N’DJAMENA (Xinhua) – Peu représentées dans les sphères de l’Etat, les femmes tchadiennes ont, à l’occasion de leur journée internationale célébrée vendredi, réclamé qu’il leur soit accordé la moitié des postes de responsabilité. Si la Première dame du Tchad a soutenu ses sœurs dans leurs revendications, le chef du gouvernement, lui, leur a conseillé la patience.

"Hommes, femmes, décideurs, leaders politiques, chefs traditionnels et religieux, tous unis pour mettre fin aux violences basées sur le genre". "Œuvrons pour l’équité en matière de genre". "Promouvoir l’accès des femmes aux postes de responsabilité", etc. Au cours du long défilé qu’elles ont fait vendredi sur la Place de la Nation, en  plein cœur de la capitale tchadienne, les femmes n’ont pas cessé de réclamer plus de respect et de représentativité.


Dans leurs recommandations remises au chef du gouvernement et à la Première dame, elles ont exhorté le gouvernement à poursuivre la lutte contre le VIH/sida, la cherté de la vie. Sur leur représentation aux postes de décision, elles ont réclamé plus des 30%, promis il y a quelques années par le président Déby Itno. Selon elles, il faut "la parité aux postes de responsabilité".


Au Tchad, les femmes représentent 52% de la population estimée à 11 millions d’habitants. Mais elles sont sous-représentées à tous les niveaux de l’appareil d’Etat. Même le quota de 30% promis par le chef de l’Etat n’est pas respecté. Au gouvernement, par exemple, seulement 6 des 42 ministres et secrétaires d’Etat sont des femmes. 25 femmes siègent à l’Assemblée nationale, aux côtés de 163 hommes. A la Cour suprême, l’on dénombre 2 femmes sur les 16 membres, 2 sur 9 au Conseil constitutionnel.


Même au sein des partis politiques les femmes sont malmenées. Leurs noms ne sont jamais inscrits en tête de liste lorsqu’elles se présentent à une élection. Elles sont soit classées en plein milieu, soit en queue de liste. Ainsi, sur les 42 maires qui ont été élus en 2012 à la tête des principales villes du pays, un seul est mère.


"L’éradication de la discrimination sur le sexe est une des clés pour promouvoir le développement de notre pays", a martelé la Première du Tchad, Hinda Déby Itno, réaffirmant l’égalité entre les hommes et les femmes, dans le domaine de l’éducation et de l’accès au travail. Elle a exhorté ses sœurs à doivent s’unir pour constituer une force "afin de gagner la bataille contre les inégalités, dont la plus importante est celle contre les inégalités basées sur le genre".


Pour le Premier ministre, Joseph Djimrangar Dadnadji, les préoccupations exprimées par les femmes vont toutes dans le sens de la recherche de leur participation dans le développement du pays. "La femme est autant utile que l’homme", a-t-il reconnu. Mais ce sont "les vicissitudes de la vie qui font que ces grands principes basiques soient mises à mal (…) parfois même par l’égoïsme d’une partie de nos populations".


Pour rassurer les femmes, M. Dadnadji a déclaré que son gouvernement veille pour trouver une solution à cette question d’égalité. "Le mot n’a pas été énoncé, mais je n’ai pas peur de le dire, il s’agit du statut de la femme. Nous avons dit dans notre programme de gouvernement que nous devrions travailler pour que ce statut permette à la femme de pouvoir retrouver le rôle qui est le sien dans la société. Naturellement, il y a des arithmétiques que nous comprenons et que nous partageons, en particulier celles qui concernent les quotas dans les institutions de la République, dans toutes les institutions qui gouvernent notre société (société civile, partis politiques, Etat); ma demande est que la question des 30% du quota des femmes soit bien prise en compte".


Mais pour le chef du gouvernement, "il faut arriver à trouver un Code des personnes et de la famille dans ce pays". Ancienne colonie français, comme la plupart des Etats de l’Afrique centrale, le Tchad utilise encore le Code civil français, vieux de plusieurs siècles et inadapté aux réalités actuelles.


Au début des années 2000, un projet de Code des personnes et de la  famille typiquement tchadien a été initié. Malheureusement, depuis 2006, les entraves religieuses et politiques empêchent son aboutissement. L’Union des cadres musulmans du Tchad et certains leaders chrétiens ont rejeté plusieurs dispositions du projet de Code qu’ils estiment contraires à la Charia et à la Bible.


Ainsi, les femmes ont exigé à l’Assemblée nationale l’adoption dans un bref délai du Code de la famille ainsi que la ratification de deux protocoles additionnels à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique et l’autre à la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations faites aux femmes.

 


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