Objet : Cri d’alarme d’un jeune soucieux du système éducatif de son pays

 

Excellence,

 

Recevez mes vœux les meilleurs pour vous et vos collaborateurs pour la nouvelle lune qui vient de commencer.

 

C’est avec une grande déception et un saignement au cœur que j’ai lu dans les colonnes de Tchad 235 info sur la nouvelle réforme de l’enseignement au Tchad dont vous avez vous-même présidé la rencontre pour expliquer les biens fondés de ces réajustements. Sans perdre du temps, je m’en vais droit à l’essentiel.

 

Dans la vie, il est important de faire la différence entre la priorité et la nécessité. En toute humilité j’avoue que je ne vous enseigne rien sur ces deux concepts Car intellectuellement parlant, vous êtes bien outillé que moi. C’est beau de faire une réorganisation administrative dans l’optique de rendre aisé la fonction sinon la mission de chaque autorité universitaire. Avoir un président d’université et un recteur d’académie c’est très bien mais dites-moi en quoi cela peut constituer une priorité pour notre système éducatif qui est à l’agonie sinon moribond ? Á mon humble avis, je pense que cette réorganisation administrative ne doit pas passer au premier plan car il existe nombre problèmes sérieux que le fait d’avoir un président d’université et un recteur d’académie pour l’heure. Ce n’est pas le fait de changer des dénominations ou d’appellations que notre système éducatif retrouvera sa lettre de noblesse. Le problème se trouve ailleurs et il ne s’est d’ailleurs pas caché mais visible au point où même un aveugle peut le constater, sentir ou vivre.

 

Excellence,

 

Au cas où vous avez oublié, je voudrais en guise de rappel faire savoir que de l’université de N’Djamena en passant par Abéché, Moundou, Doba, Ati, Pala, Sarh et j’en passe, il existe un sérieux problème des structures d’accueils, manque de corps enseignants, Pas des restaurants universitaires et des cités universitaires( à l’exception du complexe universitaire de Toukra qui est à moitié achevé et le restaurant universitaire fermé depuis le départ de l’ENERTEX (une société française qui s’occupait de l’entretien et de la restauration des étudiants du campus universitaire de Toukra)il y a trois ans si j’ai une bonne mémoire et la cité universitaire qui jusqu’à preuve contraire n’a accueilli aucun étudiant de N’Djamena). Je vous rappel des nombreux arrêts des bus universitaires pour des raisons de manque de carburant ce qui entraine la perte en vie humaine des étudiants qui à défaut de cheval montent l’âne au travers des auto-stop (Exemple du drame des étudiants de Moundou avec pour conséquence trois (3) morts et plusieurs blessés en décembre dernier). Il y a manque cruel des laboratoires dignes de son nom pour les étudiants et je sais que mes amis de Farcha peuvent me témoigner. Pas des séminaires, des colloques scientifiques pour permettre à nos universités d’être à jour avec les autres dans ce fameux système LMD (Licence-Master-Doctorat). Je vous informe si vous n’êtes pas au courant monsieur le ministre qu’une quarantaine estimons des étudiants tchadiens qui ont pris des lettres de transfert pour l’université de N’Gaoundéré sont priés de reprendre le niveau1 s’ils veulent s’inscrire à l’université de N’Gaoundéré et qui finalement ont rebroussé chemin dans une déception totale. Notons aussi le manque d’une bibliothèque dans nos différentes universités. Monsieur le ministre on ne peut guère réussir un cursus universitaire en études littéraires sans les œuvres. Je me souviens quand j’étais en terminale et que mon professeur de français me recommandait de lire République à vendre d’Isaac Tedambé. Je vous assure monsieur le ministre que c’était pour moi un parcours du combattant parce que le livre n’existait pas dans les bibliothèques et pourtant, elle est inscrite au programme de Terminale. Je profite de cette lettre ouverte pour rendre encore une fois de plus un vibrant Hommage à Hassan Keiro et son équipe qui ont adapté l’œuvre au théâtre et grâce à eux, j’ai une idée sur cette merveilleuse œuvre qui malheureusement n’est toujours pas à la portée du lecteur tchadien en général et les élèves de terminale en particulier jusqu’à présent. C’était pareil à l’université avec les ombres de kôh de Bangui Antoine. Trouverez-vous normal Monsieur le ministre, qu’on enseigne la littérature tchadienne à tes enfants sans les œuvres des auteurs tchadiens ? On parle de la réception d’une littérature, d’une œuvre littéraire, de son succès, de sa consécration, de son adaptation, de sa traduction, de l’audience qu’elle peut avoir auprès du public que lorsque les auteurs sont lus monsieur le ministre. Il est inadmissible et inconcevable de parler des Hommes de culture tels que : Maoundoé Naïndouba (L’étudiant de soweto), Nimrod  (Les jambes d’Alice), Noel Netonon N’djekery (Les trouvailles de Bemba dont je n’ai pas toujours la chance de lire), Kaar Kaas sonn(Se coucher de bonheur), Koulsy Lamko (Tout bas si bas) Ngangbé Kosnaye Michel(Les Tribulations d’un Jeune tchadien), Antoine Bangui(Prisonnier de Tombalbaye), Christine Koundja (Al istiffak ou l’idylle de mes amis), Clarisse Nomaye(L’amitié sans frontière), Solkem (Amours coupables),Baba Moustapha( Le Souffle de l’harmattan ), Zakaria Fadoul Kitir( Loin de moi-même), Sadjina Nadjiadoum Athanase(Djass le destin unique)… dans nos amphis sans qu’on ne les lisent. Le constat reste le même en Histoire, Géographie, Philosophie pour ne que citer celles-ci. Résolvons d’abord ces problèmes avant de réorganiser l’administration universitaire.

