Le patron de la compagnie aérienne croupit depuis sept mois en prison sans perspective de procès. Il nie être le propriétaire de l’appareil.

Arrêté le 29 septembre à N’Djamena, Mathias Tsarsi, le fondateur de la compagnie tchadienne Air Inter 1, est-il le lampiste d’un réseau de fausses immatriculations d’avions au Tchad ? Accusé d’avoir frauduleusement immatriculé l’un de ses appareils – un A340-300– pour le revendre à la compagnie Syrian Arab Airlines, pays sous embargo, l’homme d’affaires n’a toujours pas rencontré ses avocats. Ces derniers n’ont pas accès au dossier et les recours lancés auprès des autorités judiciaires du pays restent à ce jour sans réponse. Au moment où le secrétaire d’État américain Rex Tillersonest attendu au Tchad – seul pays francophone de sa tournée africaine du 6 au 13 mars – ,cette affaire révélée par La Lettre du Continent demeure sensible pour Washington. Outre avoir pesé dans la décision de Donald Trump, le 25 septembre, d’interdire le sol américain aux ressortissants tchadiens, elle avait entraîné les limogeages du DG de l’Autorité de l’aviation civile du Tchad (ADAC), Moustapha Abakar, et de la ministre des Transports et de la météorologie nationale, Haoua Acyl.

Déféré à la prison d’Amsinéné en décembre avec trois experts aériens, Mathias Tsarsi continue de nier les faits qui lui sont reprochés. Alors que les charges d’accusation ont évolué d’une immatriculation frauduleuse à “faux, usage de faux, financement de terrorisme et mercenariat, blanchiment d’argent”, l’homme d’affaires dénonce l’absence d’enquête préalable de l’ADAC. Il se défend avoir jamais possédé l’appareil litigieux. Aucun A340-312 ne figurerait dans les registres d’immatriculation du Tchad tenus par cette autorité. La flotte d’Air Inter ne se compose que de trois avions : un C182 version Q, un DC8-73F et un Iliouchine 18 D. Et à Mathias Tsarsi d’évoquer le rôle de plusieurs agents de l’ADAC dans le “rebranding” de l’appareil pour permettre sa revente à la compagnie syrienne. Air Inter 1 a déjà eu maille à partir avec les autorités tchadiennes. En juillet 2017, Washington avait alerté N’Djamena sur le souhait de cette compagnie de vendre son Iliouchine 18D à l’iranien Mahan Air. Sans aucune enquête, l’ADAC avait alors retiré les certifications de l’appareil et suspendu Air Inter 1. Ces décisions ont été finalement annulées le 11 septembre 2017, par Haoua Acyl.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent.

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