Des dizaines de migrants et réfugiés, dont des enfants ou des femmes enceintes, continuent d’être expulsés à travers le désert du Sahara, le long de la zone frontalière entre la Libye et le Soudan, en l’absence de procédures régulières, a dénoncé vendredi le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH).

Les services de la Haut-Commissaire, Michelle Bachelet, s’inquiètent de cette « série d’expulsions forcées de demandeurs d’asile et d’autres migrants en Libye, dont deux grands groupes de Soudanais au cours du mois dernier, et un autre groupe de 24 Érythréens qui risquent apparemment de subir un traitement similaire ». Le dernier épisode de ces reconduites a eu lieu lundi 6 décembre quand une vingtaine de demandeurs d’asile soudanais ont été renvoyés.

« Selon les informations reçues par notre équipe sur le terrain, lundi dernier (6 décembre), un groupe de 18 Soudanais a été expulsé sans aucun respect des procédures légales, après avoir été transféré du centre de détention de Ganfouda, à Benghazi, au centre de détention d’al-Koufra, dans le sud-est de la Libye, qui sont sous le contrôle du ministère de l’Intérieur », a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève, Rupert Colville, porte-parole du HCDH.

Les demandeurs d’asile ont apparemment été transportés à travers le désert du Sahara jusqu’à la zone frontalière entre la Libye et le Soudan, où ils ont été abandonnés.

Inquiétudes sur le sort de réfugiés Erythréens du centre de détention de Ganfouda

Un mois plus tôt, le 5 novembre, un autre groupe de 19 Soudanais a été expulsé vers le Soudan, également depuis Ganfouda via le centre de détention d’al-Koufra. Selon l’ONU, les Soudanais expulsés lundi, par exemple, auraient été arrêtés, placés en « détention et expulsés de manière arbitraire sans qu’une évaluation individuelle de leur situation et de leurs besoins de protection, tels que le risque de persécution, de torture et de mauvais traitements ou d’autres préjudices irréparables dans leur pays d’origine, ne soit effectuée ».

Un jeune de quatorze ans originaire du Niger à l'intérieur d'un centre de détention, en Libye.
© UNICEF/Alessio Romenzi
Un jeune de quatorze ans originaire du Niger à l’intérieur d’un centre de détention, en Libye.

L’ONU estime qu’ un groupe de 24 Erythréens qui étaient détenus dans le même centre de détention de Ganfouda, risque de subir le même sort. « Le 3 décembre, nous avons été informés que, dans un schéma reflétant l’expérience des Soudanais expulsés, ils avaient été transférés au centre de détention d’al-Koufra en vue de leur expulsion », s’est alarmé M. Colville.

Ces migrants et réfugiés n’ont apparemment pas eu accès à une aide juridique et n’ont pas été en mesure de contester la légalité de l’ordre d’expulsion.

« Ils n’ont pas eu accès aux organisations des Nations Unies concernées, notamment au Service des droits de l’homme de la Mission de l’ONU en Libye (UNSMIL), pendant leur détention », a détaillé le porte-parole du HCDH.

L’ONU appelle la Libye à renoncer aux expulsions collectives

La Libye, pays déchiré par des années de guerre civile depuis la chute du Président Khadafi, est devenue encore plus dangereuse pour les réfugiés ou migrants à la recherche d’une vie meilleure. Ces derniers mois, d’autres migrants originaires du Soudan, de l’Érythrée, de la Somalie et du Tchad – dont des enfants et des femmes enceintes – ont également été placés en détention et ont déjà été expulsés ou pourraient l’être à tout moment.

Selon les services de la Haut-Commissaire, Michelle Bachelet, les réfugiés expulsés ont souvent déjà survécu à toute une série d’abus commis en Libye par des acteurs étatiques et non étatiques. Il s’agit notamment la détention arbitraire, la disparition forcée, la traite des êtres humains, les violences sexuelles, la torture et les mauvais traitements.

Face à ces expulsions, l’ONU appelle Tripoli à protéger les droits de tous les migrants en Libye, quel que soit leur statut, à enquêter sur toutes les plaintes pour violations et abus, et à traduire les auteurs en justice dans le cadre de procès équitables. Elle appelle la Libye à agir de toute urgence pour respecter ses obligations internationales, notamment le principe de non-refoulement et l’interdiction des expulsions collectives.

Le Haut-Commissariat exhorte enfin la communauté internationale à faire preuve de diligence raisonnable dans l’apport d’un soutien opérationnel, financier et de renforcement des capacités au gouvernement libyen dans les domaines de la migration et de la gestion des frontières, afin de garantir que ces efforts ne portent pas atteinte aux droits humains.

Tchadanthropus-tribune avec Nations-Unies

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