Afin de répondre aux besoins de l’armée, le président Mahamat Idriss Déby a constitué une nouvelle société publique chargée d’assembler du matériel militaire. Des discussions ont débuté entre des fournisseurs et l’ex-directeur de cabinet du chef de l’État, nommé à la tête de la structure.

Les fournisseurs de matériel militaire commencent à se presser à N’Djamena, à la suite de la création par le président Mahamat Idriss Déby, début août, d’une société publique dévolue à l’industrialisation du secteur de la défense nationale. Baptisée Sahel Défense Industrie (SDI), celle-ci vise à développer l’autonomie du Tchad en donnant naissance à une production locale d’armement, notamment grâce à des transferts de technologie.

Une réunion s’est tenue début septembre dans la capitale tchadienne pour commencer à plancher sur les toutes premières orientations stratégiques. Les discussions avec les spécialistes du secteur portent sur l’assemblage de fusils de type Kalachnikov AK, de mitrailleuses et de lance-roquettes RPG, ainsi que sur la mise en place de chaînes de production de munitions de petit calibre compris entre 9 et 12,7 mm. La fabrication de drones suicides est également envisagée par les sécurocrates tchadiens. Se pose néanmoins la question du financement d’un tel programme et de la provenance des investisseurs.

Nommé à la tête de SDI par Mahamat Idriss Déby, son directeur, Idriss Saleh Bachar, s’attache pour l’heure à prendre ses marques en multipliant les échanges avec les experts de la défense. Homme de confiance du chef de l’État, cet ingénieur de formation devenu enseignant-chercheur a occupé à partir de 2019 les fonctions de ministre des postes et des nouvelles technologies de l’information, avant d’être nommé ministre des infrastructures et du désenclavement en 2022.

Importation de matériel militaire

En 2024, Idriss Saleh Bachar a rejoint la présidence en tant que directeur du cabinet civil de Mahamat Idriss Déby, remplaçant le jadis très influent cousin du président Idriss Youssouf Boy avec qui il entretenait d’étroites relations. Écarté du pouvoir par le chef de l’État et condamné à cinq ans et demi de prison pour « corruption passive », Idriss Youssouf Boy s’était personnellement impliqué, par l’intermédiaire de la société Pegasus Logistic and Handling Dangerous Goods (PLHDG), dans de sinueux circuits d’achat d’armement entre N’Djamena, Abu Dhabi et Istanbul (AI du 16/10/23).

Pour piloter SDI, Idriss Saleh Bachar sera épaulé par son directeur adjoint Mahamat Bongo. Familier des problématiques d’armement, ce général de brigade aérienne a été propulsé en 2017 attaché de défense auprès de l’ambassade du Tchad en Russie.

En se dotant d’une structure officielle pour contribuer à renforcer les capacités de l’Armée nationale tchadienne (ANT), le régime ambitionne à long terme de diminuer les coûts liés à l’importation de matériel militaire. Ces dernières années, N’Djamena s’est montré particulièrement dépendant de commandes passées auprès d’Abu Dhabi, d’Ankara ou encore de Pékin pour équiper son armée. Le Tchad est par ailleurs en train de renouer avec des fournisseurs français, dans le cadre de la réconciliation diplomatique esquissée avec Paris (AI du 21/08/26).

Misant sur l’industrialisation locale, Mahamat Idriss Déby s’inspire d’une dynamique lancée récemment au Sahel. En 2025, son homologue malien, Assimi Goïta, appelait de ses vœux la constitution au Mali d’unités d’assemblages d’armes et de véhicules tactiques légers. À Bamako comme à N’Djamena, ces ambitions s’avèrent encore balbutiantes.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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