Organisées dans la précipitation le 13 janvier, les négociations à Moscou entre Fayez Sarraj et Khalifa Haftar ont échappé en quelques heures à Vladimir Poutine. Selon les éléments de Maghreb Confidentiel, ces pourparlers ont vite tourné au fiasco en raison, notamment, de la volonté russe d’apaiser Ankara. Récit.

Les négociations sont d’emblée parties du mauvais pied lorsque Khalifa Haftar, dont les sautes d’humeur sont célèbres, a eu la surprise de voir assis à la table des négociations Khaled al-Mishri, président du Haut conseil d’Etat et poids lourd des Frères musulmans libyens. Accompagnant le chef du gouvernement d’union nationale (GUN) Fayez Sarraj, Khaled al-Mishri a obtenu de nombreuses concessions, dont la sauvegarde du Conseil d’Etat, dont le texte initial prévoyait la suppression pure et simple. Le tandem al-Mishri-Sarraj a aussi poussé pour un retour de l’Armée nationale libyenne (ANL) à ses positions d’avant le 4 avril, date de son offensive sur Tripoli. Une condition que Khalifa Haftar a catégoriquement rejetée. Le patron de l’ANL a également réclamé, en vain, un calendrier et des modalités précises pour le démantèlement des milices tripolitaines, point qui avait été éludé lors des accords de Skhirat en 2015, et de Palerme l’an dernier… Sarraj et al-Mishri ont donc signé seuls l’accord qui devait permettre de transformer en cessez-le-feu durable la trêve entrée en vigueur le 12 janvier.

Haftar, qui compte pourtant la Russie parmi ses principaux soutiens, n’était pas en terrain conquis à Moscou. Les négociations étaient menées par le président du groupe de contact russo-libyen Lev Dengov, relais de Moscou auprès des factions islamistes tripolitaines et des Misratis (MC nº1277). Et Vladimir Poutine tentait de tempérer Ankara, parrain de Sarraj. C’est que Moscou négociait en parallèle avec le ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, le sort d’Idlib, dernière enclave syrienne tenue par les rebelles soutenus par la Turquie. Ali Mamlouk, conseiller sécuritaire du président syrien Bachar al-Assad, se trouvait d’ailleurs lui aussi à Moscou le 13 janvier.

Le chef de l’Etat russe a tout de même marqué quelques points. Son offensive lui a permis de couper l’herbe sous le pied d’Angela Merkel, qui organisera le 19 janvier à Berlin une conférence avec l’appui de l’Union européenne et de la mission des Nations unies en Libye (UNSMIL). Et il pourra toujours faire valoir qu’il a tenté de trouver une issue diplomatique à la crise avant que son poulain ne reprenne, peut-être, son offensive militaire sur Tripoli…

La lettre du Continent

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