Le groupe de réflexion, conformément à sa ligne de conduite qu’il s’est fixée, continue à faire connaître, tant à l’opinion nationale qu’internationale, le calvaire auquel le régime barbare du Président Idriss Deby a habitué le peuple tchadien. Ce peuple est aujourd’hui l’otage d’un groupe des cupides et des crapules familiarisés des humiliations de toutes sortes. Ces énergumènes sans foi ni loi, pillent et tuent en toute tranquillité, dans un pays où le droit a malheureusement cédé la place à la violence, à la terreur et à l’impunité. Le Tchad notre pays vit une situation qui menace à terme son existence en tant qu’Etat, car il est aujourd’hui transformé en une propriété privée appartenant à Monsieur Deby et sa famille. L’autorité de l’Etat s’articule d’une manière excessivement verticale autour de la même personne.

 

Il s’agit en l’occurrence du Chef de l’Etat qui est l’unique référence au Tchad en tout lieu et en toute circonstance (une phrase a même été imaginée et elle s’impose à tout responsable public appelé à prononcer un discours :" grâce à son excellence Idriss Deby Itno fin de citation").

 

Pire, diviser afin de mieux dominer les tchadiens est désormais la devise du maître de N’djamena. Il dresse les tchadiens les uns contre les autres, en suscitant entre eux des conflits artificiels qu’il excelle d’arbitrer une fois créés. Cet arbitrage peut parfois intervenir à la demande des intéressés. Il s’agit pour lui, de tout faire pour cultiver un sentiment de dépendance sans limite vis à vis du supposé guide au point que tous les tchadiens doivent être habités du désir de mériter ses faveurs. C’est le comble de la mégalomanie.

 

En effet, monsieur Idriss Deby, pense que par ces méthodes, il se maintiendra éternellement au pouvoir oubliant au passage que diviser pour régner est une vieille recette qui a fait son temps et souvent elle produit des résultats contraires.

 

L’extrémisme dans l’édification du despotisme a été atteint avec le bannissement de la séparation des pouvoirs telle que conçue par les grands penseurs en sciences politiques à savoir: l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Tenez-vous bien celle-ci se trouve balayée d’un revers de main par le despote de N’djamena. Aujourd’hui au Tchad la totalité du pouvoir est concentrée entre les mains de Deby. Le pouvoir législatif tout comme le pouvoir judiciaire sont vidés de leur substance et ne servent que de décor.

 

Quant à l’exécutif n’en parlons plus, les membres du gouvernement y compris le Premier d’entre eux n’ont de rôle que celui de faire valoir. Aucun ministre ne peut prendre la moindre initiative de son propre chef et dans son domaine. Chacun attend d’être instruit directement par le chef de l’Etat en personne pour exécuter telle ou telle tâche. 

 

Cette situation a conduit à mettre progressivement en cause l’existence d’un Etat normal. Aujourd’hui l’Etat tchadien se confond à la personne de Deby. Rien ne peut bouger sans qu’il ne soit actionné par lui-même. Cette confusion minutieusement orchestrée a conduit à la présentation suivante des institutions de la République.

 

L’Etat tchadien est mis en coupe réglée pour servir de vache à lait à Deby. L’éloquente démonstration de cette assertion est la confiscation intégrale de toutes les régies financières de l’Etat. Pour s’assurer que la main mise ne souffre d’aucune faille, Monsieur Deby a placé à la tête de chaque régie un des membres de son insatiable famille, des enfants pour la plupart, sortis de nulle part, sans diplômes ni expérience (fils, frères, sœurs, neveux, nièces, gendres etc).

 

Le Tchad est géré comme une chefferie traditionnelle quadrillée par Monsieur Deby et sa famille au point que les tchadiens ont le sentiment de vivre sous une occupation. Ceci est illustré en partie par les nominations hasardeuses que Deby seul connait les mobiles.

