Le chef de la diplomatie française planche sur un déplacement en Algérie avant la fin du mois de mars pour évoquer la situation au Sahel après le retrait des troupes françaises de l’opération Barkhane.

Alors que la guerre en Ukraine monopolise l’activité de son ministère depuis trois semaines, la diplomatie française n’oublie pas le Sahel. Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, travaille actuellement sur l’organisation d’un déplacement à Alger pour évoquer ce dossier. Si aucune date n’a encore été arrêtée, et que la tenue de la visite reste encore largement tributaire de l’évolution de la situation en Ukraine, cette dernière devrait cependant intervenir avant la fin du mois de mars.

En plus d’un tête-à-tête avec son homologue algérien, Ramtane Lamamra, le chef de la diplomatie française pourrait également rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune. Jean-Yves Le Drian s’était déjà rendu à Alger en décembre où il avait scellé la réconciliation entre les deux capitales après trois mois d’intenses tensions (voir nos révélations, AI du 07/12/21).

Alger et Paris se coordonnent sur le Sahel

Outre un point sur la relation bilatérale, le Sahel, et plus particulièrement le Mali, seront au centre de la visite du ministre français. Après l’annonce par Emmanuel Macron mi-février du retrait de Barkhane, Le Drian devrait notamment expliciter les contours du « redéploiement » du dispositif français dans la région. Une visite du chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard, à Alger avant cet été est également à l’étude. Le général français s’est entretenu au téléphone avec son homologue algérien Saïd Chengriha le 17 février. Depuis la mi-février, Alger a par ailleurs de nouveau autorisé les avions militaires français à survoler son espace aérien après plus de quatre mois d’interdiction.

Le pas de deux d’Alger en Ukraine

La transition au Mali sera à l’agenda du ministre français à Alger. Malgré les tentatives de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA) aucun nouveau calendrier électoral n’a encore été arrêté avec la junte militaire malienne. Depuis cet hiver, la diplomatie algérienne tente de jouer les médiatrices avec Bamako non sans susciter quelques effets de bord avec plusieurs capitales ouest-africaines (AI du 03/02/22).

Le cas de la société paramilitaire russe Wagner, qui déploie désormais près d’un millier d’hommes au Mali, devrait être évoqué. Le sujet gêne à Alger et la diplomatie algérienne s’est jusqu’à présent refusée à toutes communications officielles sur le dossier. L’arrivée des premiers éléments de Wagner au mois de décembre avait néanmoins suscité une vague d’inquiétudes quant à un hypothétique déploiement au Nord face au risque d’aggraver encore un peu plus le fragile équilibre sécuritaire sur la frontière algéro-malienne.

Enfin, la situation en Ukraine sera abordée. Alliée de Moscou, l’Algérie a jusqu’à présent adopté une attitude prudente. Le 2 mars, Alger s’est ainsi abstenue de voter en faveur de la résolution onusienne condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie tout en étant, dans le même temps, l’un des seuls pays africains à annoncer l’envoi de « convois humanitaires » à Kiev. La guerre a des conséquences directes sur le pays : historiquement dépendante du blé français, l’Algérie venait tout juste de réaliser une grande bascule vers les filières russe et ukrainienne, lesquelles ont été gravement perturbées par le conflit. Alger s’est par ailleurs dit disponible pour exporter davantage de gaz vers l’Europe alors que la guerre en Ukraine fait craindre des perturbations sur l’importation en gaz russe vers les pays de l’Union européenne (UE) très largement dépendants. La capacité de l’Algérie à suppléer l’offre russe reste néanmoins, pour le moment, limitée.

Africa intelligence

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