Pour récupérer les actifs détournés durant l’ère Kadhafi, le premier ministre Abdelhamid Dabaiba a pris contact avec certains des investigateurs privés qui avaient proposé leurs services aux précédents exécutifs, en plus d’avoir mis la main sur les structures chargées d’identifier et de récupérer ces fonds.

Le premier ministre Abdelhamid Dabaiba espère toujours pouvoir récupérer d’ici à la fin de son mandat les milliards de dollars de cash datant de l’ère Kadhafi et sortis du territoire libyen. Depuis le début de son mandat, il a rétabli le contact avec les chasseurs du trésor de Mouammar Kadhafi. Il a tenu à s’occuper lui-même de cette quête qui a fait tourner la tête à plus d’un détective autoproclamé.

Pour rétablir le lien avec les protagonistes de cette traque aux allures de légende, le premier ministre en poste depuis mars s’appuie sur son entourage très proche pour mener cette quête qui, si elle s’avérait fructueuse, lui permettrait de renflouer les caisses de l’État et, plus symboliquement, de gagner du crédit auprès de la population libyenne.

Dabaiba et son entourage recontactent les chasseurs de trésor

Abdelhamid Dabaiba a ainsi chargé ses très proches de s’occuper de ce dossier : son fils aîné, son cousin et éminence grise Ali Ibrahim Dabaiba et l’un de ses très proches amis et homme d’affaires, Anas Bouchaala. Ce dernier réside en Tunisie et a été approché, ainsi que Dabaiba, par Abdullah Ahmed, canado-libyen qui a créé Odyssey Consulting il y a plusieurs années pour traquer le fameux trésor. Un contact a aussi été établi avec Erik Goaied, ancien conseiller technique de l’armurier sud-africain Denel, qui s’est longtemps intéressé au milliard de dollars qui aurait été déposé en Afrique du Sud par l’ancien régime. Erik Goaied comme Odyssey Consulting avaient été mandatés par la Chambre des représentants de Tobrouk, avant que l’Audit bureau mette un terme à leur mission en 2015. Erik Goaied a, depuis, vu son mandat renouvelé par la Chambre des représentants (AI du 27/06/19).

De nouveaux acteurs cherchent aussi à se lancer dans la course aux fonds. Ainsi, à Londres, l’homme d’affaires tunisien Mohamed Ghali Bouali a cédé en janvier 2021 son poste de directeur de l’International Center for Settlement of Looted Assets Disputes, qu’il avait créé en mars 2020, à Mohamed Majdi Abdrahem, libyen résidant en Croatie où il dirige une entreprise de conseil.

Mais les obstacles sont grands. Autant les actifs financiers de structures étatiques comme la Libyan Investment Authority (LIA) sont plus ou moins connus et quantifiables, autant il est très difficile de connaître le montant exact des montagnes de billets en dollars, ou en euros, qui seraient stockées dans divers pays du continent africain, au premier rang desquels l’Afrique du Sud, ou la Côte d’Ivoire et alimentant tous les fantasmes.

Dabaiba court-circuite Manfi et le Larmo

Alors que la traque des avoirs est normalement placée sous l’autorité du président du conseil Mohamed al-Manfi, Abdelhamid Dabaiba a mis le Libyan Assets Recovery and Management Office (Larmo) sous sa coupe en juin, en procédant par décret, non sans avoir remplacé l’ancien directeur, Anwar Arif, par l’un de ses fidèles, Mohamed Ramadan (AI du 23/06/21). Anwar Arif avait signé fin 2020 deux contrats avec les cabinets américains Baker & Hostetler et Holland & Knight pour récupérer certains actifs (voir notre publication sœur Intelligence Online du 08/06/21).

Et Abdelhamid Dabaiba connaît bien les affaires de fuites de capitaux, puisque son parent et véritable éminence grise du premier ministre, Ali Ibrahim Dabaiba, est soupçonné par plusieurs pays, dont la Libye où une enquête a été ouverte, d’avoir fait sortir de l’argent libyen du territoire via l’entreprise qu’il dirigeait sous le régime de Mouammar Kadhafi, l’Organization for Development of Administrative Centers (ODAC). Cette entreprise publique avait la charge d’établir les contrats de construction et s’est associée plusieurs fois à une autre entité étatique, la Libyan Investment and Development Co (Lidco) qui a été, pendant un temps, dirigée par Abdelhamid Dabaiba. Le premier ministre a d’ailleurs placé l’ODAC sous sa tutelle à la fin du mois de mai 2021, alors qu’elle est impliquée dans plusieurs procédures d’arbitrage (AI du 12/07/21).

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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