 

Ainsi la direction générale des douanes est placée sous la coupe de Salay Deby Itno,  le frère benjamin; la direction des impôts et taxes est confiée à Ali Timan Deby l’un de ses neveux; la direction des grands travaux présidentiels, logée au sein de la présidence de la République et dont le rôle par excellence est la gestion de tous les projets de l’Etat, est confiée à l’un des fils du chef de l’Etat en l’occurrence Daoussa Idriss Deby Itno; la direction du cabinet militaire revient à Nassour Idriss Deby Itno; la direction du Cabinet civil adjoint à la Présidence de la République est confiée à un autre fils Zakaria Idriss Deby Itno qui, en sus de ce poste occupe déjà celui de Directeur Général de la compagnie aérienne tchadienne dite Toumaï Air Tchad, la direction générale de la société des cimenteries du Tchad est entre les mains de Mahamat Timan Deby un neveu, et la liste est longue.

 

Le secteur pétrolier qui constitue la principale source de revenu du pays reste pour l’essentiel entre les girons du Président et sa famille. La vente du brut est confiée au beau-frère ensuite au gendre du Chef de l’Etat et les produits dérivés reviennent automatiquement à la famille Deby. C’est ce qui explique l’absence de transparence dans les relations entre l’Etat et les compagnies pétrolières vis-à-vis des citoyens, des élus et des représentants de la société civile. En effet, le Tchad a commencé l’exportation de son pétrole à la fin de l’année 2003. Les prévisions en termes de production faites à l’époque sur les trois champs à savoir Komé, Miandoum et Bolobo étaient de l’ordre de 240.000 barils par jour, à cela s’ajoute la production des puits dits marginaux dont la quantité reste méconnue du grand public. A la grande surprise des tchadiens, la production totale rendue publique de nos jours retombe à 120.000 baril/jour sans aucune explication. Pourrions-nous déduire que la différence est embarquée dans des cargos fantômes quand on sait que le pipeline tchadien ne comporte que deux compteurs, l’un à Komé (au Tchad) et l’autre à Kribi (au Cameroun) ? On peut noter par ailleurs que ces compteurs tombent souvent en panne et en même temps. L’opacité a atteint son paroxysme seule une gestion transparente permettra aux tchadiens de mettre un terme à ce cercle vicieux.

Tous les services de l’Etat chargés d’établir les pièces relevant de l’identité de la personne (carte d’identité, passeport, permis de conduire, carte grise et bientôt le titre foncier etc…) ont été détachés de leur administration d’origine et mis à la disposition d’une société privée appartenant à la famille Deby.

C’est elle qui s’occupe désormais de fournir les pièces susmentionnées moyennant une somme équivalent au moins au triple de leur valeur normale. Une telle situation est-elle envisageable sous d’autres cieux si ce n’est qu’au Tchad, où une simple société privée se substitue à l’Etat et accomplit l’une des fonctions régaliennes de celui-ci ?

 

Tout acte relevant d’une action banale des institutions de l’Etat, autrement les réalisations sociales telles les écoles, les dispensaires, les infrastructures routières, les points d’eau qui font défaut dans certaines localités ou l’assistance d’une population sinistrée, est annoncée comme étant un don du chef de l’Etat. Cela voudrait dire que les citoyens tchadiens ne doivent rien attendre de leur Etat qui est tenu en revanche à tout faire pour que Deby et sa famille ne manquent de rien. La meilleure illustration de cette situation est fournie par la société d’eau et d’électricité (STEE) qui, depuis plus de deux décennies met à la disposition de chaque membre du clan de Deby gratuitement l’eau et l’électricité pendant que le reste des tchadiens sont soumis à des délestages qui peuvent parfois durer un mois. Malgré cette situation chaotique les agents de la STEE n’hésitent pas à leur présenter la facture de consommation chaque fin de mois et toute contestation ou résistance est automatiquement sanctionnée par le débranchement du compteur.

 

Les tchadiens sont relégués à la merci des largesses et de la générosité de Deby. Toutes les réalisations effectuées dans les domaines de services de base que l’Etat est tenu de mettre à la disposition de ses citoyens ou dans celui des infrastructures, ne sont en fait que de la poudre aux yeux. Elles répondent plutôt, soit au souci de la folie de grandeur du chef de l’Etat qui évoque sans le moindre scrupule qu’il transformerait la ville de N’djamena en vitrine de l’Afrique, soit que ces projets servent de prétexte pour lui permettre ainsi qu’à sa famille de détourner les deniers publics.

