PARC NATIONAL DE ZAKOUMA (Tchad) – Seul face à une horde d’éléphants qui pourrait charger, le vétérinaire n’a pas droit à l’erreur: il n’a que quelques secondes pour choisir un animal robuste sur lequel il posera un collier doté d’un petit émetteur permettant de le suivre par satellite. Afin de le protéger des braconniers.


Le système permet bien sûr de surveiller les pachydermes pendant la saison sèche, quand ils sont regroupés dans le parc de Zakouma, une vaste étendue sauvage de 3.000 km2 isolée au sud du Tchad. Mais c’est à la saison des pluies, entre juin et octobre, qu’il prend tout son sens. Car les éléphants se dispersent en petits groupes et migrent à des dizaines de kilomètres au nord et à l’ouest du parc, qui est alors inondé. C’est surtout là qu’ils peuvent être une proie facile pour les braconniers.



Et il y a urgence: les trafiquants d’ivoire ont abattu 90% des éléphants de Zakouma dans les années 2000. Il en reste aujourd’hui environ 450, dont plusieurs sont blessés.



Parfois, le satellite peut cesser de fonctionner pendant quelques mois, relève Lorna Labuschagne, responsable de la logistique à Zakouma. Des antennes supplémentaires ont donc été installées sur les deux avions du parc pour ne pas perdre leur trace.



Sur le papier, poser un collier à un éléphant semble être une opération assez simple: on l’endort, on lui passe le collier autour du cou et on le réveille pour qu’il puisse regagner la horde.



Nous n’avons pas d’hélicoptère, alors nous le faisons à pied, explique Pete Morkel, le vétérinaire importé d’Afrique du Sud. Un hélicoptère serait extrêmement cher dans un endroit aussi reculé, remarque-t-il. 



Un petit avion est envoyé pour repérer les animaux, et voir s’il y a moyen de les rejoindre à travers la brousse. La chose importante est de surveiller le vent: il faut s’assurer que le vent ne souffle pas depuis nous vers les éléphants, souligne le vétérinaire. Il lui reste alors à s’approcher discrètement, suivi à distance de deux hommes en armes au cas où. D’habitude, les animaux ne chargent pas. Ils s’enfuient, rassure le Dr. Morkel.



Il n’a que très peu de temps pour choisir le bon éléphant à sa portée dans la horde, qu’il anesthésiera d’un coup de fusil dans la patte arrière, en espérant qu’il s’affaissera sur le côté.



L’équipe du parc a ensuite une demi-heure pour intervenir: tandis que l’on fait couler de l’eau sur l’oreille de l’animal (pour éviter tout risque d’hyperthermie) et que l’on surveille sa respiration au bout de sa trompe, des employés s’activent à faire glisser le collier sous sa tête. Celui-ci est ajusté autour du cou, et il est grand temps de réveiller l’éléphant. Une petite piqûre d’antidote à l’anesthésie, deux minutes d’attente et il s’en va rejoindre les siens comme si de rien n’était.



L’éléphant du jour est un mâle de 22 ans en pleine forme, selon le vétérinaire. Lequel est assez content de son choix, quand bien même les mâles sont susceptibles de partir en solitaire quand la horde se disloque à la saison des pluies.



L’ONG sud-africaine African Parks, qui gère Zakouma depuis deux ans, a maintenant installé des émetteurs satellite sur quatorze de ses éléphants. Leur position est suivie depuis une salle de contrôle au siège du parc –les données arrivant six fois par jour–, ce qui permet de déployer les patrouilles anti-braconnage en conséquence. 



L’organisation va maintenant en poser trois autres sur des animaux d’autres régions du Tchad, qui sont encore plus menacés qu’à Zakouma. Pas moins de 89 pachydermes ont encore été abattus en mars dans le sud-ouest du pays. 



Ces opérations de pose de colliers sont assez chères. Outre tous les frais de matériels et personnels, il faut payer le vétérinaire, de 500 à 2.000 dollars par jour. Les colliers coûtent 2.300 dollars pièce, auxquels il faut ajouter 1.000 dollars pour l’envoi des données pendant deux ans.



Mais le jeu en vaut la chandelle, selon Lorna Labuschagne: La seule façon de sauver les éléphants du Tchad est de savoir où ils vont.



La direction du parc tchadien a également posé des colliers à des lions –épargnés par les braconniers–, pour étudier leur comportement pendant la saison des pluies.



©AFP  
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