Sous la présidence de Ngarta Tombalbaye, en 1972, le Tchad à l’instar de nombreux pays africains rompt ses relations diplomatiques avec l’Israël en soutien à l’Égypte dans la guerre des Six Jours à l’issue de laquelle Israël occupe la péninsule du Sinaï.

En faveur de l’indépendance et contre les politiques de colonisation, le Tchad ouvre un pont aérien avec le Caire à partir duquel il contribua avec la fourniture des centaines de tonnes de viande fraîche à l’armée égyptienne au front. Une aide qui plus tard provoqua l’intention de revanche d’Israël. En effet, de retour d’une visite à Beyrouth, l’avion présidentiel tchadien a failli être abattu par un avion de chasse de l’armée israélienne, ç’aurait pas été la vigilance de la tour de contrôle libanaise.

50 ans plus tard, le président, Idriss Deby Itno décide de rompre avec la position du Tchad envers le petit État-Colon pour rétablir les relations avec l’Israël par une visite à Tel-Aviv. Une visite qui sera plus tard honorée par la venue du Premier Ministre israélien à N’Djaména en date du 20 janvier 2019.

La présence israélienne au Tchad à l’instar de plusieurs pays africains est limitée aux accords bilatéraux de partenariat sécuritaire, et surtout militaire, notamment en matière du renseignement et dans la lutte contre le terrorisme. Ce partenariat apporte une assistance technique et logistique à la police politique dans la répression en terrorisant les opposants politiques aux régimes corrompus et aux clans mafieux.

Pour le cas du Tchad, la visite récente du fils d’Idriss Deby Itno en tant que Premier Ministre à Netanyahou est vue par les analystes comme une tentative de la part de Deby de vouloir préparer ses fils au trône.

Mais quelles qu’en soient les raisons inavouées de cette visite, elle aura des conséquences fâcheuses au Tchad et dans la région.

Le peuple tchadien, en dehors de quelques jeunes volontairement serviles, opportunistes et sans repères qui gravitent autour des enfants de Deby et le clan de Hinda, est allergique à cette relation qui représente un affront à son intégrité et une menace de sa cohésion dans le moyen terme. Et cela pour plusieurs raisons.

D’abord, Israël est non pas seulement un État colonialiste, mais aussi raciste par une loi fondamentale qui fait d’Israël l’État-nation du peuple juif.

Pendant que l’Afrique se bat afin de sortir du néocolonialisme pour forger sa place parmi les nations, les serviteurs volontairement nostalgiques de la soumission trouvent dans cette relation une opportunité d’un quelconque intérêt d’épanouissement personnel.

Concrètement et pour les pays d’Afrique, surtout ceux de l’Afrique Centrale, toujours sous le joug de la France, renouer les relations avec l’État d’Israël, c’est accepter la colonisation, c’est demeurer soumis, trahissant la lutte panafricaine pour la libération de l’Afrique.

Le dernier crime de l’État d’Israël envers le peuple noir d’Afrique est son soutien indéfectible au régime fasciste et ségrégationniste d’Apartheid en Afrique du Sud. Jusqu’à la mort de Nelson Mandela, ce même Benyamin Netanyahu bouda la cérémonie d’hommage pour réaffirmer sa politique de soutien à l’ancien régime raciste d’Apartheid.

Ensuite, le Tchad immensément riche est affreusement mal gouverné depuis plusieurs décennies par le régime d’Idriss Deby Itno, qui comme une tronçonneuse qui se noie ne peut en aucun cas profiter d’un partenariat avec Tel-Aviv.

Il est une évidence que Deby et fils cherchent désespérément une virginité politique. Mais Malgré les mythes abracadabrantesques qui entourent Israël, Idriss Deby est conscient que sa partie à lui tant à sa fin et son sort est déjà scellé.

L’agitation des enfants Deby s’ajoute aux pléthores des béni-oui-oui qui ont détruit depuis 40 ans le Tchad et qui a fait endurer aux Tchadiens toutes sortes de souffrance inimaginable.  C’est vrai qu’ils ne sont pas prêts à lâcher les rênes sans se battre.

Les formations des groupes de jeunes au service des enfants du père Deby, la prostitution diplomatique ou encore la vente d’un nouveau départ ne sont rien autres que des égarements de ceux qui pendant 40 ans ne connaissent pas le Tchad et les Tchadiens.

Aux jeunes tchadiens qui s’agitent d’un nouveau partenariat, si le Tchad n’a pas pu bénéficier de ses relations stratégiques dans les décennies précédentes avec la Libye de Kadhafi, la France, les États Unis d’Amérique, le Taiwan et la Chine, ce n’est pas le petit État hébreu qui pourra changer quelque chose.

Tous les États ayant de partenariat stratégique avec l’Israël sont dévastés par la pauvreté, la corruption et l’insécurité. Au Tchad, il n’en fera que rajouter la misère à celle déjà présente. Le cas du Soudan du Sud, du Cameroun, du Togo ou encore de la Jordanie peuvent servir d’école.

Enfin, l’amateurisme de la diplomate tchadienne et des enfants de Deby qui cherchent à se positionner en cas d’un changement certain d’un moment à l’autre, ne contribue qu’à alimenter le terrorisme et l’intégrisme salafiste au Nord, à l’Est et à l’Ouest.

Déjà comme une île dans un océan de sang, le projet à la Togolaise ne passera pas.

Dans la scène régionale, l’année 2020 est une année de rupture avec l’ancien ordre mondial et les élections américaines de novembre seront décisives sur la forme et la configuration du nouvel ordre qui se crée. Tous les régimes politiques africains au pouvoir avant l’année 2010 seront déchus. Si l’Iran, la Turquie, la Russie, la Malaisie, le Qatar et la Chine se sont assuré une bonne place, Israël, les Émirats arabes Unis, l’Arabie Saoudite peine à s’imposer dans leur pré-carré régional.

Dans cette guerre de leadership mondial, le clan de la Chine semble détrôner le clan des États-Unis. Un rapprochement à Israël au milieu de cette tempête internationale n’est rien d’autre qu’une erreur fatale des débutants ignorant des éléments basiques des enjeux internationaux.

Pour les Israéliens, la position géostratégique du Tchad est un levier de renseignement qui leur permettra d’avoir un œil sur les activités des Iraniens aux Nigeria, en Algérie et au Soudan d’une part, et les mouvements des Russes et de la Turquie en RCA et en Libye d’autre part.

Ni les liens stratégiques au Soudan moins encore l’assistance technique israélienne ne peuvent réanimer un corps en décomposition comme le Régime d’Idriss Deby. Rien ne sera et ne se fera plus jamais comme avant.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

Economist/International Affaire

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