 

De tous ces abus le plus flagrant est la transformation d’un wadi asséché appelé Amjaras à coup de centaines de milliards de francs CFA, en une ville moderne (des villas à perte de vue, un aéroport international, de l’eau et de l’électricité en permanence et gratuite, etc… pendant que la capitale du Tchad manque de tout). Les tchadiens sont en droit de savoir avec quel argent Monsieur le président réalise ces investissements quand on sait qu’une ligne budgétaire n’est consacrée à cet effet que par les lois de finances successives.

 

Nous allons essayer d’aborder dans le détail cette situation dramatique vécue par les tchadiens dans leur quotidien d’une part et qui donne des frissons à toute personne attachée à la dignité, à l’honneur et à la liberté de son semblable d’autre part. 

 

1 L’anéantissement des institutions de l’Etat

 

Allergique à toute opinion contraire à la sienne, Deby ne peut permettre l’existence des institutions étatiques normales sensées instaurer une culture du dialogue et de la concertation nécessaire à l’éclosion d’un Etat de droit au Tchad. Cette préoccupation l’a conduit avant tout à empêcher l’existence d’une armée républicaine garante de la stabilité des institutions de la République grâce à l’égalité de distance qu’elle est tenue d’observer à l’égard de celles-ci. 

 

En lieu et place d’une armée républicaine, qui doit être la colonne vertébrale de la défense de l’intérêt général conformément à sa mission cardinale de défense de l’intégrité territoriale, de l’indépendance nationale et des institutions de la République en cas de rupture de l’équilibre institutionnel prévu par la constitution, il a préféré ériger une milice dont les éléments sont essentiellement issus de son clan pour lui garantir une fidélité sans faille. 

 

A coté de cette milice, il faut signaler l’existence de la police politique dénommée Agence Nationale de Sécurité (ANS) qui est dirigée en général par un homme de parfaite confiance de Deby et est composée des personnes de moralité douteuse faisant fi du respect des droits humains.

Ces deux instruments (la milice et l’ANS) constituent le socle sur lequel repose le régime de Deby. Pour le reste des institutions de la République, il ne leur accorde aucune considération. Car il les tient grâce à la corruption pour les uns et la terreur pour ceux qui refusent de s’y conformer.

 

1.1  Le pouvoir exécutif

 

La constitution tchadienne malgré qu’elle soit tripatouillée par Deby, détermine le rôle de chacun de deux têtes de l’exécutif. Ainsi le président de la République définit la politique de la nation alors qu’il revient au chef du gouvernement de conduire cette politique. Cette détermination de rôle n’a de sens que sur le papier. En fait Deby n’entend laisser aucune prérogative à ses premiers ministres. Leur véritable rôle ne doit dépasser celui de secrétaire qualifié du chef de l’Etat. 

 

Rappelons pour mémoire que Deby est à son quatorzième (14) Chef de Gouvernement en vingt trois (23) ans. Autrement dit la durée moyenne d’un Premier Ministre est d’un an et six mois et beaucoup d’entre eux n’ont pas dépassé le seuil d’une année. Cela dénote de l’instabilité de l’homme. Toutefois, Deby trouve que cette tare lui sert à quelque chose. Car, elle lui permet d’empêcher tout membre du gouvernement à se familiariser avec le dossier d’une part et de se forger une notoriété sur le plan national et international d’autre part. Et comme vous le savez, un dictateur ne peut supporter qu’un de ses collaborateurs puisse disposer d’une cote de popularité. 

 

Le comble a été atteint dans la logique de Deby qui vise à fragiliser au maximum l’organe exécutif avec la nomination des jeunes qui viennent juste d’achever leur formation au poste de ministre. Pire, ces jeunes ont souvent un cursus scolaire douteux, soit une formation au rabais, soit que le diplôme dont ils disposent est le fruit d’une transaction commerciale, autrement dit un diplôme acheté.

 

 Ces jeunes que Deby propulsent ainsi au devant de la scène sans formation solide ni expérience sont pour lui des éléments qu’il peut contrôler facilement grâce à une promotion surprise. Il s’agit des collaborateurs malléables.

