Entre 2013 et 2021, plus de 789 personnes, pour la plupart ayant moins de 30 ans, ont été tuées par des militaires de la DGSSIE officiants comme des coupeurs de route et des bandits Toroboros dans le BET et à la frontière avec la Libye et le Niger. 789 personnes. Tous innocents, tous assassinés à bout portant. Gratuitement. Il y a leurs noms, âges, photos, et lieux d’exécution archivés. Il y a surtout les noms des assassins et leurs complices. Parmi ces pauvres victimes : des étudiants, de jeunes diplômés, de simples orpailleurs espérant des lendemains qui chantent grâce à la ruée vers l’or ou de commerçants sans histoire. Tout le monde à un ami, un cousin, une connaissance tuée dans cette période. On ne peut tous les citer, mais on ne peut s’empêcher de penser à deux visages qui dégagent la rage de vivre. Le premier est le jeune Youssouf, il n’a pas 16 ans et est déjà un petit commerçant prospère. Il livrait le site minier de Kouri en produit alimentaire. Il avait confiance en l’avenir et au travail. Il sera enlevé et exécuté le 2 octobre 2020. Sa petite voiture et 3 millions de FCFA, les économies de toute une vie, arrachée. Son corps sans vie criblé de balles sera retrouvé dans le désert après dix jours de recherche.

Le second est Guehini Béchir Habré. Il a été assassiné avec plus de 20 jeunes par une équipe des coupeurs et miliciens de la DGSSIE il y a deux ans. Père d’une petite fille, jeune jovial, humble et travailleur, il a été arraché à l’affection des siens et de sa petite famille. Ceux qui ont pleuré la neutralisation des coupeurs de routes et des miliciens au Salvador la semaine passée doivent regarder ces visages et se mettre dans la tête qu’il faudra une publication par jour pendant deux ans pour finir de rendre hommage aux 789 personnes exécutées froidement par ces barbares.

Même des rivières de sang ne sauraient remplir le vide laissé par ces jeunes. Même la mort de tous les miliciens Toroboros et de tous les coupeurs de route de la DGSSIE écumant tout le BET et la frontière libyenne ne saurait apaiser les cœurs. Même si cela prendra 20 ans.

Les petits agités tribalistes qui ont pleuré la mort des coupeurs de route et des Toroboros m’ont assez surpris : on a donc tous un cœur pour pleurer des proches ? Même des brigands qui ont tué des innocents et qui ont été tués en essayant de continuer leurs sales besognes créent la sensibilité quand ils ne sont plus de ce monde ? On est donc plus proche qu’il n’y paraît. Mais la différence est là : la dignité d’accepter qu’on soit tué si on essaie de tuer impunément. Habitué à attacher et violer des gamines, à torturer des citoyens innocents et extorquer les biens des pauvres, je comprends qu’on soit touché dans son amour quand on se fait buter un soir sans lune sans possibilité de s’échapper.

Salah Abdelkerim Habré est un exemple pour tous les jeunes tchadiens. Exemple que face à l’injustice, il ne faut pas tendre l’autre joue. Œil pour œil, dent pour dent. C’est le seul langage que peuvent comprendre ceux qui ont pris ce pays en otage. La jeunesse doit suivre son exemple et si possible, le rejoindre pour politiser sa lutte contre les coupeurs de route et mercenaires qui écument le nord de notre pays.

Paix à l’âme de toutes les 789 victimes. On ne vous oublie pas.

Charfadine Galmaye.

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