Comme souvent, nos hiérarques vont jouer du bâton et de la carotte jusqu’à la tenue de cette élection présidentielle puis demander à tous les râleurs de joindre soit un gouvernement d’ouverture soit se contenter d’un strapontin quelque part. Mais là c’était avant.

Aujourd’hui, la scène socio-politique a connu beaucoup de mutations. De nouveaux acteurs politiques sont entrés en jeu. Syndicats, partis politiques et même religieux se retrouvent désormais dans une plate-forme de lutte. Dans la famille même du chef de l’État, de fissures importantes ont apparu avec la mort très regrettable de Hadjé Sobori, mère de Yaya Dillo et cousine du Président de la République. A tous ces facteurs internes, il faut ajouter un important facteur externe, la rébellion.

Michael N. Didama

En lançant sa campagne présidentielle, le candidat Idriss Déby Itno nous a replongés dans notre enfance en balançant un triple « Damboula » à la figure de ceux qui se complaisent contre lui dans les officines étrangères, ici au Tchad ou dans la diaspora.

La campagne présidentielle est souvent l’occasion où les volées de bois vert et autres noms d’oiseaux sont possibles. Mais personne ne s’attendait à ce vigoureux « Damboula » du locataire du Palais rose. Et comme souvent c’est le cas, les communicants et autres experts en la chose se sont évertués à nous faire accepter que ce n’était qu’un petit doux Damboula, qui n’est d’ailleurs rien à côté de tous ces Kilimandjaro d’injures qu’on déverse souvent sur le Président de la République. Dans tous les cas, le mal est fait et l’indignation profonde.

Mais c’est sans compter avec le talent d’artiste de notre Maréchal. Alors que commentateurs et autres analystes de la 25ème heure ergotaient encore sur le fameux « Damboula », un tweet du Candidat du Consensus nous annonce que celui-ci a reçu son compatriote Succès Masra. Surprise et égarements sur la planète bleue. Cris d’orfraie et défoulements dans le camp de ceux qui estiment que Masra leur a fait un enfant sur le dos. Dans le camp du parti à l’oriflamme guerrier, c’est la bamboula. Certains ont même retrouvé leur latin, inondant la planète bleue d’expressions latines sibyllines et savantes, rappelant la bonne vieille école. Soit ! Mais limiter la crise actuelle à la sortie terrible du MIDI et à sa rencontre fort politique avec Masra est une gravissime erreur. La première preuve, le 20 mars, la marche de la Coordination d’actions citoyennes a été une grosse réussite. Ce fut le plus grand rassemblement de tous ceux qui s’opposent au sixième mandat d’Idriss Déby Itno.  Ce n’est pas aussi en publiant 5 ans après, le résultat d’un concours de police qu’on a même oublié que l’on résoudra le problème actuel.

La présidentielle de 2021 est atypique car le Candidat Idriss Déby Itno participe à un scrutin sans enjeu mais surtout dans un climat socio-politique des plus délétères.

Si le stratège IDI a sorti de son tiroir une correspondance qu’il a reçu de Masra il y a plus d’une année et demie, pour finalement lui accorder une audience, alors que le Ministère de l’Intérieur lui a refusé l’autorisation de fonctionner et la Cour suprême a rejeté sa candidature, allez-y comprendre quelque chose.

Si après 5 ans, on se souvient qu’on a organisé un concours de police dont certains candidats à ce concours ne seraient peut-être plus de ce monde, et qu’on placarde le résultat en ce moment de fortes tensions, allez-y comprendre quelque chose. Comme souvent, nos hiérarques vont jouer du bâton et de la carotte jusqu’à la tenue de cette élection présidentielle puis demander à tous les râleurs de joindre soit un gouvernement d’ouverture soit se contenter d’un strapontin quelque part. Mais là c’était avant. Aujourd’hui, la scène socio-politique a connu beaucoup de mutations. De nouveaux acteurs politiques sont entrés en jeu.

Syndicats, partis politiques et même religieux se retrouvent désormais dans une plate-forme de lutte. Dans la famille même du chef de l’État, de fissures importantes ont apparu avec la mort très regrettable de Hadjé Sobori, mère de Yaya Dillo et cousine du Président de la République. A tous ces facteurs internes, il faut ajouter un important facteur externe, la rébellion. Très divisée, elle n’a pas pu inquiéter le pouvoir de N’Djamena.

Cependant depuis la mise sur pied du nouveau gouvernement de Libye, toutes les forces étrangères stationnées sur ce territoire sont priées de plier bagages. Ces groupes rebelles dont certains lourdement armés vont naturellement regagner le bercail.

Un groupe comme celui de Mahamat Hakimi, ex-Inspecteur général des armées du CCMSR, a choisi regagner le bercail par la voie de la négociation. Mais d’autres groupes ne sont pas prêts de suivre cette voie et vont forcément forcer la porte d’entrée. Même si le Président IDI est reconnu comme quelqu’un qui sait souvent se tirer des mauvais coups, cette fois-ci les difficultés sont énormes. Importantes. Et nombreuses.  Le chien aboie, la caravane passe.

C’est vrai.

C’est une vérité. Mais quand les chiens sont nombreux, de plus en plus nombreux, rejoints même par de meutes de loups, la caravane peut tout de même passer ? C’est une question.

(Mot de la fin, Le Temps n°928 du 31 mars au 7 avril 2021)

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