 

Rappelons au passage que cette situation est récurrente à la négligence délibérée du système éducatif au Tchad. Il faut relever que la plupart des écoles publiques sont dans un état de délabrement très avancé. Aucun souci de réhabiliter ces édifices n’est affiché par les plus hautes autorités de l’Etat. Par ailleurs, le corps enseignant qui en d’autres lieux fait l’objet de vénération compte tenu du rôle qu’il joue dans une société (éducation, moralisation et formation), se trouve complètement marginalisé au Tchad. Ses conditions de travail ne sont guère améliorées. Les salaires ne sont jamais revalorisés et il n’existe aucun système d’encouragement visant la motivation de ce corps, par exemple prime ou promotion. Les enseignants sont fragilisés devant leurs élèves surtout ceux qui sont issus du clan du despote. Devant ces derniers aucun enseignant ne peut tenir tête. Leur passage aux classes supérieures est assuré d’avance grâce aux bakchichs qu’ils avancent à leurs enseignants ou à défaut à l’intimidation.

 

Pendant ce temps les établissements scolaires privés se multiplient avec vitesse grand V sans le moindre contrôle du programme qu’ils se donnent voire le cursus scolaire d’où la porte grandement ouverte à la formation au rabais. Toute personne qui est mue par le gain facile et qui s’est dépouillée de sa conscience peut s’engouffrer dans ce créneau et contribuera à terme à faire écrouler l’édifice Tchad. On peut noter au passage que le tournant décisif de la destruction du système éducatif a été amorcé en 2010 par la réaction revancharde de Deby face à la grève des étudiants. En effet, pour casser la cohésion des étudiants et le dynamisme de leur action revendicative, Deby a décidé la délocalisation des facultés de l’Université de N’djamena en pleine année universitaire. Il s’agit en fait d’une mesure de démantèlement de cet établissement à court terme mais en réalité c’est le système éducatif dans son ensemble qui est visé. Les résultats catastrophiques des examens au baccalauréat affichés ces deux dernières années sont les conséquences d’une punition collective. En 2012 les deux sessions organisées pour les examens du bac n’ont pas permis de dépasser la barre de 17% de taux de réussite alors que l’année 2013 qui inaugure le système de session unique amorce une véritable descente à l’enfer, taux de réussite au bac au cours de cette année pour le Tchad est aux environs 8%. Bientôt ça sera zéro et le Tchad deviendra le royaume des illettrés cher à Deby.    

 

Cet exécutif travesti et dont la vie est toujours voulue éphémère, repose sur une administration locale dépouillée de toute crédibilité. La plupart des responsables administratifs locaux ne disposent même pas des moyens de transport pour leur permettre de mener à bien leurs tâches. Mieux, certains d’entre eux sont des analphabètes ne sachant ni établir un rapport d’activités ni faire passer un message oral aux partenaires au développement.

 

Cette instabilité tout comme la perversion du pouvoir exécutif, garantissent à Deby l’ignorance des dossiers par ses Ministres et lui ouvrent la voie royale à la gestion personnelle empreinte de toute sorte d’abus. C’est ainsi que nous assistons à cette situation inédite évoquée ci-dessus. A savoir l’aliénation de toutes les régies financières qui ont été placées sous la tutelle  des membres de sa famille.

 

Au mépris total de la loi des finances, Monsieur Salay Deby Itno qui est le directeur général des douanes ne verse même pas un seul sou au trésor public. Il a ouvert des comptes bancaires en son propre nom et les recettes douanières y sont logées. Ils sont les seuls avec son grand frère ordonnateurs de ces comptes.

 

Le neveu qui se trouve à la tête de la direction des impôts et taxes, dispose de toutes les prérogatives qui lui permettent de faire la pluie et le beau temps dans cette institution combien importante pour l’Etat. Nous ne livrons pas un secret si nous disions que les sociétés ou entreprises arborant le sigle Deby ou Al Bideyi sont automatiquement exonérées d’impôts. Et comme celles-ci sont légions, imaginons un peu le manque à gagner pour le trésor public.

