N’DJAMENA (Xinhua) – Les inondations causées par les pluies exceptionnellement abondantes dans plusieurs régions du sud du Tchad ont laissé des milliers de personnes dans le dénuement, en proie aux maladies et à la famine, constate le correspondant de Xinhua qui était sur le terrain dimanche et lundi dernier.

Au sud de N’Djamena, sur une distance de 130 kilomètres entre Bongor et Kélo, il y a de l’eau sans discontinuer le long de la route bitumée qui relie la capitale aux grandes villes septentrionales. Partout, l’eau a envahi la vaste plaine, jusqu’au rebord de la voie bitumée.

"On dirait que le Lac Tchad s’est transposé, comme par magie, ici au sud du pays. C’est du jamais vu", lâche un habitant du village de Djoumane, la cinquantaine, au pied du pont qui surplombe le Logone. Le fleuve, qui est un des affluents du Lac Tchad, a débordé de son lit sur des kilomètres, seules les hautes herbes indiquent ses rives naturelles.

Les champs de riz, de sorgho, de maïs, de taros et de patates douces sont dans ou sous l’eau. La plupart des habitations, très précaires et faites de terre battue et de chaume, se sont écroulées depuis plusieurs jours. D’autres résistent encore, mais leurs murs mouillés par l’eau jusqu’à un mètre du sol, ne tiennent que sur le fil du rasoir et menacent inexorablement ruine.

"Au début, nous avons essayé de dresser des digues autour de nos maisons", confie Pascal du village de Ham. Mais ce fut un coup d’épée dans l’eau. Les digues faites autour des surfaces emblavées n’ont pas résisté à la furie de l’eau.

Des hommes ont dû désherber une partie du rebord de la route bitumée pour y dresser une petite tente avec des secco ou des plastiques. Mais même là, l’eau est venue les titiller.

Sous cet abri frêle et lamentable, les familles qui ont survécu à la montée des eaux, s’entassent, avec leurs quelques chèvres et poules. A la merci des insectes, des reptiles, du froid et de la pluie qui ne demande qu’à recommencer sans cesse.

Plus de champs, des hommes se trouvent un talent de pêcheurs. Les enfants, eux, barbotent dans l’eau ou apprennent à pêcher. A Teléou, à 33 km au nord de Kélo, une dizaine de gosses jouent au foot sur le terrain inondé de l’école. Comme si le sport roi procure une certaine joie au milieu de cet océan de désolations dans lequel la pluie les a plongés..

La nuit tombée, ils s’asseyent sur la voie bitumée ou errent le long, tels des fantômes. C’est leur façon de tuer le temps et les arias. Ils n’arrivent pas à trouver véritablement le sommeil, ne possédant ni couverture ni moustiquaire pour se protéger contre le froid, les insectes et les moustiques.

"L’eau, c’est la vie ou la vue", clame la Société tchadienne des eaux. Mais pour ces milliers de personnes, elle est aujourd’hui source de désolation, de maladies et de mort. On s’y lave ou nettoie ses habits. On y défèque, les latrines (s’il y en avait dans ces contrées) ont disparu. Puis on prend la même eau pour se désaltérer ou faire la cuisine. "Dans de telles conditions, l’on encourt le grave risque d’attraper une gastro- entérite", déplore Dr Adoum Mahamat, infirmier à l’hôpital régional de Bongor. "Des épidémies, comme le choléra, la fièvre typhoïde, la bilharziose ou le ver de Guinée, peuvent également trouver là une terre fertile".

A Zall, en terre Kim réputée pour ses taros, des hommes débarquent, sur la route nationale, des taros couverts de boue. Des femmes et enfants nettoient les tubercules avec l’eau omniprésente, puis les rangent dans des sacs.

"Nous hommes vont en pirogue au bord du fleuve, plongent sous l’eau et déterrent ces taros que nous avons mis en terre depuis janvier dernier", explique Mme Amina. Le bord du fleuve, le Logone, est à 2 kilomètres de la route. Et aller sous l’eau chercher les taros, ajoute la paysanne, vous crée des démangeaisons sur tout le corps, qui ne peuvent être atténuées qu’avec une bonne toilette et de la pommade.

Ces taros sont essentiellement destinés aux marchés de la capitale. Le petit seau, qui sert d’unité de mesure, vaut 1.000 F CFA, soit deux fois le prix habituel.

"Généralement, c’est en décembre que nous récoltons les taros. Mais cette année, avec ces eaux qui ont tout envahi, nous n’aurons presque rien", déclare Mme Amina. Elle prédit une grande famine dans le village et à des dizaines de kilomètres à la ronde.

A Zall, comme tous les autres villages du Sud, la plupart des ménages avaient épuisé leur stock de sécurité alimentaire avec la période de soudure. Ceux qui comptaient sur les cultures vivrières ou les cultures de "jardin" (légumes, patates douces, maïs, etc.), ont été surpris par les eaux pluvieuses. Dans le dénuement et face au désespoir, des hommes vont jeter le filet dans ces eaux, puis le ressortent souvent sans le moindre poisson.


A l’entrée de Batchoro et de bien d’autres villages, une plaque indique "Projet Village sans famine", un site de reboisement financé par le Programme national de sécurité alimentaire. Cette belle affiche est aujourd’hui contredite par les inondations. Si rien ne se fait en urgence, quand les eaux se retireront dans trois ou quatre mois, elles laisseront dans leur sillage désolations, tas de ruine et famine.
 

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