L’analyste politique Don Ebert refuse d’abdiquer face à l’adversité. Il n’est pas prêt de ranger ses armes de la lutte pacifique avec la seule force de sa plume. Apparemment ce n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain. Dieu seul sait, disons-le tout net tant que le régime impopulaire et corrompu de N’Djamena continue de persécuter indéfiniment le peuple tchadien, il lui opposera une farouche résistance. De toutes les manières, tout le monde sait les raisons pour lesquelles Don Ebert fustige ouvertement les actions politiques et les choix économiques du régime MPS, dont la capitale N’Djamena considérée hier comme la vitrine de l’Afrique, est aujourd’hui plutôt la vitrine de la honte et de la pauvreté à cause de la mal gouvernance et la gabegie des caciques du pouvoir avec à leur tête le président lui-même. Comment le pays est-il arrivé à ce point ? Don Ebert ne cesse de tirer la sonnette d’alarme et de dénoncer les errements et les dérives en tous genres du pouvoir moribond, qui ont plongé le pays dans les abîmes. Si de coutume, il s’adresse aux Tchadiens de toutes les couches sociales confondues, aujourd’hui, dans son message de ce lundi 12 février titré : « Le théâtre et la Politique ont beaucoup de choses en commun… et M. Mahamat Saleh Haroun l’a compris », il a préféré parler directement à un ancien ministre qui ne fait plus partie depuis quelques jours de l’équipe gouvernementale du dictateur Idriss Deby Itno. Si en réalité on ne sait pas les raisons exactes pour lesquelles Mahamat Saleh Haroun s’est fait éjecter comme un « mal propre », selon le journal numérique tchadien Tchadanthropus ou alors il est parti de lui-même comme l’intéressé l’avait dit sur les antennes de Radio France Internationale(RFI), Don Ebert a décidé de donner sa version des faits.

Universitaire, Don Ebert adopte ici un langage d’enseignant pour expliquer les raisons qui l’ont poussé d’adresser ce message à l’ancien ministre Mahamat Saleh Haroun. Certainement son interlocuteur le lira comme le feront nos lecteurs. Don Ebert amorce son message par ces propos : « La « discussion » est le cœur et l’âme de la « culture » grecque, culture qui était chantée et dansée. Mais qui reposait aussi sur l’idée de « vérité », de « dialogue », cette idée très admirée par un certain Eschyle quand on ouvre les livres d’histoire ».

Aussitôt avoir planté le décor, Don Ebert va droit au but : « Monsieur Mahamat croyait que c’était possible aux citoyens Tchadiens d’écrire un autre « scénario » au Tchad. De créer une authentique « culture » de la démocratie, capable de prendre racine et de développer ses branches ».

Il enchaîne sur la même vitesse en assénant des certitudes dont il en assume sûrement la portée : « Il a compris, certainement depuis longtemps, que quand les Grecs disaient que toute « culture » est politique, c’était parce que la « culture » est ce que les hommes vivant en société ont en commun. Alors, bien entendu, c’est une activité politique ».

Loin de se laisser impressionner ni imposer la marche à suivre, il se permet d’appeler les artistes à la prise de conscience et les invite à oser dénoncer l’emprise du politique sur le devenir de l’art : « C’est en réalité la véritable tâche des « artistes » aujourd’hui, leur ultime défi. Comment dire aux gens qui ne veulent pas vous laisser le micro : « Pourrions-nous entendre quelqu’un d’autre maintenant ?» Et cette monopolisation de la parole et du pouvoir, monsieur Saleh n’en voulait plus, elle ne correspondait pas à sa vocation et à ses convictions ».

Et il poursuit allégrement sa réflexion sur la question. Il apporte des explications tout aussi profondes que sérieuses. Il aborde le thème d’égalité en affirmant que : « Cette idée de l’égalité ne peut se démontrer que « culturellement ». Et l’homme de culture l’a compris. Politiquement, économiquement, socialement il n’y a pas d’égalité : dans les « arts » et dans la « culture » nous sommes égaux. L’expression « égaux devant la loi » (au cœur de la démocratie athénienne par exemple), voilà ce qu’il essayait de prouver dans les « arts » qu’il faisait en Politique ».

Il parle à Mahamat Saleh Haroun comme s’il se trouvait en face de lui en usant d’un ton discret et un peu sournois : « Voilà pourquoi il voulait imposer une priorité essentielle pour créer une « culture » de démocratie au Tchad. Ah, s’il avait seulement réussi ! Les gens attendent leur tour au pays de Toumaï. Les hommes, les femmes, les jeunes, les enfants, tout le monde. C’est le moment ou jamais : une démocratie « culturelle », la réalité de l’égalité que M. Haroun pouvait et voulait démontrer sur une scène politique ».

Timidement et de façon brave, Don Ebert s’achemine vers la fin de son message qui ressemble à une lettre ouverte adressée à Mahamat Saleh Haroun, qui n’est plus ministre aujourd’hui. Qui avait pourtant pris fonction en faisant des déclarations très prometteuses voire à la limite démagogique en faveur des jeunes brisés par le chômage et le mensonge des politiques : « Estimons-nous heureux que les « artistes » et « hommes de cultures » nous donnent ce que les « politiciens » ne peuvent pas nous offrir aujourd’hui : une imagination qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, des visions d’avenir qui transforment la réalité et donnent de l’espoir ».

Avant de terminer, il tient néanmoins à faire une mise au point qui lui semble nécessaire : « Attention ! Je ne veux pas faire d’amalgame ici : quiconque réduit le « théâtre » à un instrument de la « politique politicienne » commet une erreur. Mais je crois aussi que prétendre que le « théâtre » n’a rien à voir avec la Politique constitue une erreur tout aussi réductrice ».

Toutefois, il ne s’emploie à montrer que:« Le problème, justement, c’est que l’énorme manque de vision sur la société tchadienne de demain rend écrasante la responsabilité des « artistes » et « des gens de théâtre », et M. Saleh, comme beaucoup d’autres, l’a très bien compris ».

Enfin, il aboutit à une conclusion plus ou moins logique:« Il ne pouvait que prendre un peu de recul, en démissionnant et par là même en se démarquant… Il savait que pour qu’il y ait une vraie Politique, où que nous soyons sur cette Terre, il faut la réunion de trois conditions nécessaires : la liberté, l’égalité et l’agora ou l’espace public (Jürgen Habermas) ».

Et là, il met un terme à son message en prenant soin de tenir plutôt un langage assez courtois envers l’ancien ministre Mahamat Saleh Haroun. Il admet volontiers que c’est un homme de convictions. Cela ne lui déplairait pas si d’autres faisaient comme lui:« Au-delà de toutes critiques objectives et subjectives qu’on pourrait adresser à monsieur Mahamat Saleh Haroun (qui est homme après tout), je crois sincèrement que si on en a 3, 5 ou 10 comme lui qui démissionnent par la suite à cause de leurs convictions, eh bien le Tchad s’en tirera aussi ».

Choix et commentaire de Ahmat Zéîdane Bichara/Moussa T. Yowanga

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