 

La société Al Bideyi qui est dans toutes les sauces a réussi à mettre un pan aussi bien du Ministère de l’Intérieur que du Ministère des affaires foncières et du domaine à son service sans aucun contrat de fermage. En effet, au niveau du premier, ce sont les services qui établissent les pièces d’identité à savoir: la carte d’identité nationale et le passeport qui passent sous l’autorité de cette société qui est désormais seule habilité à établir ces documents. La contrepartie versée au Trésor public au titre du service rendu par le personnel de l’Etat mis à la disposition de cette société demeure un mystère total, par ailleurs, cette société ne paye aucun impôt ni taxe. Il en va de même pour l’autre pan enlevé au Ministère des affaires foncières et du domaine.

 

Nous ne pouvons taire cette démission de l’administration publique face à cette société malgré qu’elle n’ait pas été faite de bon cœur. Celle-ci échappe à toute sorte d’impôt grâce au nom qu’elle porte. Comme vous le constatez l’Etat tchadien, à cause de la substitution de cette société imposée par Deby, se trouve  contraint à abandonner l’une de ses missions régaliennes. A savoir assurer l’une de prestation obligatoire des services à ses citoyens. Mais comme on ne peut résister à l’assaut d’Al Bideyi qui a tendance à marcher sur tout ce qui est juteux, l’excuse est vite trouvée.

Cette même logique a conduit Al bideyi et ses filiales à prendre possession en contrepartie d’un franc symbolique de la plupart des sociétés publiques de service. Les autres sociétés qui résistent à l’assaut tel que la société sucrière du Tchad sont appelées à déposer à terme leur bilan à cause d’une concurrence déloyale imposée par le clan au pouvoir.

 


1.2 Le Pouvoir Législatif


Le Parlement bicaméral dont le principe a été retenu par la Conférence Nationale Souveraine (CNS) et qui fut consacré par la constitution du 16 mars 1996, a été hélas emporté par la modification de 2005 imposée par Deby. Rappelons que l’importance de cette formule abandonnée est, qu’elle permet au Parlement de jouer pleinement son rôle grâce au contrebalancement de la fougue de la jeunesse et de la sagesse ainsi que de l’expérience des adultes. Les lois sont toujours bien étudiées avant d’être adoptées. La précipitation et le chantage ne peuvent avoir le moindre crédo pour s’engouffrer. Un tel garde fou ne peut convenir à Deby, c’est pourquoi il l’a fait sauter pour imposer comme solution de rechange un Parlement monocaméral facile à téléguider grâce à une majorité mécanique obtenue au prix de la corruption, de la manipulation et de l’intimidation.

Les tchadiens peuvent-ils attendre quelque chose d’un tel parlement institué à la mesure du locataire du palais rose ? La réponse est sans équivoque non et non. Il s’agit d’un pouvoir législatif conçu pour la consommation extérieure. Les exemples pour illustrer ce comportement ne manquent pas, en effet, plus de 99% des lois sont initiées par le gouvernement. C’est-à-dire, ce sont des projets de lois préparés par le Gouvernement. Cela suppose que les lois issues des propositions n’excèdent même pas le 0,08%. On peut noter par ailleurs, l’absence totale d’initiative des parlementaires à descendre sur le terrain pour partager la vie de leurs électeurs au quotidien et s’enquérir de leurs préoccupations. De telles démarches ne sont envisageables que sous instigations du Président fondateur du parti au pouvoir. Dans ce cas, elles sont synonymes des frais de mission et donc dignes de provoquer bousculades et précipitations.

Notons enfin que cette situation est facilitée par le manque de cohésion et d’audace de l’opposition politique. En effet, celle qui existe a laissé faire et ce, grâce à l’action personnelle de Deby utilisant tantôt la corruption et tantôt l’intimidation pour arriver à ce vide laissé par les partis de l’opposition politique.

Aujourd’hui au-delà des apparences, il existe au Tchad un parti-Etat et des partis satellites gravitant tout autour. Le reste des partis qui ne sont pas compris dans ce cadre et qui sont en fait qu’une poignée, se trouve minutieusement quadrillé et surveillé. Les responsables ont le choix entre soit se taire moyennant une enveloppe remise nuitamment dans une grande discrétion (sous le manteau) soit prendre son courage à deux mains et user de son droit de s’exprimer. Dans ce cas, on doit s’attendre à toutes sortes d’ennuis surtout l’intimidation et la misère.

