L’institut de diplomatie privée Ara Pacis, très proche des cercles sécuritaires italiens, se propose de négocier une trêve entre un groupe rebelle d’orpailleurs et N’Djamena. Déjà actif au Niger et au Mali (AI du 04/02/22), l’institut de diplomatie privée italien Ara Pacis, spécialisé dans les médiations communautaires en zone de conflit, a récemment proposé ses services au gouvernement tchadien du président Mahamat Idriss Deby, dit « Kaka« . Objet de l’offre ? Conduire une négociation entre les autorités de N’Djamena et le Comité d’autodéfense de Miski. Ce groupe rebelle, constitué pour l’essentiel d’anciens soldats et de déserteurs, exploite pour son compte les Wadi aurifères du Tibesti (voir notre enquête, AI du 08/04/19). Contacté, l’institut romain n’a pas répondu aux questions d’Africa Intelligence.

En 2019, Idriss Deby, père de « Kaka », était parvenu à négocier une trêve avec le Comité d’autodéfense en lui garantissant un monopole de facto sur l’orpaillage dans la région. Mais cette paix n’a pas survécu au décès du président tchadien, en avril 2021, pas plus qu’à la fièvre de l’or qui s’est emparée de toute l’Afrique depuis le début de l’intervention russe en Ukraine.

Les sanctions mises en place par les Etats-Unis interdisent en effet à la Russie d’user de dollars, l’obligeant à se rabattre sur d’autres modes de règlement de ses achats internationaux, en particulier l’or. Moscou a resserré ses liens avec les pays actifs dans la production de métal jaune en Afrique centrale, aux premiers rangs desquels le Soudan (AI du 11/03/22) et la Centrafrique (AI du 14/04/22).

D’anciens soldats aux relais haut placés

C’est dans ce contexte tendu que l’offre de service d’Ara Pacis est arrivée au palais présidentiel tchadien. A ce jour, les autorités, engagées dans un dialogue avec d’autres groupes rebelles à Doha (AI du 20/04/22), n’ont pas donné suite. Le Tibesti est un sujet éminemment sensible pour N’Djamena, en particulier les orpailleurs de Miski. Une partie de ces rebelles sont en effet d’anciens soldats aguerris bénéficiant de relais haut placés dans l’armée que le pouvoir tchadien ne peut se permettre de prendre à revers.

L’offre d’Ara Pacis bute également sur les réticences de plusieurs partenaires étrangers de N’Djamena. Paris se méfie ainsi des liens étroits tissés depuis plusieurs années par Ara Pacis avec les cercles sécuritaires italiens (voir notre enquête, AI du 08/11/21).

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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