 

Papa Idriss Déby Itno se réjouit à chaque sortie médiatique concernant la situation de l’étudiant tchadien en ces termes et je cite : « Quand je suis arrivé au pouvoir, le Tchad comptait une seule université mais aujourd’hui nous en avons huit(8). » et bientôt 9 si le rêve que j’avais eu il y a de cela un an n’est pas une simple activité psychique mais un rêve comme projet de société (J’ai rêvé et que la ville d’Amdjarass est dotée d’une universitaire). Nous lui serons mille fois reconnaissants pour la création de ces huit (8) universités. Mais qu’il sache qu’une Université qui a bien formé les filles et fils du Tchad vaut mieux que dix mille (10000) Qui font la promotion plutôt de la baisse de niveau. Car si vos prédécesseurs disposaient des moyens que vous en aviez aujourd’hui, l’étudiant tchadien sera vraiment le mieux traité au monde.

 

Le professeur Mackaye Hassan Taïsso (ex ministre de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation) affirmait un jour dans un de ses discours que « L’étudiant tchadien est bien traité par rapport à ses condisciples des autres universités d’Afrique centrale ». En faisant ainsi allusion aux étudiants camerounais, Gabonais…. Je lui donne raison en ce sens qu’il y a un proverbe africain qui dit : « Celui qui ne voyage pas pense que la cuisine de sa mère est la meilleure au monde ». Je suis désolé pour ce grand professeur dont j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour lui qui tient de tel langage juste pour conforter son portefeuille ministériel. Ses moult voyages ministériels à l’extérieur ne lui ont servi à rien en ce que je sache.

 

Excellence

 

L’étudiant tchadien est le seul au monde qui est incapable même à un mois de restituer un TD (Travaux dirigés) ou un TPE (Travail personnel de l’étudiant) de 5 lignes parce que l’internet chez lui est un luxe. Je me souviens quand j’étais au niveau3, on m’a demandé de ressortir les similitudes et les différences entre Jeanne d’Arc et Néhanda mais j’avoue que même après un mois je n’arrivais pas à remettre mon travail à l’enseignant. Pas de wifi dans nos fameuses universités. Monsieur le ministre l’administration est une continuité dit-on alors, où en sommes-nous avec les onze mille restants des ordinateurs que le président Idriss Deby nous a promis ? S’il a oublié, je vous prie de le rappeler que la promesse est une dette à payer et que moi particulièrement j’attends de voir le projet « un étudiant tchadien un ordinateur » se concrétiser. Qu’il copie les bons exemples de son homologue Paul Biya du Cameroun. Même si c’est une promesse de campagne électorale, qu’il le sache qu’une promesse reste une promesse monsieur le ministre.

 

Excellence,

 

Voici quelques soucis majeurs des universités tchadiennes : Insuffisance sinon manque d’une bonne structure d’accueil(L’université de Pala et Sarh fonctionnent toujours sans un local propre à elles), manque des corps enseignants qualifiés, des années académiques qui ne finissent jamais, mauvaise gestion du centre national des œuvres universitaires, après cinquante-huit (58) bientôt neuf années de l’indépendance de notre pays notre école doctorale n’est pas toujours opérationnelle, le master se fait en quatre(4 )ans au lieu de deux (2) ans(la première promotion de master en lettres modernes peut me témoigner), Les unités d’enseignements(UE) sont archaïque, des chercheurs qui publient rarement leurs travaux, des professeurs, des maitres de conférences, des docteurs tchadiens qui font la fierté des autres universités au travers le monde mais qui refusent de rentrer pour sauver notre systèmes éducatif simplement parce que le pays n’a rien fait pour eux, pas des bourses d’études pour les jeunes qui aspirent aller loin dans les études etc. .la liste est non exhaustive. Monsieur le ministre résoudre ces problèmes sont pour moi des priorités que le fait d’avoir un président d’université et un recteur d’académie.