La déduction logique de cette démonstration nous donne la composition suivante du Parlement tchadien :

  • 70% de ses membres sont issus du parti au pouvoir (MPS) ;
  • 25% sont issus des partis satellites appelés pompeusement partis de la mouvance présidentielle ;
  • 05% soit la portion congrue qui est abandonnée aux récalcitrants.

 

Ce pourcentage est toujours conçu d’avance et les résultats des élections doivent s’y conformer obligatoirement à chaque fois. C’est le mystère de la majorité mécanique.


1.3 
Le Pouvoir judiciaire

 

Cette institution sensée assurer l’application de la loi et donc garantir l’égalité des citoyens n’a jamais bénéficié des égards qu’elle mérite. De tout temps elle a été confinée à jouer le rôle des parents pauvres. Cette situation a été bien perçue par la CNS qui, à travers ses résolutions et recommandations y relatives a voulu redorer le blason de la justice.

Mais c’était peine perdue. Car les conférenciers connaissant mal Deby n’ont pas pris en compte ses appréhensions à l’égard d’une justice indépendante capable d’empêcher le non respect de loi. C’est ainsi que dès le lendemain de la tenue de la CNS, il a tenu à procéder à sa mise au pas. Des hommes de confiance ont été placés à la tête des organes ayant le rôle de locomotive de la justice avec des instructions fermes de verrouillage. Ceux-ci pour prouver leur fidélité au despote, ont appliqué avec zèle les directives qui leur ont été données. C’est la raison pour laquelle la justice au Tchad est contrainte à marcher à double vitesse. Il y a une justice destinée au tchadien lambda et une autre très souple presque non regardante se trouve réservée à ceux qui sont, grâce à leur appartenance au clan du maitre de N’djamena au-dessus de la loi.

Cette volonté de vider ce pouvoir de sa substance vient d’être manifester dernièrement par la énième modification de la constitution. De quoi s’agit-il ? Deby aimerait voir une justice tenue en laisse. Elle doit être absolument à ses ordres. C’est pourquoi il a ordonné la récente modification de la constitution qui vise à fragiliser davantage ce pouvoir. En effet, la substance de la modification vise à aligner le juge du siège sur le statut de son collègue du parquet. Comme vous le savez le juge du siège bénéficie de l’inamovibilité qui est en soit un gage d’indépendance. Pour rendre une sentence le juge n’est tenu à faire appel qu’à sa conscience et au respect de la loi. En revanche le juge du parquet est astreint à observer la hiérarchie dans sa démarche d’appliquer la détention provisoire prélude à un procès en justice.

 

La dernière modification de la constitution banalise le statut du juge de siège. Ce dernier ne bénéficie plus de l’inamovibilité et soumis par voie de conséquence à être muté ou démis de ses fonctions à tout moment. Cette reforme vise à développer l’esprit d’allégeance du juge vis-à-vis du pouvoir pour conserver son poste et à développer dans la justice une mentalité de clientélisme chère au parti au pouvoir. En un mot, les juges du siège sont désormais à la merci du Président de la magistrature suprême qui n’est autre que Deby et ils sont soumis par ailleurs, à l’ œil bien vigilant du ministère de la justice.

 


2     
Les moyens de la mise en place de la démocratie 

 

Les observateurs de la vie politique au Tchad ont très tôt décelé (dès 1996) l’absence de volonté réelle du régime de vouloir mettre en place un processus démocratique normal. Le déséquilibre monstrueux se constate visiblement entre les acteurs politiques. D’une part les composantes du pouvoir en place (les hommes du parti au pouvoir (MPS) et ceux de la mouvance présidentielle c’est-à-dire les partis satellites) et les autres partis démocratiques étiquetés partis politiques de l’opposition qui s’appuient sur les organisations de la société civile d’autre part.

 

Il convient de rappeler qu’au lendemain de l’indépendance plus précisément en 1962, le premier régime du Tchad sous feu Ngarta Tombalbaye avait supprimé le multipartisme lors du congrès de son parti à Doyaba sous le prétexte fallacieux que ce dernier constituait un handicap pour bâtir une nation solide au Tchad. Ce prétexte a été fortement utilisé par les régimes successifs dans leur quête de vouloir s’éterniser au pouvoir en mettant les tchadiens au pas.

