ne peut surtout pas désacraliser la « vache » tout simplement, parce qu’il la considère comme un animal comme tout autre. Ceci veut dire que l’on ne peut pas imposer à un partenaire lesquelles de ses valeurs sont à respecter ou non.

Bien que cette crise ne soit pas une affaire franco-turque, quand le Président Erdogan a suggéré au Président Macron d’aller voir son psychiatre, la France était dans tous ses états, la suggestion n’étant pas innocente, car c’est le symbole de la république qui est visé. Pour exprimer cela la France a, du coup, rappelé son Ambassadeur, l’avant dernier acte d’expression de colère en diplomatie, le dernier étant la rupture diplomatique. Pourtant, dans cette polémique il s’agit de la désacralisation et la ridiculisation du Prophète Mohammad, président et guide spirituel, de tout temps de tous les Musulmans du monde. Le plus grand symbole de l’Islam. De plus, le Président français a mis la poudre au feu en  déclarant que « nous ne renoncerons pas aux caricatures », ce faisant, il assume cette atteinte flagrante à l’intégrité du prophète des Musulmans. Celle-ci ne doit pas être une déclaration d’un leader, un leader même en colère doit mesurer les conséquences de ses propos. Si le monde musulman est en crise et bien le nez de la France y est, directement ou indirectement. Je ne peux m’empêcher de poser la question ici, qu’est ce que la France gagne en se dressant inutilement contre un milliard et demi de Musulmans du Monde à ce moment précis ? Raison d’État, peut-être ?

Sur le plan juridique –c’est une suggestion peut être naïve de ma part, -et pour barrer toute sorte d’aventure future des extrémistes de tout bord, la France mais aussi les autres pays pourront prendre des lois interdisant de s’en prendre à des symboles religieux de toutes les religions. Ainsi le monde fera l’économie de ce genre de crise qui ne contribue en rien à la paix et la sécurité mondiales.

Au demeurant, si la France pense que ses valeurs sont sacrées et qu’elle est dans l’obligation de les protéger à tout prix –elle en a pleinement raison, mais en même temps affiche sa volonté de minimiser la sacrosainteté des valeurs des autres peuples, alors cela relève, à mon humble avis, d’une arrogance indescriptible. C’est un comportement qui appartient au passé très lointain. Ce temps est révolu à jamais pour le grand bonheur de l’Humanité !

Al-Amine Mohammed Abba Seid

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  • Tout en souscrivant à votre analyse, je voudrais y apporter une petite contribution. Il est difficile de nier l’holocauste qui, sauf erreur, est un pan avéré de l’histoire contemporaine. Mais que dire si les musulmans du monde se mettaient à apporter une réponse du berger à la bergère en trouvant subitement des poux dans les cheveux de Jésus? Le raisonnement, implicite me semble t-il, du monde occidental et chrétien, se base sur le fait que Jésus est un saint alors que Mohammed serait un … Le principe de liberté, si cher à eux, ne stipule t-il pas qu’il a des limites à ne pas franchir, et que la liberté de soi s’arrête là où commence celle de l’autre, comme vous l’avez dit?

    Commentaire par Kettong Doradji le 9 novembre 2020 à 18 h 38 min
  • Je valide votre analyse mais je voudrais aussi y apporter une précision. Pour le Musulman Jésus est un Prophète au même titre que Mohammad, il est donc un Prophète de l’Islam. Par conséquent si un Chrétien fait une caricature diminutive de Mohammad, le Musulman ne peut jamais répondre de la même manière ou du berger à bergère sous peine d’être déclaré apostât. Et merci pour la contribution!

    Commentaire par Al-Amine Mohammed Abba Seid le 11 novembre 2020 à 8 h 42 min