 

Excellence,

 

Pour finir, je voudrai vous dire que j’aime ma nation, ma patrie et mon pays. J’aime mes compatriotes du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. C’est pourquoi je vous rassure qu’au prix de ma vie, je dirai tout haut ce que les autres pensent tout bas. Tant que rien ne vas dans ce pays qui m’a vu naître, ma bouche ne se fermera jamais. Je suis contre l’humiliation, le manque de compassion envers l’Autre. Si vous vous sentez à l’aise quand vos enfants, vos compatriotes qui sortent pour acquérir des connaissances à l’extérieur parce que notre système est accablé rentrent mort, moi je ne supporte jamais, je suis indigné, je suis déprimé, abattu, mes forces me quittent. Je ne supporte pas le fait que mes compatriotes sortent à l’extérieur comme des héros pour bien se former pour le grand bonheur de notre cher pays repartent comme des zéros. Je ne supporte pas le fait que nos cadavres sont attachés sur un bus pour traverser la frontière et retrouver nos parents qui malgré la situation sociale alarmante du pays, priment les autres membres de la famille des repas ou la survivance (j’aime le second terme) pour nous envoyer à extérieur espérance avoir un fruit positif. De 4 novembre 2018 au 18 décembre, le Tchad sinon la communauté universitaire tchadienne vivante au Cameroun a perdu si j’ai une bonne mémoire car elle est souvent perturbée par ces pertes énormes pour la nation tchadienne six (6) de ses dignes fils(le sixième cas est enterré sur place ici à N’Gaoundéré il ya deux jours dans des circonstances déplorables et humiliantes). Cela ne vous préoccupe pas monsieur le ministre ? Vous trouvez juste monsieur le ministre qu’un tchadien père de 4 enfants qui s’en va pour les études à l’extérieur meurt et on l’enterre sans cercueil parce que les parents n’ont pas les moyens pour rapatrier le corps ? Si vous êtes humain, je vous supplie de vous mettre une seconde à la place de nos mères, nos pères, nos tantes, nos sœurs, nos frères et nos ami(e)s et vous comprendrez à quoi ressemble une douleur causée par la mort d’un enfant qu’on l’envoie physiquement étudier mais qui rentre coucher sans vie dans un cercueil. Si notre climat est favorable à certaines maladies, je vous fais comprendre même si je ne suis pas scientifique que certaines de nos maladies ne supportent pas des changements climatiques. C’est pourquoi nous vous supplions par la compassion de Dieu à avoir des priorités pour notre système éducatif afin de permettre aux jeunes tchadiens de réaliser leurs rêves chez eux. Cela permettrait ainsi de limiter la mort précoce des étudiants tchadiens à l’extérieur.

 

Dans l’attente de gérer des conséquences de mon audace par la présente lettre ouverte car chez moi quand on dit la vérité, on n’est pas sûr que le soleil se lève sur soi et que le mensonge seule à droit de cité, je vous prie d’agréer monsieur le ministre l’expression de ma profonde tristesse

 

Fait à N’Gaoundéré le 12 janvier 2019

NGARADÉ NDOLÉBÉ VIDAL

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  • très bien dis mon cher parce que ceci ne rien autre que la vérité, la vérité et encore la vérité et j’espère seulement que le ministre aura ne se reste qu’un peu d’humanisme dans son coeur pour pouvoir seulement relire cette lettre pour une fois et sa serait déjà une fierté pour tous les étudiants tchadiens, et une victoire en soi. parc que on sait Très bien que les ministères deby sont tous les mêmes de marionnettes a la merci d’un général et non d’un chef d’un Etat démocratique et souverain a l’ere d’un quatrième République

    Commentaire par Mahamat Ahmat le 14 janvier 2019 à 14 h 14 min
  • L’IMPORTANCE DU SAVOIR/SCIENCES

    L’Éducation, la Formation, la Santé publique et les marchés fonctionnels n’ont jamais été une priorité et moins encore une nécessité pour la criminelle mafia institutionnalisée au pouvoir à Ndjamena.

    La seule solution indispensable et prioritaire pour le Peuple Tchadien est de démanteler en urgence le régime et son système.

    Le Grand martyr, le Professeur Emérite, Son Excellence le Présidentiable qu’il était, est l’exemple vivant que cette ignoble mafia au pouvoir n’a aucune considération pour le SAVOIR.

    En effet, ,le Digne, l’Intègre, le fiable, le très Honorable, le Professeur et le grand martyr IBNI OUMAR MOUHAMMAD SALEH, Homme de dialogue et consensus est tombé sous l’obscure dictature criminelle, avec les seules armes à sa disposition, à savoir : SES LIVRES, LE SAVOIR, LA PLUME ET LA CRAIE. Hommage à vous martyr.

    Le Peuple Tchadien

    Commentaire par le Peuple Tchadien le 15 janvier 2019 à 4 h 25 min
  • L’éducation est universelle. Mais chez nous au Tchad nos dirigeants veulent nous cachés et nous gardé dans l’ignorance. J’ai pitié de la jeunesse qui se forme soit disant à l’Université dans un pays où l’internet est coupé expressément. Quelles recherches feront-ils? pour quelle avenir? et jusqu’à quand?
    S’il pouvait nous caché le soleil ça serait déjà fait, mais hélas.
    Courage à tous les étudiants Tchadiens qui étudient au Tchad. Dieu Seul est Grand.

    Commentaire par Iddo Ernest Sakamou le 16 janvier 2019 à 14 h 35 min