 

Cette contrevérité chère à tout despote a été suivie à la lettre par les différents régimes qui se sont succédés au Tchad et en particulier par celui de Deby. Car elle a le mérite de leur accorder la possibilité d’ôter au peuple toute velléité de contestation. Il faut relever par ailleurs deux paramètres qui facilitent la tâche à ceux qui détiennent les rênes du pouvoir.

 

D’une part la faiblesse manifeste des partis politiques et de la société civile fragilisés par la volonté des hommes au pouvoir afin d’empêcher l’émergence d’un réel contre pouvoir capable de créer les conditions d’une alternance pacifique, d’autre part le manque des moyens et surtout le débauchage systématique des cadres imposé par le parti au pouvoir, vide les partis politiques de l’opposition de leur substance à la fois intellectuelle et financière. Il leur est proposé de rejoindre les rangs du parti au pouvoir moyennant des moyens financiers, de promotions et l’intimidation dans le cas où les deux premiers procédés n’ont pas donné le résultat escompté. S’il faut ajouter à cela l’émiettement des partis orchestré par le MPS en application du dicton diviser pour mieux régner, vous allez vous en rendre compte que toutes les actions qui peuvent se dresser comme obstacles devant le multipartisme sont utilisées. Mieux les subventions qui sont allouées aux partis politiques légalisés et ayant des représentants au niveau local ou national ne leur sont pas versées de manière régulière et surtout au moment où ils affichent le plus grand besoin.

Le matraquage des cadres et l’obsession de les humilier ne se limitent pas seulement aux cadres de l’opposition mais touchent également ceux de la majorité. C’est dans cette logique macabre que les cadres du parti au pouvoir sont soumis au gré du despote à un va et vient entre les hautes fonctions de l’Etat et la prison.  

Par la force des choses les partis politiques et les organisations de la société civile sont relégués à jouer un rôle de faire valoir au bonheur du parti au pouvoir.

 

2.1 Les partis politiques

Les partis politiques surtout l’écrasante majorité d’entre eux gravitent comme nous l’avons dit plus haut autour du pouvoir. Autrement dit, leur rôle consiste à faire valoir qu’il existe au Tchad un multipartisme. Sachant tout de même que la réalité qui crève l’œil est que le MPS agit sans l’existence d’une moindre concurrence. Il lui est loisible de tout accaparer et laisser les miettes à ses satellites. Le reste de l’opposition politique doit se battre dur pour se frayer un chemin lui permettant de gagner quelques sièges et là encore ils ne sont obtenus que grâce à la résistance de quelques circonscriptions électorales qui n’hésitent pas à défier le pouvoir.

 

Il faut reconnaitre qu’à l’époque, la coalition des partis pour la défense de la constitution (CPDC) surtout avant la disparition de son leader le professeur Ibn Oumar Mahamat Saleh et le musèlement du Président du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) Monsieur Lol Mahamat Choua, constituait une citadelle face à l’assaut répété de Deby de venir à bout de toute résistance à son projet de mettre les tchadiens au pas et diriger ce pays selon son bon vouloir. Il est vrai que la CPDC continue à exister mais pas avec la même vigueur et la détermination d’antan. Elle est presque décapitée et réduite à sa plus petite expression. Aura-t-elle le déclic et le ressort nécessaires pour pouvoir rebondir? Tout tchadien patriote ne peut que le souhaiter.

 

L’absence de la démocratie au Tchad est une réalité palpable elle ne trompe personne. Aucun citoyen tchadien ne croit à cette farce grossière brandie par le régime despotique de Deby depuis  plus de 23 ans. Il est donc temps de changer de fusil d’épaule. Nous avons besoin de conjuguer toutes nos forces pour imposer le changement démocratique désormais inéluctable et ce, quel qu’en soit le prix. 

 

2.2 Les Organisations de la société civile

 

N’oublions pas de noter que Deby a une peur bleue des organisations syndicales. C’est pourquoi, il a toujours empêché que le mouvement syndical au Tchad ne connaisse une période de sérénité. Les manœuvres sordides auxquelles il fait recours sont : 

  • La corruption destinée à acheter la conscience des dirigeants syndicaux,
  • L’émiettement des organisations syndicales pour réduire leur capacité de mobilisation,
  • L’intimidation proférée par lui-même à l’endroit des dirigeants syndicaux qui affichent une probité débouche souvent à des poursuites judiciaires montées de toutes pièces.

 

Et la boucle est bouclée par la mise en place d’un organe appelé conseil national pour le dialogue social. Le rôle dévolu à cet organe est de tout faire pour créer les conditions objectives de caporaliser les syndicalistes.

 

Il faut reconnaître qu’avec ces manœuvres le mouvement syndical au Tchad a perdu de sa vigueur. Néanmoins il continue à disposer des ressorts qui peuvent lui permettre d’inquiéter le dictateur et faire vaciller sa sérénité. Les derniers mouvements de grève observés pendant plusieurs semaines et qui ont fini par déboucher sur l’accord d’accalmie entre le Gouvernement et les organisations syndicales illustrent bien cette situation. Il faut rappeler par ailleurs, que le Gouvernement a cédé sur plusieurs points pour pouvoir arriver à cette pose.

 

Les organisations de droits humains constituent quant à elles la cible privilégiée d’une infiltration sans précédent. La plupart de leurs membres sont soit des agents de l’ANS soit des engagés par celle-ci moyennant de subsides pouvant leur permettre d’arrondir leur fin de mois. D’où la multiplication de ces organisations et surtout leur incapacité à trouver un dénominateur commun pour renforcer leur poids face au pouvoir public dans l’exercice de leur noble mission de défense des droits humains.

 

Cette réalité constitue un sérieux handicap pour l’émergence des véritables meneurs d’hommes et des leaders d’opinion qui peuvent réellement galvaniser leurs troupes. Néanmoins le Tchad n’est pas un pays replié sur lui-même et qui vit en vase clos. Il est ouvert au monde et suit avec intérêt la succession des événements dans le monde. Le dernier bras de fer entre le pouvoir public et les organisations syndicales est une parfaite illustration que nos organisations de la société civile évoluent dans le bon sens. Le message qu’elles ont adressé à Deby est clair. Elles n’accepteront plus d’être muselées par le fait de l’intimidation et la désorganisation de leur rang.

 

Conclusion 

 

Aujourd’hui, l’impasse démocratique au Tchad se traduit par le fait que le peuple montre une indifférence totale au semblant de processus électoral utilisé par le régime de Deby en tant qu’instrument servant à valider les opérations de bourrage des urnes orchestrées par les hommes du pouvoir.

 

Dans tous les cas l’espoir est permis dans cette course que Deby a engagée contre le peuple tchadien qu’il veuille tenir amorphe et soumis à sa volonté. Quant à ce dernier, il a décidé de s’affranchir par tous les moyens de cette étiquette de soumission et redresser la tête. Le peuple tchadien  dans sa marche de vouloir imposer le printemps au Tchad, n’hésitera pas à faire appel à son hymne national qui lui a fixé les principaux repères dans sa quête de sa dignité et de sa liberté. La volonté populaire est irrésistible. Deby se trompe lourdement s’il croit que s’appuyer sur un important arsenal de guerre confié à son clan peut lui garantir un pouvoir à vie.

 

Si le peuple décide un jour de concevoir un nouveau mode de vie, la réponse positive du destin ne saurait tarder. Les chaines se briseront et le crépuscule cédera sa place à la lumière.

Alors qu’attends-tu peuple tchadien ? Tu as conquis ta terre et tu as accédé à la souveraineté internationale grâce à ta détermination et à ton courage. Ta dignité et ta liberté doivent obligatoirement être les filles de cette détermination et de ce courage. Le temps de l’hésitation et de la peur doivent être derrière nous. Nous devons tous nous dresser comme un seul homme et précipiter le processus d’alternance politique devenu désormais irréversible dans notre cher pays le Tchad.

 

Fait au Caire le 14  aout 2013

 

Pour le Groupe de réflexion de l’opposition tchadienne en Egypte,                                    

 

Email : legrote2013@yahoo.fr    Tél : 00201092977043

 

L’Animateur Adoum Hassan Issa

 

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